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 Une vraie rencontre est une rencontre décisive.

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La Zaporogue

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MessageSujet: Une vraie rencontre est une rencontre décisive.   Dim 17 Oct - 23:00

    Et ça avait tous les airs d'un jour comme tant d'autres.

    Les eaux étrangement calmes laissaient de régulières vagues s'échouer contre la solide coque du Hell's Ship. Le Navire aux Amazones avait fait escale à Tortuga pour la énième fois. Depuis le temps, il était devenu presqu'habituel pour les habitants de l'île de voir débarquer ce ramassis de femmes bornées sur leur Port. Non pas que les passages aient été quotidiens, mais ils se faisaient relativement réguliers, et étaient bien souvent porteurs de mauvaises nouvelles pour les hommes de l'île.
    Quel trésor avaient-elles déniché cette fois-ci ? En quoi avaient-elles devancé le sexe fort ? Dans quel lieu improbable s'étaient-elles rendues ?
    Nulle-part. Leurs coffres étaient vides, et leurs mines renfrognées en témoignaient ostensiblement. La pêche n'avait pas été fructueuse, et de pauvres innocents allaient payer leur malchance. Car une femme a sa fierté, et le fait de l'atteindre était similaire à un crime de lèse-majesté sur leurs personnes.


    Oksana, prends quelques mousses et occupe-t-en. Nous avons une affaire à régler en ville.

    La Zaporogue hocha la tête, réprimant une moue de dépit. Elle qui serait bien allée noyer sa déception dans l'alcool à la Jambe de Bois allait devoir attendre encore un bon moment. La seconde en chef tourna les talons, et fit signe à un bon nombre de ses sbires de la suivre. Cette affaire ne concernait pas la cosaque, après tout.
    Bien loin de se sentir rejetée par qui que ce soit, elle remonta par la passerelle, et s'assit sur la lisse du bateau. Ses yeux de jais se levèrent lentement, et se remplirent d'une admiration certaine pour les voiles du navire. Elle qui passait son temps dans la Sainte Barbe ou dans la batterie inférieure, ce n'était sûrement pas les quelques fois qu'elle pouvait monter sur le pont qu'elle pouvait se permettre de prendre le temps de les contempler. Ce gris indescriptible était à cet instant sublimé par le temps nuageux qui régnait en ce jour. C'était dans ces moments là que l'on comprenait pourquoi le Hell's Ship avait la réputation de se confondre dans la brume. Et cela ne l'en rendait que plus redoutable.


    Oksana ?
    Quoi ? T'vois pas que j'suis occupée nan ?
    La jeune fille hocha brièvement la tête. Bien sûr qu'elle le voyait. Plus ou moins. Oui mais...
    Oui mais... J't'en foutrai moi. Rha et puis tu m'énerves, t'as qu'à aller trier les boutefeux par taille, ça t'occupera.

    La mousse n'en demanda pas plus, pour la simple et bonne raison qu'elle attendait justement qu'on lui dise quoi faire. Et même si cette tâche était ingrate et totalement inutile d'après elle, ça lui évitait la corvée de briquer le pont de long en large. Et de son côté, Oksana avait la paix.
    Cette dernière lança un bref soupir, avant de remettre pieds au pont. C'était pas tout, mais elle aussi avait certaines choses à régler. Ses pas se dirigèrent vers la batterie inférieure, sans aucune hésitation. Après tout, c'était principalement là qu'était sa place, et se petits bijoux de technologie devaient se sentir bien seuls. Des mois qu'ils n'avaient pas servi. Des mois qu'elle n'avait pas eu à négocier poudre explosive et boulets de toutes sortes. Un bon abordage, voilà tout ce qu'elle attendait, et bien plus qu'un quelconque trésor, bien que si l'un de ces "quelconques" se présentait, elle n'aurait certainement pas craché dessus.
    Elle ouvrit un à un tous les sabords, de telle sorte que la douce lumière extérieure venait éclairer une à une les machines à tuer qui faisaient toute sa fierté à bord de ce navire. Ses doigts frêles parcoururent superficiellement l'une d'elles, et s'arrêtèrent sur le boutefeu qui en ressortait. Et dire qu'il ne demandait qu'à être allumé.


    Oksana !
    Décidément, on ne peut pas être tranquille sur ce rafiot.
    Qu'est-ce qu'il y a encore ?... Bordel Lilianne, qu'est-ce que tu m'veux cette fois ?!?
    Oh euh, rien ! Mais y'a quelqu'un pour toi !

    Quelqu'un pour... Elle ? Un instant, Oksana douta. Non, impossible qu'on l'ait prise pour une autre, il faudrait avoir été Hermite durant de longues années. Mais alors, qui ?
    Le meilleur moyen était alors d'aller voir d'elle-même. Grimpant quatre à quatre les raides escaliers de bois qui la menèrent jusqu'au pont, elle ne pouvait réprimer une curiosité grandissante. Sa mousse était là, en face d'elle, et pointait du doigt quelque-chose, ou plutôt quelqu'un plus bas, sur le quai. La Zaporogue s'approcha de la lisse, et le vit. Elle s'était attendue à tout, sauf à lui. Son cœur cessa de battre un bref instant, et son souffle se coupa au même moment. Le Furet. Il était là, devant elle, alors qu'elle lui avait dit il y avait bien longtemps qu'elle ne voulait plus jamais le revoir. Cet homme, le dernier qui avait pu trahir sa confiance, était toujours vivant, et elle se surprit presque à le regretter. Mais elle était forte. Elle l'avait oublié. Il fallait qu'elle l'oublie.


