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 Mousses au poisson et mousses en danger [PV: Thétis]

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Charlie Withmore

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MessageSujet: Mousses au poisson et mousses en danger [PV: Thétis]   Jeu 1 Sep - 18:22

C’était une belle journée au marché de Tortuga. Enfin, aussi belle que pouvait l’être une journée dans le riant (et toussant) cadre de l’Ile aux Pirates. Il n’y avait pas assez de brume pour cacher le soleil, dont les rayons éclairaient les bâtiments anciens et vermoulus et les ruelles mal entretenues, leur donnant un air nouveau. Oui, lorsqu’on penchait la tête d’un certain côté et qu’on prenait la peine de loucher un peu, on pouvait même lui prêter un air bucolique, à la cité de la tortue. Une louche d’imagination et une pincée d’optimisme, et on avait presque l’île de légende dont les histoires romantiques de flibustiers faisaient l’éloge. Même si ceux qui les avaient écrites n’avaient sans doute jamais mis le pied dans un tas aussi informe qu’indescriptible qui jonchait la place lors d’un marché bondés. En tirant sur sa jambe pour en retirer le pied sans perdre sa botte, Charlie Withmore se dit que décidément, les poètes feraient bien de sortir un peu plus souvent. Raclant sa botte contre l’arrête d’un pavé, il renonça aussitôt à savoir de quoi était constitué le tas en question : au marché de Tortuga, avec les nombreux étals et la circulation de marchands et de clients, on était toujours assuré de marcher dans quelque chose de peu ragoûtant. Charlie se prit juste à espérer que la chose n’était pas vivante, tout en se retenant d’aspirer à pleins poumons les remugles de la place. Certes, il y avait les stands d’épices venus des quatre coin du monde, les pâtés en croûtes fumants, les saucisses graisseuses dans leur p’tits pains, les produits frais de la mer et les senteurs enivrantes de parfums et de boissons… Autant d’odeurs qui, prises individuellement, se révélaient des plus agréables mais qui, mélangées les unes aux autres et mêlées à l’odeur abominablement particulière de Tortuga par temps chaud, donnaient plutôt l’impression de vous rentrer par les narines avec une ancre avant de vous frapper l’intérieur du crâne avec le métal lourd à chaque nouvelle inspiration.

Aussi, Withmore ne reniflait un peu d’air que par inhalations rapides et plus ou moins sans douleur tandis qu’il continuait son petit tour parmi les étals et les passants. Sa haute et large stature, précédée de sa réputation, suffisaient généralement à lui éviter de rentrer dans un bonhomme quelconque tous les trois pas, et il avait tout le temps de profiter de l’ambiance. Et l’ambiance du marché de Tortuga était au moins aussi singulière que son odeur, et n’en piquait pas moins le nez. Il y avait des hommes et des femmes de tous les horizons et de tous les âges ; les teints de peaux et les vêtements sobres ou bariolés se mêlaient en une grande tapisserie de couleurs et de styles, démontrant une nouvelle fois qu’il n’y avait pas de frontières dans le monde des pirates (1). Le marché se révélait être une véritable mine de produits les plus divers, variés et inattendus, proposés par des marchands tout aussi divers, variées et inattendus (et sentant beaucoup plus mauvais). Et le vacarme ! Une véritable cacophonie de sons d’animaux mis à la vente et de cris et d’échanges dans toutes les langues connues par l’homme, plus deux ou trois autres dont nul ne connaissait vraiment l’origine. Sans oublier la musique, jouée par des artistes de rue en guenilles s’efforçant de jouer chacun plus fort que leurs concurrents. Bref, c’était un spectacle intégral sons, couleurs et odeurs, et Charlie Withmore adorait tout cela.

Il se contenait d’y flâner, sans but précis, s’imprégnant de l’instant, quand une scène attira son attention. Un gros marchand coiffés d’un turban mal fichu et d’une sorte de toge maculée de tâches de gras hurlait à l’encontre de deux gosses, agitant sous leurs visages terrifiés une main boudinées aux doigts chargés de bagues et, surtout, tenant un gros poignard courbe et rouillée mais encore terriblement capable de remplir son office d’arme perforante. Les gamins étaient retenus par un énorme malabar à la peau d’ébène, et même Charlie aurait dû lever la tête pour prétendre à le regarder dans les yeux. Le marchand s’époumonait dans une langue étrange, orientale ou africaine, Withmore n’aurait su réellement le dire. Mais ce qui avait véritablement retenu l’attention de l’écossais, c’était que l’un des deux enfants était un jeune mousse du Prince des Tempêtes, celui la même qui s’était déjà fait remarquer lors de l’arrivée à bord d’Evan Lenoir. Dépenaillé, le petit gars suivait avec des yeux ronds la lame de l’autre, traçant des arabesques dans l’air sur le rythme d’excitation de son propriétaire.

« Bon sang, qu’est-ce qu’il a encore fait, cette fois-ci ? » bougonna Charlie entre ses dents tout en fendant sans efforts la foule qui le séparait du petit attroupement. S’approchant, il vit que l’autre gosse était en fait une gosse et avait tout de la mousse fraîchement embarquée elle aussi. Et comme Charlie ne la reconnut pas, cela ne pouvait signifier qu’une seule chose : outre le Prince, il n’y avait qu’un seul autre bâtiment mouillant à Tortuga qui prenait des femmes comme équipage… En plus de se faire chopper à dieu seul savait quoi par un vendeur hystérique, le gamin avait en plus réussi à s’accoquiner avec une de ces diablesses du Hell’s Ship ! Bon sang de bonsoir, la situation s’annonçait décidément bien compliquée à calmer. Mais Charlie ne pouvait laisser un de ses gars se faire étriper par un marchand enturbanné, même si le gamin en question le méritait. Si punition il devait y avoir, c’était à Charlie de l’administrer, et sous les couleurs du Prince ! Mais d’abord, tenter de désembrouiller la situation…

« Hola mon gars ! »
lança-t-il à l’adresse du vendeur, les paumes ouvertes devant lui pour montrer qu’il n’avait aucune intention de se montrer agressif. « Qu’est-ce qui s’passe, ici ? Ce p’tit gars fait partie de mes moussaillons, et si lui et sa… camarade vous ont causé du tort, j’aimerais bien savoir lequel avant que vous ne les débitiez en tranches pour nourrir la poiscaille… »

Et pour toute réponse, l’autre excité se mit à agiter son poignard sous le nez de Charlie en continuant de crier dans une langue inconnue Chip.

« Du calme ! C’est pas gagné, ça non… Qu'est-ce-qu'il-s'est-passé?»

