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 Léandre (Réhabilitation de fiche)

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Léandre Bernique

*

Masculin
Messages : 89
Localisation : Non loin de la mer
Humeur : Rêveuse et enfumée

Carte aux trésors
Amis, ennemis, connaissances:
Baratin de haute importance:
MessageSujet: Léandre (Réhabilitation de fiche)   Sam 17 Sep - 12:56

[Cette fiche est une refonte de celle déjà existante. Celle-ci et les anciens posts liés à ce personnage peuvent, en ce qui me concernent, être archivés. Je repars à zéro.]

    Commençons par ton nom... Léandre Furio Soliman. Je n’use plus de mon nom de famille.
    T'es pas un peu jeune pour être pirate ? Vingt-six années de doute et d’errance, je ne sais pas ce qu’il vous faut…
    Et si t'étais pas libre comme l'air, tu s'rais chez qui ? Marchand à Hispaniola, ouvrier à Tortuga, mendiant sur n’importe quelle foutue île de ce Paradis d’Enfer.
    Et tu fais quoi de ta vie ? Je cherche un engagement. Une petite corvette m’a ramassé sur une île déserte, avec mon sabre et mon pistolet ; et j’ai navigué à son bord jusqu’à ce qu’elle s’attaque à trop puissant, et soit coulée. J’ai survécu en me cachant à bord de notre proie ventrue comme passager clandestin, et au premier port venu, j’ai pris la fuite. Me revoici à la Tortue, en quête d’un navire digne de ce nom où je puisse traîner mes guêtres.
    Et pirate, c'est une vocation ou t'as plus un rond ? C’est le ciel qui s’ouvre sous vos pieds quand vous avez marché jusqu’au bout de la falaise, et décidé de continuer droit devant, qu’importent les conséquences. Un jour, ce vol qu’est ma chute prendra fin, je serai reçu dans les bras souples et froids de la Grande Sirène, et tout sombrera dans l’oubli.


    Et t'es plutôt gringalet ou baraqué ?
    Long et mince, les poignets déliés, la poigne sèche, des cheveux longs qui obscurcissent mon regard, et un entêtement qui me tient lieu de force ; vous avez vu plus impressionnant, mais peut-être jamais plus passionné. Tout se concentre aujourd'hui dans des regards qui m'échappent, des sourires dont je ne suis pas maître, et je cache le restant derrière une attitude indifférente, des tenues sans apprêt, la conscience omniprésente de ma condition de déchu. Je n'avais pas de constitution lorsque j'ai commencé à travailler dur, et cela m'a usé jusqu'à la corde, mais m'a donné une endurance à la peine que je ne possédais pas. Je résiste désormais assez bien à la faim, à la fatigue, et l'on ne m'entend pas souvent me plaindre. Je préfère sortir armé, c'est plus sûr. Dissuader vaut mieux que jeter sa vie aux fauves, n'est-ce pas ? Cependant on a déjà imaginé que j'avais volé mon arme à un bourgeois. C'est vrai. Ce bourgeois, c'est le jeune homme que j'étais il y a deux ans. Mort et oublié, il ne viendra jamais me la réclamer. C'est là le seul souvenir que j'aie emporté, le reste de ma personne, je l'ai construit seul et au fil des errances. Vous verrez ça et là une cicatrice, une marque infligée par le soleil... Les pires cicatrices et les pires marques sont à l'intérieur, et je vais vous en parler.

    T'es pas du genre à tenir tête au capitaine, au moins ?
    J’ai une autre arme avec moi, un pistolet de bonne facture. Survivant d’une paire qui m’échut à la suite d’un combat, c’est une étincelle dans la nuit de ma misère, et je ne le vendrai jamais. Peut-être en ferai-je présent. Les symboles vendus se perdent, les symboles offerts sont immortels. Oui, certaines valeurs ont compté dans ma vie. Je n’ai pas toujours été ce sauvage vêtu de boucles et de cuir roussi, une fleur des îles sur l’oreille, qui cessera de vous écouter parce qu’un oiseau chante mieux que vous ne dissertez. J’ai été un jeune homme prometteur et cultivé, adepte de philosophie, de grande littérature et des fantaisies bourgeoises. J’ai rêvé de connaître l’Europe, de visiter Paris. J’ai aimé avec la sincérité d’un cœur candide ma mère et mon père, qui fondaient sur moi tant d’espoirs, marchands d’Hispaniola durs en affaires et tendres à leurs favoris. J’ai aimé mon bel ami d’enfance, et nous avons fini sur les routes, lui et moi, pour avoir par cet amour déçu toutes les attentes qui entouraient notre avenir. J’en ai porté la faute, j’ai gagné les bas-fonds de l’archipel tandis que lui visait la rédemption, et partait conquérir la capitale de France. Nous ne devions jamais nous revoir.