    Qu'est-ce que tu fiches là ?

    Ses mots claquèrent dans l'air comme l'aurait fait leur menaçant pavillon en pleine tempête. Laquelle se faisait de plus en plus envisageable aux yeux de la Zaporogue au fur et à mesure qu'elle reconnaissait chacun de ses traits.


Dernière édition par La Zaporogue le Mer 20 Oct - 0:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une vraie rencontre est une rencontre décisive.   Lun 18 Oct - 12:16

On dit que le destin finit toujours par nous rattraper, un jour ou l’autre, que les sales affaires laissées en suspend finissent toujours par réapparaitre aux moments les plus inopportuns. Même si Jean-François ne croyait guère en cette philosophie, il fut forcé de constater qu’un « fantôme du passé » l’avait précédé ici à Tortuga l’insolente, bien loin du vieux continent.

Suite à ce dernier soir en taverne, au prime abord classique : ivrognerie, jeux de force, fornication jusqu’à plus soif, le Furet avait eu de quoi cogiter. Lorsqu’un pilier de comptoir évoqua la présence d’une cosaque à bord du Hell Ship, le sang du boulonnais ne fit qu’un tour. Ces pillards de l’Est ne sont pas légion à l’Ouest et à la suite du descriptif, cela ne faisait plus aucun doute. Elle était là… la traîtresse. Le flibustier sentait encore le mordant de la gifle sur sa joue, mais plus encore c’est son regard ténébreux, ampli de haine, qui lui faisait toujours face. Celle qui clôtura prématurément leur « aventure » avait péri et sa carcasse doit encore fumer en enfer mais la Zaporogue, comme elle se faisait maintenant appelée devait aussi recevoir la monnaie de sa pièce. L’ultime affront ne saurait se passer d’une correction à la manière d’ Holmier - Flint.

Quelque peu perturbé par cette information, le Furet soulagea ce malaise en assommant brutalement celui qui avait osé mentionner le prénom de la fille de l’Est, en lui tassant de manière radicale quelques vertèbres. Une envie de tout détruire autour de lui l’envahissait lentement mais surement. La colère se distillait dans ses veines comme le venin d’un serpent. Mais ce moment de faiblesse ne dura pas, il prit sa tête entre ses mains comme dans un étau et progressivement il reprit ses esprits.

Jean-François jaillit de la « Jambe de bois » comme un démon des abîmes. Il entama une marche rapide à travers le dédale de ruelles jusqu’à son atelier à bord du « Vif-Azur ». Il s’y enferma pour songer seul assis dans le noir et ce, jusqu’au levé du jour.

A l’aube, une ombre marchait calmement le long des quais. Le reflet métallique d’un objet, long, fin et courbé trahissait du dessous d’un long mantel, la présence d’un sabre d’abordage. Le visage de l’individu était inexpressif, seul son regard nimbé d’un bleu profond témoignait d’une certaine détermination.



- « Des voiles couleur cendre !C’est le Hell Ship … à nous deux Oksana… »


Le navire avait fière allure et son équipage féminin était doté d’une solide notoriété que peu de mâles leur égalaient. En découvrant la « coque » de Mary Bell, Jean-François constata que sa réputation n’était point volée. Il resta un instant à contempler son architecture et son arsenal.

- « Du bien bel œuvre de diou ! »

Sur le pont, des fillettes s’agitaient à briquer de la menuiserie et à trier de lourdes munitions. Un travail de forçats pour des catins émancipées, à croire que toutes ces nigaudes avaient encore tout à prouver.
Le furet en interpela une qui rêvassé, le nez levé aux mouettes.


- « Hey petite ! Ici ! ». Lança t’il d’une voix puissante.

Je dois voir ton maître canonnier, va m’ la chercher et dépêche te ! »

Une fois la gamine disparu, il croisa les bras sur son torse après avoir préalablement attaché son épaisse chevelure de jais dont quelques mèches virevoltaient encore sous les caprices de la brise matinale. Le Furet voulait qu’elle reconnaisse ce regard qu’il affichait, préférant dissimuler le reste de son visage derrière un masque de sérénité.

Soudain elle apparut, belle et fière, comme si le temps et la haine n’avaient rien altéré de sa préstance. Les sombres desseins du furet s’effacèrent, l’espace de quelques secondes seulement. Il sentit un faible frisson courir sur ses échines puis descendre le long de son dos. Le flibustier étouffa dans l’œuf son excitation et occulta tous les sentiments qui pouvaient encore émaner au contact de cette femme, ces reliques d’une histoire honteuse et inachevée.


Les premiers mots de la zaporogue claquèrent comme un fouet aux oreilles du Furet qui ne put s’empêcher d’esquisser un fin sourire.

- Qu'est-ce que tu fiches là ?

Le caractère reste entier lui aussi remarqua t’il avant de répondre avec son aplomb habituel :

- J’ai entendu parler d’une chienne de maître canonnier sur le Hell Ship qui aboie ses ordres avec un fort accent des pays de l’Est. En plus elle se ferait appeler la zaporogue. T’images bin que ca a éveillé ma curiosité.