Décidément, cette histoire-ci n’aurait pu commencer mieux


____________________________________________________

(1) Du moins d’autres frontières que celle de « celui qui a l’air le plus méchant et sait le mieux se servir de sa grosse épée »


Dernière édition par Charlie Withmore le Mar 13 Sep - 11:09, édité 1 fois
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Thétis L'Égyptienne

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MessageSujet: Re: Mousses au poisson et mousses en danger [PV: Thétis]   Mar 6 Sep - 19:24

[Enseeeeemble ! Nous jouons enseeeeeemble !! \o/ ]

Thétis ferma les yeux et laissa ses souvenirs l'enivrer. Elle se remémorait, les douces après-midi d'Italie où Fiorella s'enfuyait et allait sur la place du marché de sa ville. Les gens. La senteur de sa peau grillée au soleil. Les fragrances des parfums parfois entêtants des bohémiennes de passages, diseuses de bonnes aventures qui jouaient avec leurs cartes. Elle se souvenait des épices, des étoffes riches et colorés, des tintements des babioles accrochées aux jupes des dames. Il y avait des lumières, des couleurs qui la ravissaient depuis toujours. Puis il y avait ces sons de guitares, ces chants, ces pieds qui tambourinaient avec force le sol pour rythmer les pas de tous. Il y avait les histoires qu'on entendaient, les chants qui s'élevaient, les voix qui riaient.

Et il y avait les danses. Tantôt endiablée, épuisantes, étonnantes, puissantes, réjouissantes ! Et tantôt calmes, douces, apaisantes, mélancoliques et tristes. L'univers des marchés avait toujours fasciné Fiorella. Aujourd'hui, il embêtait sacrément Thétis. Si hier elle dansait pour se faufiler entre les gens, passant d'un partenaire à l'autre en lançant un rire, aujourd’hui, l’activité ressemblait plus à un sport de lutte, passant d'un adversaire à l'autre en assenant un violent coup de coude pour se frayer un passage.

Pirate ou non d'un navire plutôt réputé dans son domaine, les marchands ne semblaient pas en faire grands cas. L’Égyptienne était aussi malmenée, poussée et criée que n'importe quelle autre fille légère de passage. Bon, la jeune femme elle même reconnaissait ne pas avoir le physique à l'emploi. Mais tout de même ! Elle regrettait bien, cette fois, de ne pas mesurer un bon mettre de plus. Habituellement, sa technique la plus efficace était de se coller au dos d'un homme (homme choisit par sa taille, sa largeur ou encore sa capacité à créer la frontière piratesque citée plus tôt) et de le laisser se frayer un passage, le suivant bien sagement. Mais au marché de Tortugua, la foule était tant compacte qu'elle se refermait directement derrière l'homme, remettant en cause les lois naturelles les plus basiques.

Au moins, se disait la seconde non sans un soupir, à chaque personne l'ayant frôlée, pelotée, ballotée (ou les trois en même temps), elle s'accordait une juste vengeance et se saisissait en toute discrétions de leurs bourses. On ne peut pas pousser et faire attention à ses petites affaires. Sa dernière cagnotte s'éleva à quelques pièces à peine et elle soupira en les fourrant dans la bourse qu'elle avait caché dans sa poitrine. À la réflexion, sans doute devrait-elle s'arrêter là avant que la populace ne se questionne de quel cirque la femme aux trois seins s'était échappée. Elle aurait voulu faire demi-tout mais fut entrainée par un mouvement de foule, presque liquide, qui l'entoura lui coupant le souffle (ou plutôt, qui la coinça entre des aisselles et torses suintant la sueurs, alors oui, Thétis avait choisit de bloquer sa respiration, quitte à mourir étouffée). Il lui fallut un temps avant d'enfin parvenir à reprendre le contrôle de sa direction et presque suffocante, elle finit par atterrir dans un coin incroyable du marché de Tortuga. Presque impensable. Inimaginable, même !

« Un coin d'espace ! Haaaa, de l'aiiiir ! » éructa-t-elle soudainement.

La jeune femme prit un temps avant de tourner la tête pour analyser la situation. Comment un ''trou de foule'' pouvait-il se trouver dans le marché de Tortuga ? Élémentaire, mon cher, réunissez quelques uns des plus hautes têtes de l'île pour un face à face menaçant. À croire qu'ils s'étaient tous passé le mot pour faire avoir à l’Égyptienne un complexe d'infériorité. Mais malgré une patience légèrement effritée, Thétis lança à la cantonade :

« Saluuuutation, Ooooh ! Chip ! Ça faisait diablement longtemps, c'est une joie de vous revoOOOoooh ! Mais c'est à moi ça ! » se coupa-t-elle elle même en voyant l'une de ses mousse tenue par le gros malabars. Elle tendit les bras vers la petite et continua : « C'est adorable de votre part de me l'avoir retrouvée ! Nan, vraiment, merci ! Perdue ici, je n'étais pas certaine de la retrouver ! Alors, vous me la rendez ? C'est une malheureuse enfant, ce qu'elle a fait ne doit pas être si grave ! Si ?

Et pareil pour l'autre gosse, pas vrai ? Seriez-vous assez inconscient pour provoquer deux équipages pirates d'ici ? Vraiment ?
 »

L'homme ne semblait pas aussi engageant que ce qu'avait souhaité Thétis car aussi tôt, il retourna sa dague vers elle et la remua, mâchouillant des mots que la jeune femme ne comprit pas. Exploit du jours, il réussit à faire perdre le sourire frivole de la jeune femme pour une mine plus sérieuse.

« D'accooooord, eeeeet... y aurait-il dans cette heureuse assemblée un interprète pouvant nous traduire les dires de monsieur ? Chercha-t-elle. Car monsieur n'est pas venu seul vendre ses marchandises sur une îles ne parlant pas un mot du dialecte local, n'est-ce pas ? »

L’Égyptienne ne se sentait plus patiente. Sans même attendre de réponse, elle tenta elle même quelque ''bonjour'', déclinant le mot en italien, anglais, espagnol, patois locaux... puis baragouina-t-elle un très hésitant arabe apprit auprès de quelques filles de son équipage.

Oh, et puis, si monsieur le marchand ne voulait toujours pas comprendre, Thétis se remémora que le langage des armes, lui, était universel.

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Charlie Withmore

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MessageSujet: Re: Mousses au poisson et mousses en danger [PV: Thétis]   Mar 13 Sep - 11:45

[HRP: ouiiiii, Alleluia! Enfiiiiiin! Après toutes ces années et tous ces personnages, nous voilà réunis dans le même sujet! C'trop bien! \o/]

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Charlie avait beau tendre une oreille plus qu’attentive et suivre des yeux le moindre geste du marchand, il ne comprenait toujours pas un traître mot. Il avait bien entendu réalisé que l’homme était en colère, cela n’avait pas été difficile ; pas plus que ça ne l’était de comprendre qu’il avait un sale caractère. Et si c’était un atout appréciable pour ne pas se laisser marcher sur les babouches dans la jungle des commerçants et des voleurs de Tortuga, ça l’était beaucoup moins lorsqu’il fallait discuter raisonnablement. Withmore ne pouvait que contempler les lèvres de l’autre s’ouvrir et se refermer, tordues, sur des mots incompréhensible (sans doute parce qu’ils étaient en train de se noyer dans leurs postillons). Se grattant le menton, pensif, il se demandait bien comment régler la situation sans esclandre inutile quand elle arriva

Surgissant de nulle part dans un froufrou de tissu et de gestes délicats, celle qu’on appelait l’Egyptienne donnait l’impression de s’être matérialisée auprès du groupe comme un djinn de légende. Elle avait aussitôt pris la parole, babillant gaiement de sa voix agréable. Car c’était bien là une femme qui n’était pas étrangère à la façon de séduire son monde à coups de parole, même si Charlie savait de réputation que la seconde du Hell’s Ship n’était pas non plus la dernière lorsqu’il s’agissait de coups de poignards. Il n’empêche que Charlie retrouva le sourire en réponse aux salutations de la femme.

