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 Eileen Dowland, ou la triste vérité.

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Eileen Dowland

*

Féminin
Messages : 8
Localisation : Tortuga
Humeur : Etrange

Carte aux trésors
Amis, ennemis, connaissances:
Baratin de haute importance:
MessageSujet: Eileen Dowland, ou la triste vérité.   Mar 31 Mai - 23:14

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : Je sais le soir,
L'aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelques fois ce que l'homme a cru voir
!


    Commençons par t... Chut !

    Chut…ne demande pas ce que tu ne veux pas savoir, sicaire. Ne me demande pas qui je suis. J’ai tutoyé trop de folies pour accéder aux prétentions des tiens. Et puis, que t’importerait les divagations d’Eileen, que l’on pointe du doigt dans la rue en disant : « Voilà la folle ? »

    Mais comme tous les hommes, tu veux savoir le secret des femmes. Très bien, je vais te le dire. Rapproche-toi ; murmure, tout bas, tes questions ; et rapporte le tafia. Crache au sol ; signe-toi ; jure sur ta mère et ton bateau de ne rien dire. Je m’appelle Eileen Dowland, fille tissée de sac et de cordes.

    Les bonnes et les mauvaises gens de Tortuga s’effraient de moi. On me croit des affinités avec le Diable et Neptune. On murmure dans mon dos que je suis un oiseau de mauvais augure, que mes chants annoncent les malheurs à venir. On me soupçonne des activités de naufrageuse. Les histoires vont bon train sur le compte de la rousse du rivage. L’on ne m’aime pas, à Tortuga, sauf lorsque mes doigts peuvent panser quelques plaies pour pas trop cher. Là, on est prêts à ne pas me passer la corde au cou…


    T'es pas un peu jeune pour être pirate ? T’es-tu seulement vu, bel insolent ? Tu ne dois pas être bien vieux toi-même : tu as encore de l’espoir dans le regard, malgré tes nombreuses rides. Oui, joli môme, je suis trop jeune ; et trop vieille à la fois ; 21 printemps.

    Et si t'étais pas libre comme l'air, tu s'rais chez qui ? Quelle question.
    J'ai toujours été là.

    Et tu fais quoi de ta vie ?J’ai ici un luth. Là, ma voix. Dans ma main droite, une plume. Musicienne, et biographe. Chercheuse de contes et légendes. J’offre l’immortalité au capitaine éphémère, pour peu qu’il porte en lui quelques germes de légende à venir : qui a les traits d’un Francis Drake, d’un Coxon, d’une Avilda ? Toi ? As-tu cette certitude ancrée à la tripe, cette évidence du panache et de la suprématie, cette damnation de l’âme en devenir, ces fantômes qui feront tes yeux directs et tes mains calleuses de trop avoir manié la lame ? Si tu pouvais te voir. Tu n’as rien de ces attributs. Tu es anonyme et libre ; jamais tu ne trinqueras avec la mort ; sois-en heureux... J’ai appris à reconnaître les âmes en peine qui forgent l’Histoire : leurs figures ont pris les traits de leurs vérités, leurs démarches celles de leur passé, et leurs battements de cœur s’accole au rythme de leurs peurs les plus secrètes. Je connais ces hommes qui forgent le Monde ; quand les autres brûlent sur les planches, eux remplissent le théâtre, et leurs cadavres au bout des cordes sont encore des épouvantails pour les générations à venir. S’ils sont le sel de ces mers, je ne suis que leur eau douce, et je m’assure que l’Histoire pliera la nuque devant eux.

    Je les fais vivre sur des notes et sur des pages. Mon travail et ma passion, c’est celui d’une sirène rejetée à jamais de Neptune. Une néréide parmi les hommes. M’as-tu déjà entendu ? On raconte que j’arpente les grèves, et que ma voix apaise les esprits les plus soucieux, ou du moins accompagne leur inénarrable peine...je berce les damnés et les fous, les fait survivre à travers les siècles. Et tu aurais tort de prendre ce rôle à la légère : quand nos os mêmes auront disparu, le monde s’abreuvera encore à la lie de notre époque, à la recherche de fantaisie pour parer leurs jours. Alors il ne restera de la beauté des hommes et des femmes de passage que ce qu’on aura décidé de dire d’eux. Alors ce monde ne prendra sens que parce que les âmes et les destins auront été magnifiés par les mots. Je me moque de ce qu’on dit de moi. Me fiche de n’avoir pris époux. Me rit de n’avoir pour maison que les rocailles caraïbes. Mon rôle n’a jamais été que d’inoculer de la magie et de la légende dans des sacs de peaux et des yeux sales…