Suite à ces dires, il marqua une pause alors que les traits de son visage se durcirent. Ses poings se serrèrent alors que les battements de son cœur se firent plus intenses. La colère couvait, mais elle demeurait encore tapit aux fond de ses entrailles.

Jean-François lorgna Oksana tel un prédateur face à sa proie et reprit :


- Nous avons un compte à régler il me semble !

Doucement il s’avanca vers le navire tout en détaillant la cosaque pour bientôt se trouver à un mètre de la bande. Ignorant le reste du monde, il lui tint cette fois :

- Je me suis demandé longtemps si je devais te laisser palabrer un peu avant ou si nous devions en terminer sur le champ.
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MessageSujet: Re: Une vraie rencontre est une rencontre décisive.   Mar 19 Oct - 22:13

    Un bref silence s'était fait avant que le Furet ne prenne la parole à son tour. Droit, fier, il était aussi impressionnant qu'il ne l'avait été à leur séparation si lointaine, si ce n'était plus.
    Huit ans. Huit ans qu'elle l'avait laissé là bas, sur le Vieux Continent. Huit ans qu'elle s'était persuadée d'avoir bien fait, de n'avoir aucun regret. Et huit ans qu'elle entretenait consciencieusement sa haine envers lui.


    J’ai entendu parler d’une chienne de maître canonnier sur le Hell Ship qui aboie ses ordres avec un fort accent des pays de l’Est. En plus elle se ferait appeler la zaporogue. T’images bin que ca a éveillé ma curiosité.

    La Zaporogue fronça les sourcils. Comment osait-il la traîter de chienne ? Lui qui avait trahi sa confiance, l'avait mise en danger plus d'une fois, lui avait volé ce qui s'apparentait le plus à une famille à ses yeux... il osait l'appeler chienne ? Sa main droite alla effleurer le tromblon qui lui pendait à la ceinture, tandis que ses yeux ne quittaient pas ceux de son interlocuteur.

    Ne t'avise plus de me parler comme ça, espèce de rat puant.

    Et l'appellation de rat n'avait rien non plus d'un compliment. Du tromblon de toute manière déchargé, sa main glissa plus loin sur sa taille pour empoigner une dague au manche d'ivoire, part d'un butin qu'elle avait amplement méritée. Que diable faisait-il sur Tortuga ? Le monde n'était-il pas assez grand pour qu'elle n'ait jamais eu à lui être confrontée à nouveau ? Elle pensait pourtant avoir été claire : sa vue la répugnait à présent, et revenir vers elle serait signer son arrêt de mort.

    Nous avons un compte à régler il me semble !

    Oksana se raidit instantanément, prête à lui sauter à la gorge. C'est que le téméraire français s'avançait vers elle d'un pas décidé. Derrière elle, les quelques mousses avaient cessé de briquer le pont, et assistaient à la scène sans trouver quoi faire. L'une d'elle, plus assurée, s'approcha de la cosaque, et lui posa une main sur l'épaule.

    Oksana, qu'est-ce que...?
    Te mêle pas de ça gamine. C'est pas vos affaires.

    Il était là, à un mètre à peine d'elle. Ses yeux durent se lever pour continuer de surmonter ce regard acier qu'il lui tendait, mais cela n'avait rien de dénigrant pour elle. Elle en profita alors pour le distinguer plus en détails.
    C'était à peine s'il avait changé. Toujours ces cheveux d'un noir profond, et ce regard qu'elle avait un jour trouvé sécurisant. Mais il n'avait plus rien d'humain pour elle à présent. Ce visage était celui d'un traître, d'un criminel hors norme, mais en même temps celui d'un inconnu. Elle qui l'avait vu sous un tout autre jour, elle ne pouvait plus que reléguer tout cela au rang de souvenir. Il n'était plus rien.


    Je me suis demandé longtemps si je devais te laisser palabrer un peu avant ou si nous devions en terminer sur le champ.

    Le regard d'Oksana se fit plus insistant, et ses traits se crispèrent soudainement. Sans que l'on ait pu prévoir quoi que ce soit, elle cracha au visage du français trop sûr de lui, et sortit lentement sa dague de sa ceinture de cuir, avant de la pointer droit vers le torse de l'homme.

    Descend tout de suite de ce navire, il n'a pas besoin d'un homme à son bord. Et encore moins d'un mort.

    Et ce n'était pas peu dire. Dotée d'un tempérament plutôt superstitieux, Oksana avait déjà pris soin de conjurer le mauvais sort en crachant à la figure de celui qu'elle considérait comme le démon. À présent, elle s'assurait de ne pas attirer la malchance sur le Hell's Ship auquel elle devait tant. Un mort à bord n'est jamais bon signe, alors un homme, n'en parlons pas. Ce fut d'un hochement du menton en désignant le quai qu'elle ponctua sa phrase, ainsi qu'en entamant un pas en avant.

    Oksana...

    Sa seule réaction fut de pointer le pont, indiquant aux jeunes mousses qu'elles avaient bien mieux à faire que les spectatrices d'une scène à l'issue certaine. La Zaporogue ne comptait pas faillir, et ce tête à tête promettait d'être tumultueux, autant par les paroles, que par les pensées contradictoires qui balayaient déjà le crâne de la cosaque.
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MessageSujet: Re: Une vraie rencontre est une rencontre décisive.   Mer 20 Oct - 9:38

Toujours aussi féroce, sortant les griffes à la moindre raillerie. Non, décidément Oksana n’avait point changé et le Furet se délectait toujours autant de la voir cracher comme un chat lorsqu’on la piquer un temps soit peu par quelques insultes toutes bien pesées. La réponse ne se fit pas attendre et la réaction fut franche et immédiate.