« Thétis ! Ca fait un bail. » L’écossais essaya de se rappeler la dernière fois qu’il avait croisée l’Egyptienne à Tortuga, et sourit de plus belle. « Au moins depuis cette nuit à la taverne, avec cet espagnol aux mains baladeuses et totalement inconscient de votre… réputation. Tiens, sait-on d’ailleurs ce qu’il est devenu ? »

Charlie avait peu de fois croisé le chemin de la mystérieuse femme, mais chaque rencontre s’était révélée des plus animées. Haute en couleurs, pleine de grâce et d’humour, Thétis était un fascinant exemple de ces personnages étranges et fantasques que l’on pouvait croiser dans le monde de la piraterie. Et même si elle n’avait pas sa langue dans sa poche, on ne savait jamais grand-chose d’elle alors qu’elle semblait savoir tout de vous. L’écossais en était venu à l’apprécier et à respecter ses qualités en tant que seconde : les bruits couraient qu’elle s’acquittait de son devoir à merveille et que la terrible Mary Bell n’aurait pas pu mieux trouver pour tempérer ses ardeurs. La tempérance étant une des principales qualités d’officier aux yeux de Charlie, pas étonnant à ce qu’il en soit venu à considérer Thétis comme une pirate des plus capables. Et si beaucoup de flibustier voyaient encore d’un mauvais œil qu’on puisse nommer une femme à un tel poste –d’autant plus lorsqu’elle avait l’air aussi inoffensive que Thétis- c’était là une chose qui n’avait jamais gêné Charlie. Le Prince des Tempêtes avait son lot de femmes à bord, et Chip avait appris dès sa plus tendre enfance à ne pas faire la moindre différence entre un homme et une femme lorsqu’il s’agissait d’évaluer les capacités. Enfin, même si nombre de membres d’équipage du Hell’s Ship se montraient aussi intolérantes envers les mâles que ces derniers envers elles, Thétis avait toujours semblé à l’aise avec n’importe qui, quel que soit son sexe ou son appartenance à un équipage. Et pour Charlie, qui ne voyait aucune raison de se perdre en rivalité inutile avec les pirates voguant sous d’autres couleurs, c’était une raison de plus d’apprécier Thétis.

«Comme vous l’voyez, nos p’tits ont des ennuis. Non pas qu’ils le méritent pas… »
Il jeta un coup d’œil réprobateur à son mousse, connu pour amener les embrouilles. « …mais pas au point de perdre des doigts. P’t’être que vous allez vous faire comprendre, je suis incapable de déchiffrer son sabir… »

Thétis n’avait pas attendu pour tenter de se lancer dans la conversation, passant d’un langage à l’autre avec une décontraction qui lui donnait l’impression de parler de la pluie et du beau temps. Mais l’enturbanné ne comprenait toujours pas ou, comme commençait à le soupçonner Charlie, ne voulait pas comprendre. Et ce fut après quelques minutes qu’un autre homme fendit la foule pour rejoindre l’étal, un sac de marchandises sur le dos. Il le posa à terre et commença à le vider pour disposer les marchandises, tout en prenant tranquillement la parole :

« Le maître dit que ces graines de catin ont volé des gâteaux aux épices. Des épices chers, qu’il fait venir à grand prix d’orient. Ca fait de très bon gâteaux d’ailleurs, pensez-y. Enfin bref, il ne peut plus supporter de se faire dépouiller et a décidé de faire un exemple de vos gosses. Quelques doigts, au moins. Je serais vous, je laisserais faire, ils s’en tirent à bon compte. Le maître est soupe au lait, et dans cet état, impossible de lui faire entendre raison. »

Il continua son travail sans plus leur accorder d’attention, tandis que le marchand faisait signe à deux autres costauds de venir rejoindre le malabar qui retenait les mousses. Ils étaient tous armés de longs cimeterres aiguisés et leur peau noire était à tous couturée de cicatrices. L’un était même borgne, et tous trois semblaient aussi redoutables que l’homme qui rangeait les denrées était banal. Sur un ordre du marchand, le garde tordit le poignet du mousse du Prince pour présenter sa main à un de ses collègues qui s’apprêtait à dégainer. Le troisième, lui, s’empara de la gamine du Hell’s Ship

« Houlà, ça va un peu loin! Faut pas croire que j’vais vous laisser couper des doigts à mon gars. L’en a besoin, de ses doigts, sur un bateau ! Sa p'tite camarade aussi, hein! Dites-lui, vous ! Je… »

Charlie allait s’avancer quand il sentit une pression sur son épaule. Derrière Thétis et lui, deux autres gardes armés et aux muscles épais s’étaient matérialisé avec un silence et une prestance qu’on aurait crus impossibles chez des hommes de cette taille. Pivotant pour se débarrasser de la prise, Charlie se retrouva dos à dos avec Thétis, et la main sur la garde de sa rapière.

« Qu’est-c’qu’vous en pensez ? » demanda-t-il à l’Egyptienne d’un ton détaché, comme si aucun danger ne les menaçait. « On leur laisse une chance de se rendre ? »

A moins d’un miracle, la situation semblait sur le point de dégénérer. Les rixes étaient monnaie courante, et peu de passants accepteraient le risque de s’interposer. Décidément, ce n’était vraiment pas la journée pour aller faire son marché…
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Thétis L'Égyptienne

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MessageSujet: Re: Mousses au poisson et mousses en danger [PV: Thétis]   Sam 17 Sep - 19:36

« Qui sait ? » laissa s'échapper Thétis en un petit sourire enjôleur.

Oh, pour dire vrai, il ne lui était pas arrivé grand chose, à cet homme aux mains baladeuses. Qu'il meurt ou non lui était égal. Qu'elle se salisse, en revanche, beaucoup moins, et ce jours là, elle trouvait l'éclat de sa jupe particulièrement beau. Beaucoup d'alcool, un bon coup de garde sur la nuque et le type lui avait bien fichu la paix, à la pirate. Alors, ça lui avait suffit, inutile d'aller plus loin. Mais il était bon de maintenir un certains mystère, c'était mieux pour sa réputation.

Enfin, c'était du passé et là, Thétis trouvait le présent rudement prenant. Sa mousse allait perdre un doigts, l'autre aussi, quoi qu'elle s'en souciait un peu moins, et la voilà qui était entourée de gens à l'air durs. En temps normal, sans doute aurait-elle pu être raisonnablement peu rassurée, mais là, ce n'était pas le cas. Thétis n'était pas seule, comme lui faisait sentir une présence dans son dos. Si Charlie Whitemore témoignait d'autant d'assurance, alors, elle ne pouvait qu'en faire de même.