    Mais pour survivre, et pour faire survivre, il m’arrive parfois de soigner. Seuls les plus démunis, les désespérés et les coupables, ou bien ceux qui veulent contourner la législation de l’île vienne à moi. Médecin de troisième main, j’opère, arrange, je fais avorter comme amputer. Je ne vaudrais jamais le talent du docteur de l’île, et j’ai déjà serré des morts dans mes bras. Mais mon altruisme et ma discrétion font de moi une solution de rechange pour les catins, les mères déshonorées, les enfants sans le sou et les hommes que plus rien ne peut sauver. On ne vient me voir que parce qu’il n’y a pas d’autre recours. La dernière chance des infortunés.

    Et pirate, c'est une vocation ou t'as plus un rond ?
    *Rire doux, et triste.* Moi ? Je suis une désespérée. Une désespérée qui veut survivre. Et peut-être que je ne survivrai que loin des hommes de la terre.



[list]Et t'es plutôt gringalet ou baraqué ? Le regard de la conteuse se trouble et se perd derrière l’épaule du curieux et mystérieux matelot. Sa déclaration doit y être pour quelque chose : l’éclat amusé qui avait tantôt adoucit sa figure a disparu, rendant leur sévérité à ses traits. Elle ne répond pas à la question. Sans doute ne l’a-t-elle pas entendu. Le vieux, lui, sourit : ce n’est pas la première fois qu’il accoste des gens biscornus dans cette auberge. Pour ainsi dire qu’il passe sa vie à interroger les nouveaux venus. Le vieux a toujours su ce qu’il devait savoir. Combien d’autres en a-t-il vu passé, de tous bords, de toutes histoires, de toute sorte ? Prenant son temps, il détaille la nouvelle venue. Elle répondra, qu’elle le veuille ou non. Ils finissent tous par répondre.

Eileen Dowland a l’air triste, la mélancolie veine sa peau diaphane que le sel a lentement abrasée. Et dans cette tristesse qui teinte tous ses gestes – si fragiles et précis -, il y a de la dignité, pourtant, une forme quelconque de droiture qu’on retrouve dans ses traits sobres et délicats, dans sa façon de se tenir droite – comme un défi à rester, encore et pour toujours, debout. A-t-elle tout perdu ? C’est ce que disent ses yeux couleur de pluie, qui vous observent sans gêne, comme attendant quelque chose de vous, comme vous mettant à la question. Elle a l’air de savoir quelque chose, la rousse. D’avoir la clef de tout ce que vous avez désiré savoir. Elle connaît la vérité, elle est là, dans sa manière de vous regarder comme si c’était la dernière fois que quiconque vous croiserait jamais : elle est là, cette cause qui lui fait le visage si sévère et triste, noyé derrière ces grands yeux lucides et étranges. Le vieux l’a vu marcher sur la grève. Est-elle pauvre ? Nantie ? Ses habits sont usés, mais ils témoignent d’un certain souci d’élégance. Les robes sont à la mode d’une génération passée, pourtant elle a encore l’allure nubile. Sa silhouette est fine, on la devine proie facile. Sans cette longue et luxueuse chevelure de feu qui roule jusqu’à ses flancs, il lui serait aisé de se travestir en jeune homme : elle est grande et ses charmes de femme mal pourvus.

Elle est humaine, mais n’en a pourtant pas la carrure : Eileen Dowland a le dénuement et l’étrangeté des créatures surnaturelles. Elle émerge des ombres comme une apparition, vous observe comme un présage, vous frôle pour mieux disparaître. Si fine, dans ses tenues du passé, pieds nus sur la plage, cheveux au vent, si sévère et triste…Pas étonnant que la jeune femme ait mauvaise réputation, qu’elle passe pour une aliénée. Sa fragilité sans peur ni gêne, sa complexion pâle, ses gestes déplacés, sa voix d’outre monde, son regard intelligent : tout chez elle a été fait pour qu’elle soit créature déchue plus que femme.