    J’ai acquis le respect du travail, de l’humilité, de la prière. J’ai vécu en saint une année durant, soutenu par un prêcheur qui veillait fraternellement sur moi, pauvre égaré sans ambitions terrestres. Je l’ai aimé, lui aussi, chastement, dans le silence. Puis j’ai senti renaître en moi la pauvre flamme éteinte de la véritable passion et, pour l’étouffer, me suis éloigné de ce frère trop ambigu, trop séduisant pour être mon salut. J’ai bu dans les tavernes avec les pirates, et regardé danser les belles de nuit qui ont le sourire des anges et le regard des démons. On a voulu me tuer au nom des bonnes mœurs et de mes fautes de jadis. Un criminel s’est interposé pour ma défense. Nos chemins se sont liés ; je l’ai aimé de toute mon âme, car il était la seule famille que je puisse espérer dans une immensité d’ondes glaciales où je dérivais éternellement. Tout cela, je l’ai ressenti avec ce que mon cœur avait de pur, de loyal et d’absolu, car j’étais capable de ces élans, je le jure sur le peu qui m’en reste. Puis il n’est plus resté personne ; il n’est plus resté de moi qu’un animal ensanglanté, un chien abandonné sur le bord de la route, et plutôt que de me laisser mourir où j’étais, en ce qui me semblait ma tombe, un instinct m’a poussé à retourner à l’état sauvage. Comme j’avais quitté Hispaniola, j’ai quitté Tortuga. Je me suis perdu dans la première île inconnue qui m’ouvrait ses bras de verdure, et j’ai goûté ma solitude, je l’ai embrassée, jusqu’à la lie j’ai bu ce breuvage amer, si bien que ses venins ne pouvaient plus rien contre moi. Le soleil m’a brûlé, pâle enfant des salons de lecture que j’étais, jusqu’à ce que j’endure sa flamme sans plus rien ressentir. Dieu est mort, et je suis né tel que vous me voyez aujourd’hui. Il y a fort à parier que peu de mes anciennes connaissances, si elles n’avaient été emportées à jamais par le tourbillon du temps, me reconnaîtraient aujourd’hui, en ma liberté muette, ma sombre détermination. Je suis la seconde vie d’un chat écorché.

    T'aurais pas une histoire à nous raconter ?
    Je vous déploierai ici les délicieux malheurs par lesquels je vous ai succinctement expliqué mon état d’esprit actuel. N’hésitez pas à m’interroger. Replonger en ces profondeurs ne m’intimide plus comme autrefois. J’ai perdu la peur qui sauve les corps et déchire les âmes.

    J'ai été aimé dans mon jeune âge. On m'entourait d'attention, en tant que fils des maîtres pour les domestiques, en tant qu'héritier pour les miens, en tant que charmant petit être pour les visiteurs et le voisinage. J'avais de jolies boucles avant d'être exposé au vent marin et autres intempéries, j'avais un visage plein et souriant, celui des enfants qui n'ont pas à mendier, j'apprenais bien mes leçons car la louange des plus vieux était à mes oreilles la plus douce des musiques. On me destinait au commerce, aussi pas de couplets belliqueux et sanguinaires pour ''faire de moi un homme'' au sens où l'entendent les parents militaires. On m'enjoignait à comprendre les hommes, à les caresser dans le sens du poil, à obtenir mon intérêt sans léser le leur ou du moins à le leur faire accepter, et à être l'ami de tout le monde, mais le mien propre avant toute chose. J'étais heureux et si je rêvais de grandes aventures en mer, j'avais la lucidité de reconnaître que je n'y étais point destiné.

    Peu vous importe de connaître son nom, d’autant que moi-même je cherche à l’oublier. Je m'étais attaché à lui, j'avais passé l'âge où la voix change, j'étais immensément fier de ma prometteuse jeune personne, je ne doutais de rien. Nous partîmes ensemble choisir des chevaux dans un élevage à l'extérieur de la ville. Ce long trajet en face à face fut l'occasion de discours confidentiels, d'une émotion naissante qui grandissait sans que je puisse la retenir, et nous revînmes brouillés, les sentiments que j'exprimais n'ayant pas plu à mon compagnon. Il me vit dépérir durant quelques semaines, surtout en sa présence, et réalisa, à ce qu'il me déclara, souffrir lui aussi de cette brouille ridicule. Selon lui, ce que je demandais était finalement assez raisonnable, et ne ferait de mal à personne. Nous vécûmes alors quelques temps comme deux jeunes mariés qui se cachent d'un roi de conte malveillant et jaloux, sautant sur les moindres occasions de nous côtoyer sans témoins, tremblant dès qu'un commentaire semblait nous condamner pour cette relation exclusive.