Au moins, l’égyptienne se trouvait en bonne compagnie, si elle en oubliait les gens autour d'elle. Charlie était de ces hommes naturellement sympathiques qui détendent l'atmosphère rien que par leur présence, se montrant toujours agréables. De plus, il ne la jugeait pas en tant que femme, mais en tant que pirates, ce ne pouvait être qu'un bon point. Alors, aussi subjectivement que possible, Thétis en était venue à grandement apprécier l'homme. De plus, second d'un navire composé d'homme et de femme, il était vite devenu une sources intarissable de curiosité pour la jeune femme, étant son « équivalent » mais avec une ambiance si différentes. Alors, elle avait apprit à le connaître, à savoir ses méthodes, et approuvait tranquillement qu'il ne soit pas un Khazi-bis. Il n'y avait pas que la violence pour se faire respecter (quoi que parfois, ça aidait bien), Thétis en était sûre.

Et là, elle était également sûre qu'elle ne voulait pas que sa mousse perde un doigts.

« Je ne sais pas, répondit tout bas la seconde, j'n'aime pas qu'on se croit tout permis avec les miens. Mais si on casse, on va nous demander de réparer. »

Les mains de Thétis, doucement, glissait vers ses armes tandis qu'elle prenait un ton revêche.

« Hep, toi, là ! Tu peux pas lui dire à ''ton maître'' qu'il n'y a pas d'exemple qui tienne ? Qu'il le sache : nos deux gosses rentreront entier à la maison, nous nous chargerons nous même de la punitions à venir. Au mieux seront-ils l'exemple que vos gâteaux valent la peine d'être gouté pour que des jeunes encourent de tels risques pour se les approprier. On paye et restons-en là, d'accord ?

Dis-le, sinon, c'est vous qui servirez d'exemple.
 »

L'interprète soupira et bon-gré mal-gré, il changea sa langue pour que le marchand étranger comprenne. Ce dernier eut un rire sec et sans humours avant de répondre quelque chose. L'interprète évita avec brio les crachat quand l'homme se calma pour répondre.

« Il dit...
- ''Non'', oui, j'ai compris, merci, lâcha l'égyptienne presque lasse. »

Il y eut quelques coups d'oeil, des hochements de têtes, des passants qui s'éloignaient doucement, certaines femmes emmenant leurs progénitures loin de la scène. Elles avaient raison, elles avaient diablement raison. Thétis ne souriait plus quand l'autre reprit :

« Il demande, aussi, quel genre d'exemple vous pouvez bien donner, à part qu'il vaut mieux se taire en sa présence. »

Un premier gros bras approcha un bras et saisit l'épaule de Thétis. Puis vivement, celle-ci dégaina son arme et son bras vola pour rencontrer le poignet du malotru qui la touchait. Avec plus de force qu'on ne pouvait s'en douter, elle déchira le bras de l'homme dans la longueur tandis que le sang éclaboussait le sol. Elle jeta un œil menaçant à l'interprète et lança :

« Se taire ? Non. Plutôt qu'il est idiot de contrarier deux seconds de navires pirates. »

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Dernière édition par Thétis L'Égyptienne le Dim 23 Oct - 11:27, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Mousses au poisson et mousses en danger [PV: Thétis]   Jeu 22 Sep - 13:46

Albert Smith n’avait pas une vie facile. En premier lieu car ses parents avaient eu la mauvaise fortune de le doter d’un tel prénom, en second lieu parce qu’il n’avait jamais rien eu de remarquable. Aussi loin qu’il s’en souvienne, il avait toujours été la dernière personne qu’on remarquait lorsqu’on entrait dans une pièce, et la première qu’on oubliait. Au grand désespoir de sa mère, qui n’avait jamais rien tant aimé que briller en société. Et le fils qu’elle avait espéré prodige n’avait pas le moins du monde donné satisfaction en la matière, si ce n’était qu’il s’était trouvé, et bien… prodigieusement banal. Il n’était doué en rien, sans pour autant être mauvais en quoi que ce soit. Vêtu de vieilles nippes ou de ses plus beaux atours du dimanche, on ne faisait pas plus attention à lui que s’il avait fait partie du décor et plus d’un invité un peu éméché l’avait confondu avec un tabouret lors des réceptions familiales, à Londres. En grandissant, les choses ne s’étaient pas arrangées : Albert avait continué d’exceller dans la moyenne, à tel point qu’on aurait été en droit de demander s’il ne faisait pas exprès. Mais non, le jeune garçon avait beau essayer, il se retrouvait systématiquement emporté par des évènements qu’il ne maîtrisait pas. Ce n’était pas non plus par paresse, car il avait toujours été travailleur. Seulement, cela n’avait jamais servi à grand-chose. Et puis sa mère était morte fauchée par un attelage, et son père avait trouvé la religion. Ou la religion l’avait trouvé, cela n’avait jamais été très clair aux yeux d’Albert, qui n’avait pas eu d’autre choix que de suivre son tailleur de renom de père reconverti en missionnaire lorsqu’il décida de traverser les mers pour contribuer à répandre la bonne parole. Durant son adolescence, Albert avait foulé nombre de terres étrangères, rencontrés des personnages pittoresques et s’était fourré dans plus d’ennuis qu’il n’avait pu compter. Principalement parce qu’il se retrouvait souvent au mauvais endroit au mauvais moment et parce que personne ne faisait jamais attention à lui lorsque les choses se gâtaient.

Et quand il perdit son père, bien loin de leur vieille Angleterre, il se retrouva livré à lui-même sans aucun autre talent que des connaissances modérées en couture héritée de son défunt paternel et un don –sans doute le seul qu’il finit par développer- pour les langues qui l’avait plus d’une fois sorti du pétrin pour le jeter dans des ennuis imprévus. Au moins, dans l’optimisme qu’il avait fini par adopter comme un mécanisme de survie, Albert Smith se disait-il qu’il ne s’ennuyait jamais. Généralement lorsqu’il se retrouvait perdu en pleine jungle ou entre deux dagues rouillées dans une rixe portuaire. Il avait continué d’avancer dans la vie sans trop savoir où elle allait le mener, sans savoir s’il jouissait d’une chance insolente ou de la plus noire des poisses. Quoi qu’il en soit, malgré sa tendance à se retrouver précipité en plein cœur des tourments de la Fortune, celle-ci n’avait jamais réussi à avoir de réelle emprise sur lui, ce petit bonhomme au physique ordinaire glissant sans cesse de ses anneaux. Taille moyenne, traits moyens, il était généralement inutile de décrire la couleur de ses yeux ou de ses cheveux car on les oubliait aussitôt. A la rigueur, on pouvait s’arrêter sur les cheveux rares malgré le fait qu’il n’avait pas encore trente ans ou les petites lunettes cerclées d’argent et maintes fois rafistolées, mais seulement si s’ennuyait assez pour le fixer plus de quelques secondes. Et après mille péripéties que des âmes plus romanesques que la sienne, simple et lisse, auraient qualifiées d’aventures, voilà qu’il avait fini par se retrouver plus ou moins la propriété d’un marchand venu de l’Orient au sale caractère, qui l’avait épargné en raison de ses facultés d’interprètes. La vie d’Albert Smith n’était donc pas des plus faciles, mais au moins il avait de quoi manger, une paillasse ou dormir et le minimum question sévices corporels, son maître et ses gorilles oubliant souvent après seulement un coup ou deux pourquoi ils avaient décidé de se donner la peine de le punir. C’était sans doute là le grand drame d’Albert Smith : il ne valait guère de peine, pour qui ou quoi que ce soit…

