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 Car les vagues relient ceux que les Cieux séparent [PV Malpertuis]

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Léandre Bernique

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MessageSujet: Car les vagues relient ceux que les Cieux séparent [PV Malpertuis]   Dim 15 Mai - 14:49

Comme à son habitude lorsqu'il se reposait de ses allées et venues, Léandre parcourait les ouvrages de la fragile petite librairie, dont la façade semblait écrasée entre une armurerie florissante et les relents alcoolisés d'une maison de jeux. Il s'était fait apprécier par ses bonnes manières, cette denrée rare dont il savait faire montre tout à fait sincèrement, et n'était donc pas rappelé à l'ordre lorsqu'il lisait un roman puis quittait la boutique sans l'acheter. Deux jours de l'autre côté de l'île pour une livraison, il avait bien cru manquer le bateau qu'il attendait ; mais à son retour, toujours rien. Les marchands du port auxquels il avait laissé consigne de donner de ses nouvelles en son absence le regardaient, rieurs, arpenter les quais en comptant les navires, et détailler les figures de proue. Ils lui rappelaient qu'en général c'est plutôt la donzelle qui attend son bien-aimé au port et non l'inverse. Léandre préférait ne pas répondre à ce genre de plaisanteries, il haussait les épaules et continuait sa route en souriant, et avec l'habitude n'en rougissait même plus.

Pas de nouvelles de Flavio Cherusci non plus. Quelque mauvais caractère qu'il ait dans la plupart des cas, un serment était quelque chose qui le tiendrait en place définitivement. Léandre n'aurait jamais dit cela s'il l'avait observé parmi un groupe d'inconnus, mais il se trouve qu'il le connaissait, et si ses nuits après la bataille des ruines avaient été un peu agitées, il n'avait guère été tourmenté de craintes ou de réminiscences de ces instants de violence incompréhensible. Les pistolets, d'ailleurs, dormaient à son chevet. Il y faisait attention, sachant combien il était facile de se blesser avec ces outils diaboliques, si bien décrits dans le Roland Furieux. Il n'aurait pas voulu que le maître d'équipage ait à lui tirer les oreilles à son retour d'expédition...

''Toujours rien pour toi, aujourd'hui, Saladin ?''

''C'est Soliman,''
sourit Léandre en reposant son livre. Puis, avec une mimique d'excuse, il montra au vendeur le gilet rouge qu'il portait ce jour-là, ainsi que le ruban de même couleur qui nouait ses cheveux. Il avait déjà dépensé son argent du mois, comprit le libraire, qui a son tour crut bon de lui rappeler que la jeunesse est une saison adéquate pour jouer les amoureux. Léandre affirma, plein d'une boudeuse indignation, qu'il ne l'était pas. Qu'ils étaient tous agaçants ! C'était un simple gilet rouge, que diable, ce n'est pas comme s'il se promenait avec un bouquet de fleurs ! Ce qui aurait été absurde, par ailleurs, étant donné que les fleurs mourraient sans doute d'ici que l'Amphitrite revienne. Et puis ça n'avait rien à voir, il avait bien le droit de s'arranger un peu... Non ? Léandre éprouva le besoin de se promener un peu seul, et replaça le livre dans les rayonnages avec un soin méticuleux, contrastant avec sa manière tapageuse de quitter la boutique. Rien qui puisse secouer la porte hors de ses gonds, certainement.

Ce fut une vendeuse de fruits qui l'interpella un peu plus tard. Il se rendait compte à présent qu'il avait passé beaucoup trop de temps à traîner autour du port.

''Hé, gamin ! Joli gilet. Tu...''

''Non,''
répliqua Léandre, le plus poliment possible, en tentant de se frayer un chemin dans la foule.

''Eh bien, qu'ils sont galants, les jeunes, de nos jours. Tu ne sais pas ce que tu veux. Tu réclames après ton Amphitrite, et le jour où elle entre dans la rade, ça ne t'intéresse plus.''

Léandre s'immobilisa quelques secondes, s'assura qu'il avait bien entendu, puis s'efforça de calmer l'euphorie qui cherchait à s'emparer de sa personne. Il n'y avait pas encore lieu de se réjouir, il fallait avant tout vérifier l'information et s'assurer qu'un certain pirate répondait à l'appel. Au fond, toutes sortes d'horribles choses pouvaient se produire lors de ces trajets semés de combats et de tempêtes. Il aurait dû lui laisser ces armes tape-à-l'oeil dont lui-même ne faisait aucun usage. C'est cela, songeait le jeune homme en courant vers les quais pour la troisième fois de la journée ; un pistolet pour chacun, c'est ce qu'ils auraient dû faire. Léandre tourna le coin, et le ciel s'ouvrit devant lui, encombré de mâts et de toile, bruyant de l'activité caractéristique des quais : les instructions et les prises de bec. Il y avait effectivement un navire de plus, que l'on s'apprêtait à amarrer ; la figure de proue lui fit faire la grimace, c'était bien ça. Inoubliable. Décidément, ces artistes étaient tous les mêmes.