    Au fond, nous n'étions pas conscients. Deux enfants qui jouent ne sont pas plus intéressés par l'avis de leurs parents. J'ai déjà retenu la main d'un garçonnet brutalisant un chat errant, et à mon reproche, il me demanda avec toute l'innocence du monde en quoi ce qu'il faisait était mal. Nous étions aussi aveugles que cet enfant mal éduqué. Jamais on ne nous avait explicitement parlé des choses du sexe, et jamais nous n'avions eu l'exemple d'un homme souffrant de notre vice mis au ban par ses pairs. Ce qui prévalut lorsque notre débauche fut exposée aux yeux de tous, ce fut l'étonnement. Nous étions étonnés de voir les visages se révulser, les yeux s'emplir de larmes, les insultes monter aux lèvres. Il nous fallut expérimenter un rejet total et général pour comprendre à quel point nos actes étaient graves... Mon ami partit pour l'Europe, où il avait des biens, et décida d'entamer des études dans une grande école où, paraît-il, ces mœurs rencontraient moins d'hostilité, à condition qu'elles fussent absolument secrètes, et niées en cas d'accident. J'avais fait son malheur, quoiqu'il me prétendît le contraire. Je cessai de répondre à ses lettres afin qu'il se défît véritablement de moi. La vie était insupportable et je dus me résoudre à en finir.

    Ajouter le péché au péché et sortir au plus vite de ce monde, cela me passa par l'esprit. Mais je m'accordai une année de pénitence afin de voir si cela pouvait me sauver. Et ainsi j’échouai à Tortuga, parmi les autres damnés qu’un destin cruel avait attachés sur cette Terre, pèlerin d'un commerce dont j'aurais pu être patron, arpentant cette terre que je pensais déshonorer, et chaque jour un peu plus confiant dans les mots du prêcheur Tayel : Dieu ne m'avait pas oublié. La route qui monte est la plus difficile, nous savions tous deux cela. Il me faisait confiance pour ne plus m’en écarter, et je lui faisais confiance, plutôt qu’à moi. Les blessures finiraient par guérir, et je serais finalement un homme parmi les hommes, Amen. Quelle risible pantalonnade ! A la première occasion, je débauchais ma maigre paye du mois pour m’offrir un vieux livre de philosophie corné dans une boutique borgne. Au premier ami que je me fis, j’offris ce livre en gage des sentiments que je lui portais. Aux premières nouvelles de son retour au port, car c’était un navigateur, je courais sur le quai pour l’accueillir, aussi radieux et coiffé de frais qu’une jeune fiancée défaillante. Mon cas était sans espoir ; je devais être perdu par la main des hommes. Contrairement à tant d’autres, je ne vivais point mon vice jusqu’à contracter maladies et mort prochaine. Non, je livrais mon cœur, et chaque fois j’en sortais dévasté. La passion avec laquelle je me consacrais à chaque rencontre amicale me laissait pour mort dès que le sourire aimé s’éteignait, se détournait ou se changeait en grimace. Au dernier coup de cette sanglante sarabande, je compris que vivre ainsi m’était impossible, et que je m’étais menti en songeant me retirer du monde parce que je me retirais des cercles mondains. C’est alors que je m’enfonçai dans la jungle pour de longs mois véritablement solitaire, et que j’appris à vivre sans la chaleur de mes semblables. A mon retour, détaché d’eux, non plus enfant avide d’amour mais vieillard taciturne de vingt-six ans, j’étais prêt à les affronter.

    J’étais prêt à demeurer en mer, après l’avoir tant de fois traversée dans l’angoisse ou sans y prêter attention, et à trouver à cette immense somme de larmes une beauté indéniable, qui me serait une compagnie suffisante pour le restant de mes jours.


    Ton prénom/pseudo : Léandre
    Ton âge : 26 ans
    Comment as-tu découvert le forum ? Remember…
    Ta première impression : ne sera pas la dernière
    Le code du règlement : GoldyTreasure

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MessageSujet: Re: Léandre (Réhabilitation de fiche)   Dim 18 Sep - 9:27

Très intéressante réécriture de ce personnage, tu as su utiliser la disparition de Tayel et Malpertuis pour enrichir Léandre, je ne puis que te féliciter ! Je range donc cette fiche et te souhaite de nouveau la bienvenue parmi nous !
(Je te répondrai sous peu dans le sujet de recrutement, promis ;))

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MessageSujet: Re: Léandre (Réhabilitation de fiche)   Dim 18 Sep - 11:59

Moi aussi j'adore ! ♥ Re-bienvenue, Léandre ! =D
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Léandre Bernique

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MessageSujet: Re: Léandre (Réhabilitation de fiche)   Dim 18 Sep - 12:16

C'est bien aimable à vous deux. J'eusse préféré n'avoir pas à recourir à ces artifices, mais puisqu'il l'a fallu, autant rendre justice à ce dont je me détachais.

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MessageSujet: Re: Léandre (Réhabilitation de fiche)   Aujourd'hui à 10:29

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