-Ne t'avise plus de me parler comme ça, espèce de rat puant.

Amusé de voir la belle courroucé, le boulonnais ne put s’empêcher de rire à l’insulte proférée à son égard.

Un bref instant il les revit tous deux, une petite dizaine d’année plutôt. Le feu qui les animait était des plus ardent et leur relation avait toujours était tumultueuse, un rapport de force sans cesse éprouvé, subtile mélange de haine et peu être d’amour même si chacun des deux protagonistes n’auraient pu se l’avouer. Sensation intense, tenue recluse par fierté ou par un avide besoin de liberté, surement un mélange des deux.

Jean-François était toujours vissé sur la querelleuse zaporogue, cherchant toujours à prévoir ses moindres faits et gestes à travers ses obscurs iris, il connaissait l’animal et la savait capable de nombreux extrêmes. Il ne fut donc pas étonné de voir les doigts graciles de la cosaque caresser l’un après l’autre le tromblon puis la dague. Le Furet sentit alors une décharge d’adrénaline l’envahir, allait elle lui offrir ce plaisir aussi rapidement !?

Sans se laisser démonter la fille de l’Est se mit même à lui faire face après avoir fermement réprimandé ses subalternes. A cet instant, son ancien compagnon du crime devina ce qui avait changé en elle. Il cerna cette aura qui l’entourait dorénavant : une meilleure confiance en soit et une force de caractère plus affirmée encore.

- Descend tout de suite de ce navire, il n'a pas besoin d'un homme à son bord. Et encore moins d'un mort.

Lorsqu’elle alla même à dégainer sa courte lame pour la pointer sur son torse, les doutes quand à sa connivence lors du traquenard qui visait à le conduire à sa perte, s’effacèrent. Cette foutue garce avait retourné sa veste et avait suivi la perfidie de sa bougresse de Maquerelle dans un complot impardonnable. Comment avait elle put ?, pour quelles raisons ?, Quel gain ?, qu’importe…aujourd’hui ses questions longuement ressassées n’avaient plus d’importance. La file de l’Est devait se retrouver six pieds sous terre, tel est le prix de la trahison. Le crachat couronna le tout, aussi Jean-François fut alors en proie à une telle émulation qu’une idée folle lui traversa l’esprit. : Il l’attrapa au vol et l’exécuta.

Le jeune homme fit mine de s’exécuter à l’ordre vociféré par la zaporogue. Mais soudain, avec une célérité déconcertante, il balaya d’un revers de la main gauche la dague qui le tenait en respect. De l’autre, il empoigna le col le la maître canonnière et d’un geste brutal, il colla leurs bustes pour enfin y porter l’estocade finale, une impudente embrassade volée sur les lèvres.

- « Je te rend ton baiser, Judas. »

Si tôt fait, si tôt dit, , il rejeta la vilaine pour ensuite accomplir une révérence exagérée avec le visage orné d’un sourire narquois . Dans le mouvement il avait lui aussi sortit un poignard qu’il tenait en crochet, la lame couchée sous le poigné comme pour le dissimuler.

-Sacrebleu ! t’imagine pas comme j’ai rêvé de ce moment p’tite catin. Te rencontrer m’a servi à une chose, comme une leçon de vie : Ne jamais faire confiance à personne, car les meilleurs couteaux dans le dos sont toujours plantés par ceux auxquels on ne s’attend pas.

Si étonnant que ce soit, le Furet avait un « code du meurtre ». S’il ne portait jamais atteinte aux enfants, il s’accorder aussi à éviter d’assassiner une femme, sauf dans un cas. Or la situation actuelle en était le parfait exemple. Sans avoir jamais espérer ou s’être projeté avec son ancienne compagnonne, ils avaient certes connu de très bons moments mais ceci demeurent aujourd’hui noyés par l’appel au sang et la rage d’une vengeance longuement couvée. Il n’y avait pas de mots pour exprimer son dégoût et l’affrontement devait clore ce chapitre, définitivement.

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La Zaporogue

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MessageSujet: Re: Une vraie rencontre est une rencontre décisive.   Sam 23 Oct - 15:17

    Pointer sa lame vers cet homme, c'était l'affronter directement, Oksana le savait. En même temps, quelle autre attitude aurait-elle pu avoir à son égard ? Ce traître ne méritait aucune bonne intention de la part de la jeune femme. Un traître, voilà ce qu'il était pour elle, qui n'avait jamais cherché à comprendre ses réelles intentions. Le résultat était là : il avait supprimé le seul semblant de famille qui représentait sa tutrice lors de son séjour en France. Et, en plus d'avoir porté atteinte à une personne chère aux yeux d'Oksana, il l'avait mise dans une situation des plus précaires.
    D'un autre côté, elle l'aurait bien remercié. Sans sa vilénie, elle n'aurait jamais pris ce bateau sur un coup de tête, et ne se serait jamais retrouvée à Tortuga. C'était une sorte de mal nécessaire à sa liberté.