Et alors qu’il se disait ce matin même en transportant sa part de marchandises qu’il ne s’était pas retrouvé dans une situation fâcheuse et potentiellement mortelle depuis un temps des plus inhabituels, voilà qu’il retrouvait son maître aux prises avec deux enfants soupçonnés de vol et leurs pirates de protecteurs. Obéissant et guidé par la force de l’habitude, il suivit les directives des uns et des autres au fur et à mesure qu’ils avaient besoin de traduction, tout en sachant pertinemment que cela ne servirait nullement à apaiser l’humeur de son maître lorsqu’il était dans cet état. Il se dit d’ailleurs que c’était son devoir de le faire savoir aux pirates, et il tira les manches de l’un et de l’autre en expliquant d’une voix polie :

« Dites, excusez-moi de vous importuner, mais je crois qu’il est inutile de chercher à raisonner le maître. Quand il se met en colère, rien ne saurait le dérouter de sa…heu, conception de la justice. »

Mais ni l’écossais –reconnu à son accent- ni la belle femme à l’air mystérieux ne firent mine de l’avoir entendu, ce à quoi il était habitué. Et quand son maître aboya un ordre à ses hommes, Albert Smith s’écarta de quelques pas, laissant échapper un bref soupir avant d’ôter ses lunettes pour les essuyer consciencieusement avec un pan de sa chemise. Ce n’était pas la première fois que le caractère de son maître déclencherait une vilaine bagarre, et ce ne serait certainement pas la dernière. Et comme il n’avait pas plu de talent pour l’action que pour autre chose, il ne lui restait qu’à attendre de voir ce qui allait se passer.

Quant à Charlie Withmore, s’il avait bien remarqué le manège d’Albert Smith, il avait pris sur lui de l’ignorer, parce qu’une demi-douzaine de costauds armés d’épées recourbées lui paraissait nécessiter toute son attention. D’autant plus quand les tentatives de négociation de Thétis échouèrent à leur tour et que l’un des malabars essaya de se saisir de sa personne. La lame de l’Egyptienne frappa comme un serpent, le sang jaillit et Charlie laissa échapper un bref sifflement d’admiration. La seconde du Hell’s Ship était rapide, précise et dangereuse, autant de points sur lesquels sa légende ne pouvait que se vérifier. Ce qui ne manqua pas de rassurer Charlie, soulagé de se retrouver en compagnie de quelqu’un d’aussi redoutable. Les gardes, eux, ne semblèrent pas intimidés, peut-être un poil surpris, mais ne tardèrent pas à réagir. Charlie se retrouvait littéralement pris entre deux feux, et ses réflexes lui permirent d’éviter de justesse le fauchage de deux épées acérées. Les armes des deux types se croisèrent alors par mégarde, et Withmore en profita pour saisir les têtes de leur propriétaire, qu’il cogna l’une contre l’autre. Il y eu un craquement, et ils s’effondrèrent comme un seul homme, dans les bras l’un de l’autre. Mais un de leur comparse, stimulé par les hurlements stridents du marchand, se jeta sur lui et Chip brandit sa propre épée pour parer le coup. Restait trois ou quatre de ces types au moins, sans oublier le marchand et celui qui tenait les gamins. Bon, et l’interprète, mais il ne semblait pas vraiment dangereux.

« Dites donc, on ne s’ennuie pas, en votre compagnie ! » lança Charlie à l’adresse de Thétis, tandis qu’il ferraillait avec son adversaire. Avec l’objectif de le mettre hors d’état de nuire le plus vite possible pour aller s’occuper de celui qui tenait les mousses. Car si le marchand et ses sbires n’étaient pas brillants, ils finiraient bien assez vite qu’ils avaient la vie des gosses à menacer, ce qui pouvait représenter leur meilleure chance de mener la danse.

« J’vous laisse les p’tits ! » dit-il à l’Egyptienne avait pas plus de détresse dans sa voix que s’il lui proposait de prendre la dernière olive du bocal, tandis qu’il attirait sur lui l’attention d’autres gardes dans le but de lui laisser le champ libre…

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Thétis L'Égyptienne

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MessageSujet: Re: Mousses au poisson et mousses en danger [PV: Thétis]   Lun 24 Oct - 22:26

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« Oh ! S’offusqua l'Egyptienne, car en plus, c'est ma faute ?! »

S'il lui avait possible, Thétis aurait volontiers adopté une mine outrée, posant ses mains sur ses hanches rondes et en faisant gonfler ses joues. Pour l'heure, Charlie devrait se contenter de quelques mots lancés en l'air, les mains de la bohémienne étant occupées à se défendre. Elle para, esquiva, donna quelque coup et devait bien l'admettre : elle avait manqué de patience. C'est elle qui avait assigné le premier coups, donc, peut-être que oui, la situation était peut-être de sa faute. Bien joué, de la part de celle qui devait gérer les crises de colères de sa capitaine, oui vraiment ! Mais sa mauvaise foi féminine refusait de l'admettre avec beaucoup d'ardeur.

Quand Charlie lança son invitation, la seconde acquiesça, comprenant bien vite où l'écossait voulait en venir. Si Thétis se montrait capable d'aller si loin pour défendre les doigts d'une mousse, aucun doute qu'elle s'arrêterait si on menaçait ses petits, non ? Peut-être. Peut-être pas. Quelque par, l'esprit pragmatique de Thétis jugeait que si la jeune mousse se faisait tuer aussi facilement, c'est qu'elle le méritait. Elle perdrait une mousse, oui, et ? Le Hell Ship n'avait pas besoin de matelote se faisant bêtement avoir ainsi. La vie de ce navire était déjà bien assez dure sans se retrouver parasité par des incapables.

Pourtant, elle y alla. Se serait-elle arrêtée face à des menaces ? Qui sait... Mais Thétis faisait toujours attention à l'image qu'elle donnait. Si son coeur était froid, son enveloppe était chaleureuse et aimante. Et elle irait aider ''les petits'', quelque que soit ce que son for intérieur lui dictait, comme l'avait suggéré le second du prince, bien meilleur qu'elle.

Une épée tombante vers sa tête lui permis de faire un pas sur le côté, la lame entrechoqua avec violence celle de Charlie Whitemore et l'égyptienne en profita pour se glisser sur le côté, prenant en tenaille son adversaire et lui assenant un coup de dague derrière le genoux. L'homme hurla, les cheveux de Thétis se froissèrent tandis qu'elle se tournait en vitesse vers le matelots geôlier. Sa courses était rapide et sans heurt : quand un mercenaire devait choisir entre « petite couleuvre vicieuse » et « gros ours du nord », pas de doutes, ils prenaient l'initiative de faire passer l'ours en premier. Même si la couleuvre avait attaqué en premier. Charlie était un excellent bretteur, qui associé à sa haute stature en faisait un adversaire à qui il n'était pas bon de tourner le dos. Ainsi, solidarité larbine oblige, chacun se concentra sur l'écossais, laissant la jeune femme s'enfuir.

