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 La belle affaire. [PV Eileen]

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Kharine

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Localisation : Là où il y a à boire, là où il y a des gens à tabasser.
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MessageSujet: La belle affaire. [PV Eileen]   Mar 7 Juin - 20:57

Avec le soleil couchant qui se changeait en poudreuse orange, le vent démonta la mer à l'horizon, et au fur et à mesure que la lumière faiblissait, les vagues s'approchaient et s'amplifiaient, sous le regard de mille étoiles à peine voilées. Loin au delà, au milieu de deux horizons, un vaisseau sans couleur ni drapeau oscillait mollement sur une douce écume. C'était un navire de commerçants. Entre la tempête grandissante et les côtes Européennes de Tortuga, sa coque en bois rouge était sculptée de motifs peints, et sur sa proue trônait un lion majestueusement dressé. Tout l'équipage était sur le pont. Les hommes riaient et buvaient autour d'un coffre massif, la gueule béante et pleine de pièces scintillantes.
Tout l'équipage s'était meurtri bras et jambes toute la journée durant, ils avaient fait commerce dans de petits abords de plaisance, s'enrichissant au noir dans la vente de quelques reliques avec bien peu de scrupule, il faut l'avouer. Tandis que la tempête approchait, les festivités s'amenuisaient, et chacun revenait un par un à son poste. Il fallait ménager cette tempête qui n'avait, de loin, pas fière allure. L'équipage devrait sans doute manœuvrer quelques pivots, et l'affaire serait vite réglée.

Trois heures plus tard, l'on retrouvait le navire tanguant sous une lune luisante. Les vagues s'élevaient, comme dressées par quelque divinité des eaux, et se fracassaient contre toute la surface du pont. Chaque éclat semblait être un coup de tonnerre lointain, tant et si bien que le bruit de la tempête recouvrait les hurlements de paniques et les ordres de l'équipage. À plusieurs reprises, l'on alluma les bougies sur le pont, mais l'idée fut vite abandonnée face à l'ampleur des vagues. La lune serait leur unique lumière. La coque fut percée, et l'eau envahit bientôt les pièces de l'infrastructure tandis que l'on s'affolait sur la proue, l'étrave, et dans les cabines supérieures. Alors qu'un homme avait saisi un bout de bois et s'était jeté à l'eau, l'on orsa les voiles afin de ne pas être entrainé et englouti. Sous les marches de la cabine du capitaine, celui ci veillait scrupuleusement avec un camarade sur le coffre. Les hommes luttèrent ainsi contre la fureur du vent et des vagues pendant une demi heure, et faillirent mourir à maintes reprises. Leurs corps dolents se faisaient moins habiles et terriblement fatigués, mais il ne cédèrent pas. Le navire manqua de basculer plus d'une fois, mais l'équipage tint bon. La nuit était alors complète lorsqu'ils se rendirent compte que -miracle !- durant cette lutte acharnée, il s'étaient rapproché d'une côte, non loin de Tortuga, que l'on reconnaissait à ses feux nocturnes. Mais au lieu de se réjouir de s'approcher de la terre ferme, les marins envisagèrent très vite que de nombreux récifs soient submergés le long de ces côtes. Mais il n'avaient plus le choix. Il ne pouvaient plus que prier le ciel pour qu'aucun récif ne se terre près de ces côtes, tandis que la tempête les en approchait implacablement. Alors qu'ils avaient lutté contre l'eau, leur survie dépendait maintenant de ce qui se trouvait en dessous d'elle. Quand tous en eurent le cœur net, l'affaire était réglée. Les récifs se heurtèrent aux bordés de carène et de pont à tribord, et le navire bascula alors dans toute sa longueur. Les marins furent littéralement propulsés sous l'eau, et ceux qui ne périrent pas noyés furent à leur tour heurtés par les récifs.

Des heures durant, les vestiges de cette scène s'amassèrent sur la plage, au rythme des vagues. Corps inertes, bouts de bois, tissus divers, cartes... Quant au coffre, il gisait là, enfoncé dans le sable, éventré. Il était ouvert, et la moitié de son contenu était englouti dans les profondeurs de la côte. Parmi les corps, peu d'entre eux étaient encore en vie, et peu d'entre eux le resteraient encore longtemps.