    Le Furet, étrangement, exécuta l'ordre qu'elle lui avait aboyé. Absolument pas son genre, c'était certain. La Zaporogue lui emboîta le pas, de sorte qu'il ne puisse plus faire marche arrière. Ses muscles tendus se tenaient prêts à une quelconque offensive, ses yeux captaient chacun de ses mouvements. Et heureusement pour elle, car malgré cette attention pesante qu'elle lui portait, il parvint à la surprendre. Ce fut à peine si elle parvint à retenir sa dague par deux doigts agiles, avant qu'elle ne plonge dans les eaux du port. Cette faiblesse dont elle venait de faire preuve la déconcerta un court instant, faille suffisamment ouverte pour que l'ennemi s'approche d'elle, employant des manières très loin de celles de la galanterie.
    Depuis quand n'avaient-ils pas été aussi proches, physiquement ? Sept, peut-être huit ans. Oui c'est ça, huit ans qu'elle n'avait pas plongé son regard dans celui azuré de cet homme qui l'avait soulevée aussi facilement que s'il s'agissait d'un sac de plumes. Ça, question carrure, elle ne faisait pas le poids. Mais sa rapidité, sa rancune et son goût de la victoire étaient autant d'atouts qui lui permettraient de faire payer sa calomnie à cet enfant de rien.


    Si tu crois que...

    Mais le français ne la laissa pas finir sa phrase, et d'une façon que peu d'hommes s'étaient risqués à adopter avec elle. C'était comme embrasser le diable en personne. Bien qu'ayant un côté attrayant si l'on occultait toutes les rancœurs entre ces deux êtres, cela demeurait l'affront ultime de la personne qu'Oksana haïssait le plus, à l'instant.

    Je te rend ton baiser, Judas.

    Elle n'eût nul besoin de le repousser, puisqu'il l'envoya quelques pas plus loin. D'un geste ample, la Zaporogue se lava de l'impudence du démon par la manche de sa chemise. Ses yeux déjà si haineux étaient à présent teintés d'une rage contenue. Pourquoi me direz-vous ? Eh bien la jeune femme était impulsive, mais pas sotte. Leur échange d'amabilités avait déjà attiré l'attention de quelques badauds qui se délectaient du spectacle, et son bateau était juste derrière elle. Autant dire qu'un geste trop inconscient pourrait lui faire perdre ses moyens, et ternir la réputation de son équipage.
    Un haut le cœur la prit en voyant le Furet prendre des airs de citadin révérencieux. Cette fausse hypocrisie, cette manière de se moquer d'elle après ce qu'il avait commis provoquaient en elle un écœurement tout particulier.


    Sacrebleu ! T’imagines pas comme j’ai rêvé de ce moment p’tite catin. Te rencontrer m’a servi à une chose, comme une leçon de vie : ne jamais faire confiance à personne, car les meilleurs couteaux dans le dos sont toujours plantés par ceux auxquels on ne s’attend pas.

    Oksana fit un pas en avant. Elle, la traîtresse ? Parce-qu'elle n'avait pas pris part à son infamie ? C'était la meilleure ! La pauvre maquerelle avait été assassinée de sang froid, et c'était elle la responsable ?

    J'espère que tu ne parles pas sérieusement. Si j'ai trahi ta confiance, alors qu'as-tu fait, toi ?

    Le regard de la Zaporogue s'embruma un court instant. Les couteaux, c'est elle qui les avait reçus. Il s'était servi d'elle pour approcher plus aisément la matriarche, c'était certain. Un homme reste un homme, et même s'il vous assure des sentiments sincères, vous pouvez être certaines qu'un drame est imminent.

    Cette pauvre femme ne méritait pas un sort pareil. Si seulement j'avais su ce que tu préparais, tu peux être sûr que j'aurais mis fin à tes jours il y a bien longtemps.

    Trêve de regrets, le seul sentiment qu'elle se devait de ressentir était la haine. Cette fois, de sa main gauche, elle dégaina le cimeterre qui pendait lui aussi à sa ceinture. Elle connaissait son adversaire. Les lames étaient sa spécialité, et le temps de charger le tromblon pourrait être fatal à la jeune cosaque.
    Elle s'avança d'un air déterminé, les deux lames le long de ses jambes. S'arrêtant devant lui, elle se tint fière et hautaine, faisant balancer du bout de ses doigts la nouvelle lame dont elle s'était munie, tandis qu'elle se demandait :


    Je t'éradique une bonne fois pour toutes, ou est-ce que je te fais subir tout ce dont j'ai pu rêver depuis ta perfidie ?
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MessageSujet: Re: Une vraie rencontre est une rencontre décisive.   Lun 25 Oct - 14:21

La gaudriole du Furet avait fait mouche et la fougueuse cosaque en était d’autant plus enragée. Une rage qu’elle contenait merveilleusement bien d’ailleurs, une chose étonnante qui ne manqua pas de d’interroger le français. Il y a huit ans cette femme se serait déjà ruée sur lui pour le mordre à la gorge. Le contrôle de soit d’Oksana le surpris et l’espace d’un instant il scruta les alentours pour se rendre compte que leur « petit différent » avait aiguisé la curiosité des habitants de l’île et des marins du port.

- J'espère que tu ne parles pas sérieusement. Si j'ai trahi ta confiance, alors qu'as-tu fait, toi ?