Mais Thétis ne fuyait pas, elle appréciait assez le second du prince -et celui-ci était une source intarissable de curiosité- pour que l’égyptienne ne l'abandonne pas. Il était souvent bon d'avoir des relations un peu partout, avec tout le monde, pour avoir des informations et ça, ça se préservait, pensait l'égyptienne. Et puis, au fond, oui, elle l'aimait bien. Alors, elle courrait, prenant de la vitesse, de l'élan tandis qu'elle sautait sur une caisse pour gagner en hauteur. Un peu plus vite, encore un peu plus d'élan ! Elle se jura de les sauver, ces gamins. Par pour ce qu'ils étaient. Pas pour qui ils étaient. Pour ce qu'ils représentaient.

Thétis bondit, un visage déformé par la volonté pure de tuer sa cible, levant son bras armé en arrière. Ses cheveux noirs dansaient, sa jupes vola dans tout les sens, le pirate eut des yeux ronds. Fut-il désappointé par ce petit bout de femme alors presque sauvage ? Fut-il un peu plus prude qu'un autre à se retrouver choqué par la vue de ce qu'il se passait sous les jupes d'une dame ? On ne le saura jamais. De surprise, il lâcha les gosses, qui roulèrent un peu sonné sur le sol et tenta d'armer sa lame en une position maladroite mêlant défense et attaque (ou autrement dit, il plaça sa lame n'importe comment). Son assaillante profita de cette hésitation pour planter son arme dans le bras de l'homme, le faisant basculer en arrière et tomber sous son poids, tandis que sa lame courte, nouvellement ornée, finissait sa course dans le torse de l'homme qui hurla.

La jeune femme, assise en califourchon sur le ventre de l'homme, lui assena un violent coup de pied dans la mâchoire. Le sang vola, quelque dents aussi.

« Silence ! Voilà ce qu'il en coute de regarder sous les jupes d'une femme ! Et ! Et vous salissez mes vêtements ! »

Inconscient, peinant à juste respirer, l'homme ne sembla pas en être très concerné. Thétis voyait ses mains et avant bras couverts d'un sang qui avait presque giclé, elle doutait que la fraicheur qu'elle ressentait sur son visage n'était pas du seul fait de sa sueur. C'était trop poisseux. Ses cheveux étaient tous détachés, rebelles au conformisme de la coiffure. Voilà. Elle devait ressembler à une vraie pirate sanguinaire (folle sur les bords), à présent, et non plus à une bohémienne qu'elle aimait tant.

« Emilie Longuevue ! Et son petit camarade. Sachez que je suis furieuse ! Éructa la pirate avec un visage qui aurait pu servir de modèle à des comptes pour enfant pas sage, ne croyez pas que vous n’écoperez d'aucune punition parce que nous nous occupons de ces hommes là ! »

L'égyptienne se releva, son visage avenant laissant place à un masque de fureur. Son adversaire était à terre, agonisant, et ne semblait pas partisan pour une revanche immédiate.

« Whitemore ! Commença t-elle d'une voix dure avant de continuer d'une voix plus douce, et si nous nous occupions du problème à sa source ? Après tout, ces hommes sont-ils fidèles pour se battre pour quelqu'un qui n'apportera plus jamais de paiement ?»

Son visage s'était radoucie, tranquillement, elle avait armé son arme vers le marchands et lui lançait un sourire féroce. Dans ses yeux dansait la lueur d'une envie de sang.

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MessageSujet: Re: Mousses au poisson et mousses en danger [PV: Thétis]   Mar 8 Nov - 18:25

Spoiler:
 

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Lorsqu’on jouissait d’une taille haute, d’une carrure d’épaule bien développée et de la force qui allait avec, on avait que rarement besoin d’en faire preuve. Rien de tel que d’avoir des muscles pour éviter de s’en servir, en fait. Les grands costauds n’étant généralement pas de ceux que l’on cherche à provoquer dans une bagarre, ils pouvaient généralement traverser la rue ou boire un coup dans une taverne sans trop se soucier d’autrui, parce qu’ils étaient capable de l’étendre d’un revers de la main. Quand on y ajoutait en plus de l’assurance et peut-être une épée et un pistolet à la ceinture, qu’on exhibait quelques cicatrices pour la touche finale, on était de suite reconnu comme un survivant. Et personne de censé ne provoquait un survivant. C’était sans doute d’autant plus vrai dans le monde de la piraterie, où un survivant ne l’était pas par simple chance. Voilà pourquoi Charlie Withmore se battait rarement. Et ne portait jamais le premier coup, même lors d’un abordage enthousiaste. Parfois, en grognant suffisamment fort et en roulant des mécaniques, le type d’en face changeait d’avis et partait à la recherche d’une proie plus facile. Ca évitait du sang sur les mains, des efforts inutiles et la possibilité malchanceuse de se froisser quelques doigts, bien utiles pour tourner les pages sans douleur. Et Charlie tenait à son petit confort de lecteur. En sommes, il n’était pas un homme violent parce qu’il n’avait pas besoin de l’être pour s’affirmer.

Malheureusement, toutes les personnes solidement bâties n’étaient pas dotés de la cervelle assorties et n’avaient pour seul moyen de s’en sortir que de recourir au comportement inverse : taper sur tout ce qui bouge, et même ce qui ne bougeait pas. Ca marchait d’autant mieux pour eux quand ils avaient quelqu’un pour réfléchir à leur place et donner des ordres. Ce système rustique mais pratique fournissait depuis toujours à l’univers son lot de gros bras et autres gardes dévoués dont rien n’illuminait tant la journée que de flanquer un coup de gourdin sur le crâne de son prochain. Ou, dans le cas présent, un coup d’épée recourbée et passablement acérée. Et c’était là, songea Charlie tandis qu’il pirouettait de côté pour éviter un tel coup, un constat bien triste pour la réputation des costauds. C’était ce genre d’affaires qui les faisaient passer pour de vulgaires brutes sans cervelles dépourvus d’initiatives. Mine de rien, cela pouvait rendre les interactions sociales difficiles, quand la personne d’en face n’attendait de vous qu’un « Yaaaahr ! » hurlé entre deux grognements caverneux. Les gardes du marchands semblaient être des spécimens particulièrement doués, l’un d’eux poussant même son art jusqu’à avoir l’écume en bord des lèvres. Oui, tout cela faisait d’eux des gardes dévoués et dangereux, mais manquant cruellement d’initiative et de jugement. La preuve étant leur acharnement à se regrouper comme un seul homme sur Charlie, sous-estimant bêtement la menace représentée par l’égyptienne. Cela dit, leur ignorance relevait peut-être de la chance ; Charlie lui-même n’aurait pas aimé se retrouver face à Thétis dans un combat à mort. Malgré ses sourires chaleureux et ses mots joyeuy, il y avait quelque chose en elle de terriblement froid une fois qu’elle avait dégainé, Withmore s’en rendait compte maintenant. Une raison de plus pour rester en bon termes avec sa collègue si efficace.