En essayant d'apercevoir les personnes dont il devinait les passages sur le pont ou qui descendaient de la voilure, il songea que le mieux à faire était de se placer en un point haut placé. Il y avait là une quantité de tonneaux déchargés d'une petite embarcation voisine, et comme personne ne semblait particulièrement monter la garde, il se dit que l'escalade n'en était pas défendue. Quelques instants plus tard, il se tenait debout en équilibre sur l'un de ces tonneaux. Certains pirates lui jetèrent un regard étonné, voire méfiant, mais il se contenta de leur adresser de grands sourires et de les saluer de la main. De toute évidence, il ne voulait de mal à personne, et l'on a rarement vu d'espion arborant les charmes peu discrets d'un gilet rouge...
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MessageSujet: Re: Car les vagues relient ceux que les Cieux séparent [PV Malpertuis]   Lun 23 Mai - 7:46

Tortuga de Mar.
Malpertuis n'était pas mécontent de revoir au loin la ligne des côtes de cette vilaine île. L'Amphitrite mouillerait dans le port de Tortuga avant la nuit.

En six ou sept ans de piraterie, Malpertuis s'était bien gardé d'avoir jamais ni amis ni ennemis. Il avait bien caressé le Corbeau dans le sens du poil – des plumes – mais... Cet attachement-là lui semblait aller de soi, aussi ne s'était-il jamais posé la question de son bien-fondé. Une ou deux fois peut-être, quand son autorité était remise en jeu...
Mais depuis peu – fichue année 1770 – il avait à Tortuga des attaches dont il ignorait si elles étaient de bon augure ou non. Léandre d'abord, qui avait initié le mouvement. Lizelotte ensuite... Malpertuis secoua à la tête pour la chasser quand l'idée lui vint que ses connaissances portaient toutes l'initiale « L ». Fallait-il y voir quelque quête du seul véritable lien qui l'avait attaché à la terre ? Le pirate haussa les épaules. Laure n'était plus, Paris lui était interdit, et de lui-même, Malpertuis-des-Lumières, que restait-il ? Un voleur, meurtrier et bavard, qui finirait noyé, abattu ou pendu. On ne vit pas vieux pas dans la piraterie, et le Parisien avait déjà fait preuve d'une extraordinaire longévité.

- Dieu du Ciel... Sept ans !... S'exclama-t-il à voix haute.

Depuis ses récents attachements, Malpertuis expérimentait l'inquiétude pour autrui – chose qui, hors du Corbeau, ne lui était pas arrivé depuis son départ de Paris. Et encore, il pouvait s'assurer de la santé du Corbeau en faisant le tour de L'Amphitrite, ce qui, à un homme pressé, ne prenait pas plus de dix minutes. Mais les Insulaires... Partir des semaines durant instillait en lui l'angoisse ténue de ne plus rien retrouver d'eux à son retour. Du reste, Tortuga étant Tortuga, personne n'aurait ni rien vu ni rien entendu, s'il se mettait en tête de poser des questions sur une disparition.
Léandre sans doute, était la personne dont il voulait le plus le départ de cette boue nauséabonde sur laquelle les pirates retrouvaient l'usage de leurs sens conformément au reste du genre humain. Malpertuis, le Corbeau et Lizelotte étaient perdus, mais lui... Le Parisien haussa les épaules : il se berçait d'illusions, Léandre était aussi perdu que les autres. Qui ne l'était pas, dans ces lieux-là ?

Dans l'après-midi, on jeta l'ancre. Après les recommandations d'usage, Malpertuis donna quartier-libre à une bonne partie de l'équipage, et reçut lui-même l'ordre par le Khazi d'aller profiter des joies fadasses de Tortuga. Il opina du chef et descendit à terre. La terre – Dieu !

- Vise un peu l'olibrius ! entendit-il sur sa gauche.

Malpertuis fronça les sourcils et regarda en direction d'un amoncellement de tonneaux, sur lequel se tenait une silhouette qui lui était familière. Tout à ses préoccupations de Maître d'équipage, le Parisien n'avait pas remarqué l'ami au gilet rouge qui avait accueilli L'Amphitrite.