Lorsque la lune, unique témoin de cette catastrophe, s'effaça derrière un nouveau jour, un chien errant était sur les lieux, et reniflait farouchement les épaves et les corps. Cette inspection dura sans que le chien ne puisse se décider s'il pouvait mordre ou non le bout de chair d'un de ces corps décharnés.


Kharine n'avait pas fermé l'œil de la nuit, comme cela lui prenait de temps en temps, sans qu'il ne puisse se l'expliquer. Il avait logé son insomnie monotone près de la fenêtre d'une chambre d'hôte, à Tortuga, en compagnie d'une catin, partie une fois son travail terminé, et d'une bouteille teintée de sève, toujours fidèle. Dans l'écume brumeuse de sa veille, il avait remarqué un vent menaçant à l'horizon. Une tempête se levait. La belle affaire. Ne s'en étant pas inquiété, il était parti combler le reste de sa nuit dans quelque bâtisse qui veuille bien l'abreuver, le divertir, et le protéger de cette bourrasque dehors. Il était dans cet état second, l'état de celui qui n'arrive pas à trouver le sommeil, qui n'est ni endormi, ni vraiment éveillé.

Quand les rayons du soleil annonçaient la venue d'un autre lendemain, le pirate s'extirpa de Tortuga, las d'une ville trop vivante pour être fatiguée, et trop vivante pour fatiguer. Il s'exila lentement, le long de la côte. Vaguement conscient que l'Amphitrite était de l'autre côté, vaguement déçu que cette catin soit partie, vaguement satisfait que sa bouteille soit encore à ses côtés.

Lorsque le tumulte de la ville réveillée fut assez loin, Kharine remarqua sur la plage de fraiches traces de pattes, qui allaient le long de la côte derrière de petites dunes de sable gras. La tempête de cette nuit avait acculé sur la plage grand nombre de cadavres d'oiseaux. Le pirate s'approcha de l'un d'eux, les ailes tirées vers l'extérieur, à moitié arrachées. Kharine s'agenouilla devant cette dépouille. Bêtement, il versa un peu de sa bouteille sur l'oiseau. Il n'attendait aucune réaction. Il ne savait pas pourquoi il avait fait ça. Son regard évaporé se posa alors un peu plus loin. À côté de cet oiseau, une petite pièce dorée était à moitié enfouie dans le sable. Égal, Kharine la saisit et l'examina, les yeux semi ouverts. Puis, il l'enfonça machinalement dans sa poche, se leva, et continua son chemin, les traces de ses pas s'alignant aux mystérieuses traces de pattes.

La belle affaire. Le fameux animal se tenait non loin de l'eau, mordant à pleine gueule une main, appendice de ce qui semblait être le corps d'un homme, autrefois. Le chien leva la tête vers Kharine, les oreilles dressées, le regard alerte. Tous deux se regardèrent et attendirent que l'autre bouge, fasse quelque chose.
Kharine laissa choir la bouteille de ses mains. Elle s'enfonça négligemment dans le sable gris. Il descendit la dune. Un peu de chair, un peu de tissu, un peu de bois, et une gigantesque épave renversée sur l'eau, à une bonne dizaine de mètres. C'est à peine si Kharine réalisait ce qu'il s'était passé ici. Tel un automate, il longea l'écume jonchée de choses inertes, examina et contourna les corps. Ceux qui vivaient encore allaient mourir bientôt. Peut-être devant lui.

Il s'accroupit alors près d'un homme. Lui saisissant l'épaule, il le retourna sur le dos. Comme il ne savait pas s'il était vivant ou mort, il lui jeta un peu d'eau salée au visage. Il lui sembla alors qu'il avait froncé les sourcils, mais jugea que son insomnie et son ivresse lui jouaient des tours. Aussi se leva-t-il et tenta-t-il de s'approcher du chien. Mais la bonne volonté de l'un ne peut avoir raison de la méfiance de l'autre. Le chien grogna, puis recula lentement, lâchant sa prise.