Et il ne chômait pas non plus. Projetant son coude gauche en arrière, il brisa la mâchoire d’un malabar qui avait tenté de jouer au sournois, ce qui n’était pas une très bonne idée quand on faisait plus d’un mètre huitante et qu’on avait la souplesse d’un gros rocher. Le type bascula en arrière et n’avait même pas touché le sol que Charlie s’élançait en avant dans une botte habile, son sabre perçant le biceps d’un autre de ses adversaire. Profitant de son avantage, il l’envoya rejoindre son copain dans la poussière d’un coup de pied bien envoyé, et se retourna pour faire face aux deux gardes restants, un brins plus circonspects après la déconfiture de leurs petits camarades. Tout autour de la scène, les badauds, les pirates et les marchands avaient fait un cercle presque compact, encourageant l’une ou l’autre partie en poussant des jurons et des vivats enthousiastes. A Tortuga plus qu’ailleurs, une foule savait reconnaître les bons spectacles quand elle en voyait, et rien de tel que du sang et de la fureur pour satisfaire les masses. Entre l’étal aux épices et celui des crustacés, il finissait toujours par y avoir quelque chose qui valait la peine d’être vu.

« Les gosses sont saufs ? » lança Charlie avec légèreté, se baissant pour éviter d’être décapité par un large revers de cimeterre. Se redressant avec souplesse, il para plusieurs autres coups de sa lame, s’arrangeant pour manœuvrer de façon à avoir un œil sur la situation. Manifestement, Thétis s’était débrouillée à merveille pour se débarrasser du garde qui tenait les mousses, et il ne restait plus grand-chose qui séparait le marchand de son ire. Ce dont le marchand se rendait de plus en plus compte à mesure qu’il voyait tous ses hommes mordre la poussière. Tendant les bras devant lui paume ouverte, il se mit à sourire, révélant quelques dents en or, et se mit à parler très vite dans son idiome natal…

Avant de s’effondrer après qu’un grand craquement retentisse sur la place. Derrière lui, Albert Smith tenait entre ses mains les restes brisés d’un vase, qu’il laissa tomber sur le sol comme autant de miettes de pains. Il porta un doigt coupé à ses lèvres, l’air un peu interdit de celui qui se demandait s’il venait bien de faire ce qu’il avait fait, et finit par dire d’un ton un peu hébété mais mâtiné d’une joie certaine :

« Il a dit : « Meurs, espèce de catin du démon ». Ou quelque chose dans ce goût là. Et puis, il commençait sérieusement à me taper sur les nerfs. L’occasion était trop tentante. »

L’interprète se pencha et retourna le marchand sonné sur le dos. Il saisit son bras droit et le secoua, faisant tomber la petite lame cachée qui était prête à être projetée.

« Il y avait ça, aussi. Un tour qu’il n’utilisera plus, je pense. »


Et Albert Smith fut projeté en avant, plié en deux par la grande tape joyeuse que Charlie était venu lui flanquer dans le dos. Les deux gardes encore en état, voyant leur maître mis à terre, avait laissé tomber leurs cimeterres et s’étaient aussitôt écartés du combat, validant la théorie de Thétis. Ils n’étaient peut-être pas très futés, mais pas au point de se battre pour un homme désormais incapable de les payer.

« Bien jouer, p’tit gars ! » dit joyeusement Charlie en essuyant sa lame sur les étoffes du marchand. « Vous aussi Thétis. Du très beau travail. Toujours un plaisir que de travailler avec des professionnels, j’l’ai toujours dit ! »

Rengainant son épée, il adressa à l’égyptienne un sourire sincère et un gai hochement de tête, avant de se tourner vers le marchand étendus, le traducteurs et les deux mousses éberlués. Croisant ses large bras sur sa poitrine tout en se caressant distraitement sa barbe naissante d’une main, il les contempla longuement, l’air de réfléchir sérieusement.

« Dites moi, qu’est-ce qu’on va bien pouvoir faire de tout ce p’tit monde, hmm ? »
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MessageSujet: Re: Mousses au poisson et mousses en danger [PV: Thétis]   Sam 7 Jan - 15:58

Ses mains tremblaient encore de l'adrénaline qui lui parcourait tout le corps, pourtant, l'affaire se calmait. L'interprète avait finit le travail, d'un bon coup bien assommant, traduisant une insulte finale qui fit froncer le nez de l'égyptienne. Si elle le tuait maintenant, alors qu'il était assommé, ce ferait mauvais genre. Dommage, pensa-t-elle en serrant les dents, l'esprit encore malmené par une certaine fureur. Et cette arme ? Était-ce pour elle ? Sa prise s'affirma encore un peu sur sa dague, les idées encore blanchies par une ivresse de violence.

Puis il y eut un sourire de son collègue, une remarque plaisante et Thétis sentit sa tension la quitter. C'était ce qu'il y avait de bien avec Charlie Whitemore, sa bonhomie et son calme était contagieux. Elle soupira un peu, puis passa sa lame dans les tissus d'une de ses victimes, encore haletante mais peu consciente, pour imiter son collègue et regagner des armes propres.

«  Les gosses vont bien. Pour le moment. »

Enfin, elle s'étira comme une jeune femme satisfaite d'avoir accomplit avec succès un ménage, puis regagna son sourire léger. Ses doigts passèrent entre ses cheveux, pour les réorganiser un peu, et perdre cette image de monstre en sang tiré de contes pour effrayer les enfants. Bon, le sang ne partirait pas de ses vêtements, mais déjà, sa tête se faisait plus avenantes. Comment réagirait Mary en la voyant rentrer, légère comme à l'usuelle, barbouillée du sang d'un autre ? Elle verrait ça plus tard. Pour le moment, elle adressa un humble hochement de tête au pirate du Prince et lui répondit en un sourire courtois :

«  Le plaisir est partagé, j'avoue éprouver une certaine joie à ne pas vous avoir en adversaire. »

La foule s'écartait, bredouillant quelques commentaires sur l'issue de la bataille et bientôt, toute cette scène ne fut qu'un petit souvenir, scène banale du quotidiens de l'ïle. Seul restaient quelques éléments qui témoignaient encore de l'agitation, des hommes à terre, des étales en désordres, deux mousses qui n'osaient qu'à peine respirer. Même la voix chaleureuse de Charlie leurs secoua les tripes, sur le coup. Que faire de ce petit monde ? Et à eux, qu'allait-il leurs advenir ? Émilie Longuevue observa la scène avec un œil critiques et écouta distraitement sa supérieur répondre, avec un ton amusé :

«  C'est vrai que nous avons mit un certain bazars ici, ce serait sans doute plus poli de redonner un certain ordre à tout ça, avant d'annoncer notre départ, ho ho ho ! »

Oui, nota la mousse. Les deux supérieurs semblaient s'amuser. Sans le sang, les hommes à terres, et la poussière soulevée après une bataille, elle aurait cru à une rencontre entre une chipie de la haute société et d'un marchand rompu à toute les exercices de la noblesses, tout deux bavardant en buvant un thé et en riant de l'absurdité de toute cette mascarades de bonne manière et en s'en moquant. C'était effrayant, retint son esprit. Romain Tourfort, mousse du Prince, semblait posséder un esprit plus porté sur la survie que sur l'analyse. Discrètement, il saisit la main de sa petite camarade, la tira vers lui et profita que leurs supérieurs se lancent des fleurs pour adresser un petits signe de tête à Émilie. Cette dernière se mordit les lèvres, mais comprit.