Quelle impertinence, quelle mauvaise fois de la part de cette fille de joie qu’il avait estimé un jour et haït le suivant. Les paroles de la zaporogue l’interpelèrent et ne firent qu’éprouver toujours plus la colère qui bouillait en lui. La situation en devenait presque ridicule, l’un et l’autre se renvoyant le boulet fumant au lieu de clore dans le sang ce chapitre méprisable de leur vie.

Jean-François ne daigna répondre à ce qu’il prit pour un affront de plus, un mensonge supplémentaire visant à embrumer son esprit. Sur le moment il voulut en finir au plus vite, faisant abstraction des spectateurs. Affublé d’un masque de dégoût, il cracha au sol puis fit un pas en avant pour se retrouver presque nez à nez avec son adversaire. Dans un mouvement fluide et ample, son sabre d’abordage jaillit de sa gaine pour menacer de sa pointe affutée le cœur de la maître canonnier du Hell Ship. Habituellement le poignard suffisait à occire mais le gibier face à lui n’était pas de ceux qu’il fallait sous estimer. De plus, un jouissif combat à deux lames ne se refuse jamais. Provoquer le Furet les épées aux poings est comme une invitation à danser avec la mort, rien de plus exaltant pour le jeune homme.


- Cette pauvre femme ne méritait pas un sort pareil. Si seulement j'avais su ce que tu préparais, tu peux être sûr que j'aurais mis fin à tes jours il y a bien longtemps.

D’une torsion du poigné et par un jeu habile avec doigts, il exécuta de rapide s moulinets qui firent nerveusement tournoyer sa lame. Ce geste parlait pour le Furet et le flibustier savait que son ancienne compagne d’entourloupe saurait le traduire.

- Je t'éradique une bonne fois pour toutes, ou est-ce que je te fais subir tout ce dont j'ai pu rêver depuis ta perfidie ?

La bougresse savait tout aussi bien l’agacer, or ses yeux et le timbre de sa voie ne semblait pas teintés de duperie. Ce qui ne manqua pas de déstabiliser quelque peu le forban qui avant de « rentrer dans le vif du sujet » et de jouer du sabre, voulut éclaircir quelques points de vue de la zaporogue considérée comme bien mal renseignée. Il se dit qu’il lui devait bien cela avant de lui faire rendre gorge.

- Autrefois tu n’étais pourtant pas sotte de la sorte par dieu !? Comment aurais je pu assassiner ta garce de maquerelle qui progressivement me rendez riche … nous rendez riches !!!

Le jeune homme fulminait, les poings serrés à en rougir ses chairs et grinçant des dents entre chacune de ses phrases.

- Mais cette truie été trop gourmande …Combien t’a-t-elle offert pour que tu me livres en pâture à ces foutus gens d’armes ?! Depuis combien de temps prépariez vous votre coup pour m’évincer de vos combines ?! … M’amadouant sournoisement un peu plus chaque jour au creux de ta couche.
Ohhhh oui je l’ai tué et j’y ai eu un immense plaisir. Quelle consolation de la voir s’éteindre, la trogne crispée par la peur, quelle joie de l’entendre couiner comme l’animal qu’elle était…Souviens toi : Le sang par le sang, Oksana !
Diantre, que tu as bien fait de fuir, car pour toi j’aurais fait trainer plus en longueur encore.


Alors que son ton montait à fur et à mesure qu’il achevait son « plaidoyer », sans crier gard, le Furet vint choquer les deux lames de la Zaporogue avec les siennes pour ainsi découvrir totalement l’abdomen adverse et y flanquer un violent chassé du pied. Il avait déjà bien trop palabré, ce qui ne lui ressemblait pas du tout, aussi passa t'il à l'action.
Le duel semblait dorénavant quasi inévitable, et le boulonnais escompter bien une riposte de la subalterne de Mary Bell. Connaissant cette femme mieux que quiconque ici à Tortuga, il n’avait point de doute sur la conséquence de son acte.
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Louis de Nogaret

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MessageSujet: Re: Une vraie rencontre est une rencontre décisive.   Mar 26 Oct - 1:09


    Quand ce grand homme richement vêtu parut le long des navires à cette heure, il était difficile d'imaginer ce qu'intérieurement il se disait. Et pourtant, en sa mâle et fière allure, il se murmurait comme à lui même qu'errer aux abords du Hell's Ship, cela tenait de l'imprudence sinon de la témérité. Non pas qu'il en eût craint plus que tout autre la redoutable capitaine mais depuis des années régnaient entre eux une convention tacite, un avis de paix bien fragile, et qu'ils avaient jusque là respecté : Louis de Nogaret et Mary Bell ne se devaient point voir. On murmurait, loin des intéressés – sous ces vieilles rancœurs, quelques futilités amoureuses, bien teintées de leurs principes, et après … ? Cela suffisait-il pour tant de préventions … ! Mais l'on n'avait jamais vu Bell rôder autour de l'Amphitrite, comme on ne devait point apercevoir Nogaret aux abords du Hell's Ship. Ce n'était pourtant point une maligne intention qui l'avait mené là, en ce jour, mais une nécessité. Les fièvres malignes avaient emporté bien des hommes au retour de la dernière course, et Louis de Nogaret cherchait quelques fiers flibustiers qui s'embarqueraient volontiers dans les jours à venir, à la simple faveur de son nom. Or quel meilleur endroit que le port pour trouver matelots à enrôler, dans l'espoir d'un prompt départ ? D'autant que dans ce genre d'affaire, les murmures de la Renommée vous précédaient bien souvent et qu'en ce domaine, il se sentait confiant. Le port résonnait encore d'anciennes victoires, aussi bien sonnantes que lointaines – on connaissait les visages burinés et durs de ses officiers et l'on savait – osait-il croire – que l'Amphitrite n'avait plus rien à prouver. Aussi errait-il, comme simple et naïf promeneur, et sa mise soignée eût pu le faire passer pour quelque gentilhomme campagnard venu goûter la douceur de l'air marin – s'il eût été possible de trouver là homme de bien.