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Были бы кости, а мясо нарастет. - Proverbe russe.
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Eileen Dowland

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MessageSujet: Re: La belle affaire. [PV Eileen]   Mer 8 Juin - 22:01

La baie, elle, l’affaire.

A l’endroit où les récifs ouvraient leurs gueules de corail, il se formait un amas saccadé de monceaux de bois divers qui dansaient doucement au rythme des remous marins. Ils étaient en bois rouge et sculptée de motifs peints, et trônait parmi eux la tête arrachée d’un lion qui, s’il fût un jour majestueux, n’avait plus pour grandeur aujourd’hui que sa gueule mordant le sable marin.

Une main pâle rencontra le bois et, le dégageant, découvrit un cadavre d’homme brun, gonflé d’eau, aux vêtements accrochés aux pointes de corail. Aussitôt délivré les courants l’emportèrent vers la plage.

Tout l’équipage avait dû être sur le pont ; les hommes devaient rire et boire autour du coffre massif, la gueule désormais ensevelie de sable et ses pièces scintillantes recouvertes de poussière. Comme l’affaire avait dû être vite réglée ! La main pâle se prolongea un instant dans les recoins du récif, en faisant fuir les écailleux habitants ; elle ramena un petit coffret de bois maigre avant de disparaître dans un élan de lueur solaire, rappelée à la surface.

« Il était un petit navire,

Dans la mer nappée de brumes il y avait bien un son lointain, comme si un enfant s’était amusé à faire tourner un doigt humide sur le rebord d’un verre. C’était tout au plus un bruissement, un chant d’oiseau peut-être, mais cela se rapprochait de la plage.

Il était un petit navire.
Qui plus jamais ne, ne, ne na-vi-guerait !
Qui plus jamais ne, ne, ne naviguerait.


Les paroles se précisaient : cette voix-là chantait en français, une bien innocente ritournelle. Mais il aurait fallu être parfaitement étranger à Molière pour en conclure que cette voix appartenait à une gorge française. Quelque chose dans les mots, dans l’accent indéfinissable, laissait entendre que qui chantait cela en connaissait le sens, mais pas la forme. Cela sonnait déplacé. Comme si une statue ou un animal apprenait le langage des hommes. La voix était belle, pourtant, déliée dans l’écume, à la fois ingénue et saturnienne.

Ohé, ohé ?…

Il y eut un rire, ensuite, un rire de femme léger et doux qui s’enfonça dans la mer où il y disparut.
Tantôt immergée, tantôt apparente, dérivant à bâbord, le long des rochers de la jetée, et puis plus proche de la crique, la chanson se décalait, ne semblait avoir source fixe, ni aucun rythme propre. Maintenant, des éclats d’eau, aussi ténus qu’un drap que l’on froisse, accompagnaient ses reprises et ses arrêts.

Ohé, ohé, matelot !,

Matelot na-vi-gue sur les - flots.
Il entreprit un long voyage
Un long vo-…"


La chanson fût comme brisée nette.

A quelques trois cent mètres de la plage, la tête émergeant à peine des eaux bleuies, une svelte jeune femme rousse observait Kharine, avec surprise et méfiance.

Ses longues jambes nues et pâles battaient silencieusement l’eau pour la maintenir à la surface, et sa main droite tenait un petit coffret de bois mat et rainuré. Une longue chevelure de cuivre dansait autour de son corps, tantôt voilant, tantôt dévoilant sa pâle nudité.

Ses yeux grisés se plissèrent, alors que sa main libre vint repousser lentement les mèches qui barraient ses yeux et sa bouche.

Il n’y avait pourtant aucun signe de peur ou de gêne chez la femme. Seulement cela : de la méfiance. Elle paraissait prête à disparaître sans laisser de traces. Elle paraissait fragile, infiniment fragile, éthérée comme une chose qui va bientôt s’évaporer, s’effacer derrière des brumes.

Puis la jeune femme dit, sa voix lourde d’accents :

Cette heure et cette plage appartiennent aux fantômes. Et aux mirages.

Lequel. Lequel des deux es-tu, homme de sang ?

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