D’un geste juste et délicat, elle passe sa main dans ses cheveux, repousse les boucles rousses qui voilaient ses yeux denses et sa bouche corail. Elle ne sourit pas. Ou alors, discrètement. Relève le menton vers le vieux qui fait semblant de ne pas l’avoir détaillé. Sereinement, elle reprend son histoire. Et sa voix est belle, comme le sont toutes les flammes éphémères du monde, projetant indifféremment ombres comme lumières sur ceux qui l’écoutent.


T'es pas du genre à tenir tête au capitaine, au moins ?

Je souffre d’une drôle de déformation. J’ai en mon cœur le goût de l’altruisme, dans la nuque celle de l’honneur, dans mes mains celles de la vie ; dans mes os j’ai de l’éthique, dans mes pieds de la curiosité. Ma bouche n’est peinte que de chansons, mes yeux n’ont le goût que de la vérité. Mon torse n’a pour seul but que la beauté de la voix, mes hanches croient en la virginité renouvelable, mes genoux sont ceux qui ne plieront jamais que pour cueillir une fleur ou tendre une main au chaviré. Je me suis perdue ; je suis perdue ; à jamais je serai perdue aux hommes et aux femmes, et jamais je ne le leur dirai. Je les sais tous coupables. Je ne peux voir les mains sans voir le sang. Je vous sais meurtrier, monsieur, je vous devine déchiqueté. Et de moi ne vient ni pardon ni châtiment. Il y a une brisure sur mes lèvres qui m’empêchent de commettre le dernier jugement. Il y a une douleur dans mon ventre quand je pense aux fantômes. Il y a une injustice gueulante dans mon corps qui s’est résignée, une fois : et cela, joli môme, ce sera la seule et dernière fois que j’aurai été résignée. Cette résignation m’appartient, c’est mon fardeau, mon poids. Je sais que vous êtes tous coupables, que vous l’avez toujours été, que vous le serez irrémédiablement ; je sais que vous allez mourir, que vous mourrez déjà ; je sais que vous êtes vains et inutiles ; que vous n’êtes que des ombres sur l’écume de l’histoire, que votre vie ne dure qu’une seconde et n’aura été que bruit et fureur. Que l’on ne peut vous faire confiance. Je sais cela et tant encore. Ce savoir m’a à jamais violé et plus rien ne me soumettra plus ainsi. L’on peut me faire n’importe quoi ici-bas : ce n’est là que la bêtise des hommes. Ce sont les idées qui tuent.

Alors oui, je suis du genre à tenir tête au capitaine. Je suis du genre à tenir tête au monde entier, quoi qu’il en coûte, désolée. Je n’ai jamais été courageuse. Ça n’est pas du tout du courage. Je tiens tête parce que j’ai peur que personne d’autre ne le fasse – parce que c’est ainsi que j’ai été élevée. Je tiens tête par défaut. Pas par intelligence, par réflexion : par obligation. Je vais en mourir. J’en ai peur ; je crains ce monde ; et je lui tiendrai encore tête, irrécupérable que je suis. Je n’ai pas d’autre arme que ma voix et mes mains, mais je serai encore debout, quoiqu’il arrive. Je ne sais pas ce qui est bien ou mal. J’ai conscience que pour beaucoup, je suis une folle, une femme de mauvaise vie. Leurs racontars ne me touchent pas. Je ne demande à personne de faire l’effort de m’aimer ou de me respecter : cela est au-dessus des forces de trop de ces européens brutaux. Mais je fais de mon mieux, de mon mieux pour que d’autres aient la force de tenir debout et de faire face : cette raideur droite de la colonne vertébrale est le propre de l’homme, d’où qu’il soit… Je ne suis rien qu’une ombre, vouée aux serres de mes frères et sœurs ; je n’ai aucune chance de m’en sortir. Et je tiens tête et debout, et je chante pour le marin et la catin, et j’écris des légendes, et je soigne des morts en sursis, et je suis maudite et perdue : je continue, parce que mon dernier et ultime espoir est que cela finira par prendre un sens pour ceux qui ont la force et le courage que je n’ai pas.



T'aurais pas une histoire à nous raconter ?