- Léandre ! s'écria-t-il ravi. Le bonjour ! Beau comme un prince, à ce que je vois ! Mais descendez de là, l'oiseau. Vous risquez de vous rompre le cou.
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Léandre Bernique

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MessageSujet: Re: Car les vagues relient ceux que les Cieux séparent [PV Malpertuis]   Lun 23 Mai - 9:03

Seigneur ! Il y avait là une créature blonde au visage tout couturé. Heureusement, ce n'était pas ''son'' pirate. Léandre reconnut soudain sa voix et le localisa sans peine, infiniment soulagé de constater que le sien, de visage, paraissait intact. Il sauta de son perchoir sans attendre, non sans avoir répliqué pour la forme qu'il avait un excellent équilibre ; mais pas question de désobéissance en ce qui le concernait, ce n'était pas une nature adepte des défis en général, et dans ce cas précis il n'aurait pas dit autre chose, eussent leurs places été inversées. Que tous ces pirates étaient donc humains ! Il savait que c'étaient des forbans, parce qu'on le lui avait dit, mais à les avoir sous les yeux il lui était difficile de les considérer comme tels, ce n'étaient pas de ces êtres de légende, horribles au-delà de toute imagination, qu'évoquait le mot dans les conversations à mi-voix des beaux quartiers d'Hispaniola. C'étaient de pauvres bougres bien fatigués par leur route pour certains, bien contents de toucher terre plus simplement pour d'autres, semblables sans doute en cet instant aux pélerins qui traversaient la Méditerranée dans l'espoir de voir la Terre Sainte aux temps des cathédrales, ni plus ni moins saints ou démons. Pendant un court instant, Léandre se demanda s'ils avaient à leur bord des postes pour les non-combattants. Ce qu'il appelait en riant, lorsqu'il parlait de la marine, les postes à tablier : ceux qui soignent les blessés, assurent l'entretien des cabines, préparent à manger pour l'équipage ou les officiers... le contact avec le sol le ramena à des considérations plus sérieuses.

Dire qu'il guettait ce navire depuis un moment maintenant, et qu'il se trouvait soudain aussi dépourvu de bon sens qu'un oiseau qui a trouvé un couteau ! De quoi pouvait bien avoir envie quelqu'un qui retrouve la terre ferme après un long voyage ? Avec un léger dépit, il se dit que ce devait être, sans doute, d'un peu de tranquillité, d'une sieste dans un lit digne de ce nom et qui ne tangue pas, par exemple. Bah ! Il verrait bien, au pire ils se retrouveraient dans la soirée pour boire un verre ; d'ailleurs il s'était entraîné consciencieusement à cet effet, peu enclin à se donner à nouveau en spectacle par les rires incontrôlables et les joues rouges que lui avaient valu sa première tentative. Il avait d'ailleurs veillé à se faire inviter lors de ces nocturnes entraînements, afin de ne pas rogner davantage sur son modeste argent de poche. A force de l'accompagner, certains de ses collègues l'avaient vaguement pris en amitié, ce qu'il n'avait jusqu'alors pas cru possible ; par ailleurs, il prenait grand soin de toujours se confesser le lendemain pour avoir fréquenté le débit de boissons, ce qui l'avait également rapproché de son confesseur, lequel se demandait parfois ce qu'une conscience si intransigeante pouvait faire en un pauvre petit bonhomme des faubourgs.

Mais tous ces braves gens étaient oubliés, car c'était l'heure des récits de périls traversés, et rien d'autre n'avait plus d'importance. Posté comme un garde-côte en grand uniforme au pied de la passerelle, Léandre croisa les mains et attendit, laissant passer les plus impatients qui ne lui prêtaient guère d'attention, ou haussaient un sourcil et se poussaient du coude à la plus grande indifférence de l'intéressé. Son mince orgueil venait de prendre des proportions astronomiques aux quelques mots entendus, et notamment, au compliment reçu. D'ailleurs, il n'avait jamais vu de prince, mais Malpertuis au cours de ses voyages en avait sans doute eu l'occasion ; aussi lui faisait-il doublement confiance. Etait-ce donc si beau, un prince ? Il imaginait cela vieux, disgracieux et abâtardi de consanguinité, sans compter les tares morales d'une éducation divinisatrice, c'est à peine s'il osait y songer. Les pensées semblaient sautiller dans son esprit comme des dauphins hors de l'eau, c'était à peine s'il parvenait à se concentrer sur l'une ou l'autre. Il ne lui avait fallu que quelques pas pour rejoindre Malpertuis et il le détaillait à présent d'un regard sévère, qui céda vite la place à un grand sourire de satisfaction. Brièvement, comme un voleur, il saisit son ami dans ses bras le temps de se convaincre qu'il n'avait pas affaire à un fantôme.

''Vous êtes sain et sauf. C'est un beau navire que vous avez, il ne coulera jamais, n'est-ce pas ? Si vous saviez les cauchemars que j'ai faits, les tempêtes, les batailles...'' Léandre secoua la tête et repoussa ces images au fond de son esprit, tâchant de les remplacer par celles de trésors et de sirènes, d'îlots paradisiaques, et autres éléments notoires du folklore romanesque. ''Vous avez du sel dans vos cheveux.''
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