« Un... » compta Romain.

« Deux, souffla Émilie. »

Ils se mirent à courir dans la foule, ne sachant pas compter plus loin. Thétis cligna des yeux, observant leurs petites souris s'enfuir en courant.

«  Hum. Ils s'échappent, là, non ? » Commenta-t-elle vers Charlie, ne semblant pas s'inquiéter du départs des deux enfants. «  On joue au chats et à la souris ? » lança-t-elle avec un coup d'oeil complice au second. «  Donnons-leurs une petite peur qu'ils ne seront pas près d'oublier... »

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MessageSujet: Re: Mousses au poisson et mousses en danger [PV: Thétis]   Lun 9 Jan - 18:33

Bon, et bien cette petite affaire avait été plutôt rondement menée, du point de vue de Charlie Withmore. La rencontre inégale entre ces deux camps dont l’un était bien supérieur en nombre s’était déroulée sans accrocs et, sans fausse modestie, Charlie ne considérait pas leurs adversaires étendus comme ceux ayant profité de ce fameux avantage du nombre. Ils ne devaient pas être à Tortuga depuis bien longtemps pour estimer avoir la moindre chance contre deux seconds de navires aussi prestigieux que l’étaient le « Hell’s Ship » et « Le Prince des Tempêtes ». Certes, Chip ne s’attendait pas non plus à ce que chaque marchand et garde du corps puisse mettre un nom sur son visage mais tout de même, que ceux-là aient cru pouvoir lui faire un sort –sans parler de Thétis en prime- lui apparaissait comme un poil vexant. A croire qu’il avait vraiment l’allure d’une brute sans finesse qu’on pouvait se contenter de submerger sous le nombre et les muscles, sans la moindre stratégie. Non, franchement, la piraterie entrait dans une époque bien sombre quand de vulgaires vendeurs d’épices et leurs costauds de service croyaient pouvoir s’en prendre à des flibustiers expérimentés en toute impunité ! Restait à espérer que la démonstration du jour suffirait à mettre un peu de plomb dans la tête d’éventuels malandrins une fois que l’histoire se serait répandue comme une traînée de poudre. D’autant que Charlie n’était pas mécontent de son petit numéro : pas une égratignure ou presque, à peine une chemise froissée et quelques gouttes de sang sur sa lame avant qu’il ne la nettoie. Il n’avait même pas eu à faire parler la poudre et, exploit dont il n’était pas peu fier, il n’avait tué personne. C’était quelque chose que d’ôter la vie sur le pont d’un navire en plein abordage, surtout quand la sienne en dépendait –et puis il fallait bien reconnaître que cela entrait dans la définition du boulot- mais tuer au sol sans réelle bonne raison valable n’était pas du goût de l’écossais. Il n’allait pas en tenir rigueur à Thétis ou à qui que ce soit d’autre d’être plus expéditif que lui en la matière, car telle était la règle du jeu mais ce ne serait sans doute jamais son style. Et puis, au fond, ces pauvres bougres n’avaient fait que leur travail en suivant les ordres du marchand. Peut-être cette leçon-là leur apprendrait-elle à se choisir de meilleurs maîtres. Meilleur, en tout cas, que celui qui était toujours étendu sur le sol et dont l’étal était en train d’être entièrement pillé par une foule d’insulaire pragmatiques. L’un d’eux voulut délester le marchand au tapis de sa bourse, mais une tape du plat de la lame de Charlie sur ses doigts l’en dissuada. Withmore se pencha pour récupérer la fameuse bourse et la soupesa en poussant un sifflement admiratif avant de la jeter à Albert Smith, qui réussit de justesse à la rattraper, un air éberlué sur le visage.

« Z’êtes un homme libre, maintenant. Enfin, du moment que vous restez assez intelligent pour ne pas traîner dans le coin. Peut-être même que vous pourriez engager un ou deux de ces braves gars quand ils auront récupéré. Z’avez l’air d’un patron bien moins caractériel, et tant que le patron paie… Bref, pour vos services, mon gars. C’était un joli coup où je ne m’y connais pas ! Et en parlant de coup… »


Charlie tourna la tête pour regarder les deux mousses qui venaient de se précipiter de toute la force de leurs maigres jambes à travers la foule, visiblement bien décidés à éviter un châtiment bien mérité. Sur le moment, Withmore se contenta de secouer gravement la tête en émettant un bruit de bouche dépité avant de répondre à Thétis :

« C’est fou quand même ! On leur apprend le métier, on fait tout pour qu’ils restent en vie, et ils continuent d’agir bêtement. Je sais bien qu’il faut que jeunesse se passe, mais quand apprendront-ils ? J’ai pas une tête à faire peur, pourtant ! J’ai jamais pendu un d’mes gars en haut du mât pour avoir voulu chapardé sur le marché ! C’est à croire que je dépèce vivant quand ils font une bêtise ! Je parie que Jean lui a encore farci la tête de salade. » Puis il s’interrompit, et regarda Thétis d’un air faussement soupçonneux : « A moins qu’il ne s’agisse que de votre réputation en tant que maîtresse sévère qui entre en ligne de compte. Qu’est-ce que vous leur faites, à vos gamines, pour qu’elles vous craignent à ce point ? »

Puis il haussa comiquement les épaules pour souligner son amusement, avant de scruter le marché, poings sur les hanches. A en juger par la foule, aussi dense qu’à son habitude, il n’était pas aisé de s’y frayer un chemin à toute vitesse. A en juger la direction prise par les deux mousses, il suffisait de connaître un tant soit peu le coin pour avoir une idée du chemin que deux gamins paniqués estimaient le meilleur pour filer se cacher. Seulement, quand on avait aux trousses deux seconds qui connaissaient aussi bien tous les recoins de ce genre et qui avaient plusieurs d’années d’expérience en la matière, ce n’était pas une pointe de vitesse qui allait suffire. Charlie pouvait penser à une demi-douzaine d’itinéraire qui lui permettrait de leur couper facilement la route et de surgir devant eux, et il était prêt à parier que Thétis n’était pas en reste.

« Je connais un petit raccourci bien pratique, aussi je propose qu’on s’amuse un peu. Pour leur bien, bien entendu. » Puis il fit quelques pas, histoire de se mettre en route, continuant de bavarder joyeusement : « Dites moi, Thétis, ce sont des sacrés mouvements, que vous avez utilisé contre ces gars ! Ils n’ont rien vu venir, paix à leur âme ! Où diable avez-vous bien pu apprendre tout ça ? »
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Mousses au poisson et mousses en danger [PV: Thétis]

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