    Il chercha donc, parmi les nécessiteux et les demandeurs, qui semblait assez solide pour prendre la mer quand lui parvint les échos d'une querelle – comme on en fait tant peut-être, quand les sursauts d'honneur et les priorités d'orgueil viennent remplacer un droit absurde et lointain. Et voyant la foule s'approcher, il se fit badaud parmi les autres, soucieux d'attraper quelques mots au vol.

    - Sacrebleu ! t’imagines pas comme j’ai rêvé de ce moment p’tite catin.

    Il distingua, s'approchant, une voix d'homme et une voix de femme. On s'écarta un peu, devant l'habit tout de prétention usurpée, devant le regard froid et dur et, se posant là comme spectateur silencieux et amusé, il réussit mieux encore qu'en d'autres jours à avoir l'air mondain. Les voyant se déchirer, toutes armes sorties, lançant des avanies faute de croiser le fer encore, il pensait savoir de quoi il en retournait – pour ce qui regarde les femmes, ce sont des tromperies réciproques qu'on ne met pas en ligne de compte, car quand l'amour s'en mêle, on est ordinairement la dupe de part et d'autre.* Cela était curieux cependant, un homme qui croit assez d'honneur et d'importance à une femme pour lui chercher vengeance. Plus encore qu'une femme qui se piquât de ces sentiments-là ...

    - Mais cette truie était trop gourmande …Combien t’a-t-elle offert pour que tu me livres en pâture à ces foutus gens d’armes ?!

    Serait-ce donc de ces anciens naïfs qui maintenant, réservent défiance à ce qui les aborde ? Et écoutant avec une attention redoublée, son regard se fit plus perçant, tandis que son sourire lentement s'estompait. Parce que s'il voyait à peine cette grande fille, certes bien formée et criant tout aussi fort, le garçon, lui, commençait à l'intéresser. Il semblait renfermer encore quelque rancœur, quelque fougue qu'il serait intéressant de voir et d'utiliser - cela semblait du genre d'hommes qui ne craignaient ni les combats ni la dureté de la vie en mer ...

    - Souviens toi : Le sang par le sang, Oksana !

    Et puis un choc d'armes. Nogaret, prudemment, recula un peu et se plaça plus loin : l'issue même du duel lui semblait intéressante, mais c'était là un spectacle qui s'appréciait avec du recul. Et c'est là que les couleurs – brume et sang – du navire lui rappelèrent ses engagements tacites. Il s'éloigna davantage, gardant l'œil rivé sur la scène, cherchant à deviner l'issue du duel et ne vit pas un grand garçon à l'air vague s'approcher maladroitement du Monsieur qu'il était, aux yeux du monde.

    - On m'dit qu'vous cherchez des matelots, M'sieur.

    Oh, la question venait d'un de ces gaillards, élevés par le vent, grands hommes pour une tête d'enfant, loyaux par bêtise. Louis de Nogaret le jaugea du regard, échangea quelques mots avec cet importun dans une langue qui devait lui sembler presqu'étrangère, pour lui parler en quelques mots plus simples des règles du navire à la naïade. Puis il le congédia tout aussi vite, d'un geste de la main qui avait la politesse de l'insulte. Monsieur, je suis votre serviteur … Aussitôt, il reporta son regard vers le navire, mais la foule s'était épaissie, le vacarme du port couvrait les cris et les paroles qui devaient s'échanger.

    - Qu'importe, après tout ... ! Mais s'il en sort vivant, il m'intéresse.

    Ainsi Louis de Nogaret reprit-il son errance, comme simple et naïf promeneur, et sa mise soignée, son air léger et rieur ou encore la douce condescendance avec laquelle il dévisageait son prochain, tout cela eût pu le faire passer pour quelque gentilhomme campagnard venu goûter la douceur de l'air marin – … s'il eût été possible de trouver là un homme de bien.

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Thétis L'Égyptienne

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MessageSujet: Re: Une vraie rencontre est une rencontre décisive.   Jeu 3 Mar - 15:38

Et bien, il y en avait de l'animation ! Elle partit, tout était calme, maintenant revenue, Thétis pouvait voir une foule de badauds attroupés autour du Hell ship - mais mince, et leurs réputations, ils en faisaient quoi ?-, au centre duquel Oksana s'offrait en spectacle avec... un inconnu. Et se faisant légèrement remarquer par quelques manières et habits, un certain capitaine, qui pourtant avait très peu de chance de finir en peinture, posant devant le Hell Ship, flânait par ici -son capitaine à elle en aurait fait une attaque !-, Thétis se décida à taire cet élément à jamais. L’Égyptienne se frotta le menton, se demandant vaguement ce qui se serait passé si elle était revenue une petite heure plus tard...