Cette question, dans ta bouche, sonne comme une farce cruelle, adressée à une conteuse elle-même dépossédée de toute histoire. Personne ne m’a jamais demandé qui j’étais et d’où je venais. Je prie ceux qui le savent de ne jamais le révéler…allez, cela suffit, désormais. Raconte-moi plutôt ton histoire…


Spoiler:
 
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Eileen Dowland

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MessageSujet: Re: Eileen Dowland, ou la triste vérité.   Mar 31 Mai - 23:29

[list]

    Ton prénom/pseudo :Call me Ana.
    Ton âge : 19.
    Comment as-tu découvert le forum ? On m’en a parlé IRL y a un bail, et comme je considère que les histoires de piraterie, c’est le Bien Divin Absolu Qui Tabasse Du Slip…
    Ta première impression : J’ai bien aimé l’avatar de Kharine, mais je suis sûre que ça n’est pas ce que vous voulez savoir :p J’ai adoré le graphisme du forum, la citation voltairienne m’a fait fondre, et je suis tombée amoureuse de nombre de personnages bigarrés qui hantent les topics. Donc oui c’est un coup de foudre superficiel principalement lié à un état catatonique lié lui-même au superbe design.
    Le code du règlement :[Vu par L. de Nogaret]

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Kharine

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Localisation : Là où il y a à boire, là où il y a des gens à tabasser.
Humeur : Mauvaise.

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MessageSujet: Re: Eileen Dowland, ou la triste vérité.   Dim 5 Juin - 12:32

Eh bien tout d'abord, excuse nous pour ce délai de correction! Mais crois moi, si j'avais lu ta fiche plus tôt, je me serais empressé de la corriger pour la valider. Peut-être parce que tu as aimé mon avatar x) Mais peut-être pour d'autres choses ;

Premièrement, je te remercie de m'avoir appris qu'augure est un mot masculin ! Ma vie est bouleversée.
Mais passons.
Je n'ai pas tout compris certains mots, mais la narration est jolie.
Ta fiche me semble correcte, et même bonne, et c'est avec plaisir que je te validerais, après avoir réglé quelques détails, cependant ;
  • -Ton avatar n'est pas à la bonne taille, il doit être de 200/320
    -Je n'ai malheureusement aucune connaissance des conditions de l'avortement au XVIIIe siècle. Pour dire la vérité, je ne sais même pas si cela était pratique courante. C'est un détail que je laisserais à Louis de Nogaret, grand expert de ces temps là. (comment ça je refile le sale boulot ?)
    -Et enfin, ton personnage m'a beaucoup plu. Vraiment. Et il en faut, pour qu'une femme impressionne Kharine. Alors que dirais-tu si je me mettais à genoux, devant toi, et si je te demandais... d'être la première personne avec qui tu feras un RP sur ce forum ? =D

_________________


Были бы кости, а мясо нарастет. - Proverbe russe.
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Eileen Dowland

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MessageSujet: Re: Eileen Dowland, ou la triste vérité.   Dim 5 Juin - 18:54

Si c'est pour profiter un peu plus de ton avatar, ça me botte carrément. J'avais pas vu moustache plus émoustillante d'puis Mario, et je sais de quoi j'te cause, moi, mat'lot ! Je me propose même d'ouvrir la danse une fois validée, à moins que tu n'aies déjà une idée ;)

En attente de la réalité historique donc.
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Louis de Nogaret

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MessageSujet: Re: Eileen Dowland, ou la triste vérité.   Dim 5 Juin - 20:10

Il semblerait, après vérification, que le mot existe depuis le XIIe siècle. La pratique, quant à elle, existe depuis la nuit des temps. Il faut juste penser qu'à l'époque, c'est illégal, très mal vu et très dangereux (beaucoup de femmes y restent).
La demoiselle peut donc être validée sans problème. ♥
(Criez-moi dessus si je me suis trompé de groupe )

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«Vous me demandez en somme qui je préfère, des moralistes ou des criminels.
Vous savez bien que je déteste les moralistes
.
»

{Remerciements à Elizabeth pour l'avatar}
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MessageSujet: Re: Eileen Dowland, ou la triste vérité.   Aujourd'hui à 10:32

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Eileen Dowland, ou la triste vérité.

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