« Thétis... »

La seconde se retourna et vu toute la clique qu'elle avait emmené avec elle, faire quelques courses en ville. Les fonds n'étaient, ces dernier temps, pas très plein -l'était-il vraiment un jour, de toute façon ?-. Alors, pour se préparer tout de même à reprendre la mer, il fallait bien faire quelques prévisions, et quand on avait pas l'argent nécessaire pour, il fallait faire preuve de persuasion. Violence, charme, séduction, apitoiement, tout était bon, et l’Égyptienne avait emmené les meilleurs de ses filles pour ça. C'était donc une singulière petite troupe qui se tenaient là, de la grande costaude simplette à la filoute qui attrapait quelque bourses aux passants pendant qu'une autre jouait le rôle de la beauté fatale. Thétis leurs sourit sincèrement :

« Pas de soucis ! Notre Oksana est grande ! Elle sait se défendre et je ne pense pas qu'elle apprécierait qu'on s'immisce de ses affaires ! Elle va l'avoir et...
- Oh, il vient de la désarmer ! »

Hein ? Ah oui. Flûte, ça s'engageait plus mal que ce que l’Égyptienne aurait espéré. Elle soupira, commença à s'avancer vers la foule en faisant signe à ses filles de suivre.

« Bon, on y va, mais jusqu'à ce que je vous en fasse signe, vous restez sage. »

Les membres du Hell hochèrent la tête et chacune se mêla à la foule, se fondant dedans autant que possible. Thétis n'étaient pas bien grande. Ainsi, si elle voulait une chance de voir quelque chose, il lui fallait user de sa dextérité, de sa finesse et donner quelques petits coups de coudes afin d’accéder au premier rang. Là, elle se contenta d'écouter le dialogue entre les deux protagonistes, savourant chaque petit détails comme s'il s'agissait d'une histoire fantastique pleine de rebondissement. Ça avait l'air d'être une trahison à deux côtés, avec chaque camps croyant avoir été victime de l'autre, vraiment passionnant. Et l'homme, d'un coup, chassa la garde de la Zaporogue et lui assena un coup de pied dans le ventre. La seconde grimaça de douleur pour sa subalterne et se décida surtout à agir : si elle aurait souhaité qu'Oksana règle ses affaires seule, elle ne tenait pas, néanmoins, à perdre une canonnière aussi zélée. Ou en tout cas, elle ne voulait pas en prendre le risque.

Avec précaution, elle se déchaussa, poussa poliment un homme devant elle et s'élança, courant silencieusement vers l'homme avec ses pieds nus. Dans sa course, elle dégaina une dague qu'elle cachait dans ses jupons, arriva rapidement à hauteur de l'inconnu, et là, d'un coup rapide, elle sectionna l'arrière du genoux, faucha la jambe de l'homme en avant pour le faire tomber et l'aida gracieusement avec un coup de coude sec dans ses parties -Ah ! Et ça se disait « sexe fort », quelle plaisanterie !-. Il atterrit, lourdement, à terre et l'Egyptienne s'assit dessus, à cheval sur son ventre, bloquant les bras de ses deux pieds et pointa la dague vers sa pomme d'Adam.

« Moi j'ai toujours pensé qu'Amie ou Ennemie, une lame, ça faisait tout autant mal ! » lança joyeusement la seconde, toute sourire. « Maintenant, bouge et tu es mort, alors... »

Elle releva les yeux vers la foule, s'attendant à voir ses matelotes arriver en courant, prête à l'aider... mais rien. Pas un mouvement. Peut-être quelques remarques désobligeantes, comme quoi elle attaquait dans le dos, que ce n'était pas bien courageux... Thétis soupira :

« Bon, mesdemoiselles, c'est maintenant, qu'il faut venir ! »

Là, des têtes connues émergèrent de la foule.

« Pas trop tôt ! », grogna l'Egyptienne qui n'hésita pas à chatouiller jusqu'aux sang l'homme qui remuait un peu trop.

Des filles le saisirent fermement, le relevant, d'autre le mettaient en jeu de leurs arme, une autre s'inquiétait pour la canonnière tandis que Thétis époussetait ses jupons et rengainait son arme.

« Bon, c'était bien tenté, je suis désolée d'avoir ainsi filouté, mais voilà, un maître canonnier de son talent est denrée rare, alors, je n'allais pas risquer que vous me la blessiez. Nous reprenons bientôt la mer où on aura besoin d'elle et ce, en parfaite santé.

Je pourrais vous tuer, pour m'assurer sa sécurité, mais je suis d'humeur badine !
 » dit-elle enthousiaste en joignant les mains, ignorant superbement toutes remarques extérieurs « Qu'on le mette à l'eau ! J'espère que vous savez nager... »

Puis sans aucune autre forme de procès, l'homme fut jeté dans les eaux du ports. La scène touchant à sa fin, la foule -du moins, celle qui était fidèlement restée- commença à se disperser tandis que la seconde se frottait les mains, comme débarrassée d'une corvée.

« Oh, mince, l'eau salée va lui faire un mal de chien à son genou... »Remarqua-t-elle avant de hausser les épaules. Tant pis, ce qui était fait était fait.

Là, enfin, elle ré-admit Oksana dans sa bulle et lui adressa un franc sourire avant de dire :

« Bon, on rentre à la maison ? »

Spoiler:
 

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Une vraie rencontre est une rencontre décisive.

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