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 Après le feu des torches sur les faces en sueur (Réservé à Malpertuis)

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Eneas Asturias

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MessageSujet: Après le feu des torches sur les faces en sueur (Réservé à Malpertuis)   Dim 27 Mar - 20:34

Eneas, somme toute, n'aimait pas le dortoir, et il soupçonnait ses compagnons de fortune d'avoir la même opinion de ce lieu. Fort heureusement, sur l'Amphitrite personne ne s'y livrait à des beuveries - sous peine de se faire tancer vertement - mais Eneas avait déjà été témoin, sur d'autres navires, de fêtes inopportunes en ces lieux où Morphée devrait être la seule à régner.

L'espion évitait le dortoir lorsqu'il y avait plus d'une poignée d'hommes à y dormir, de peur de se trahir dans son sommeil. Lorsqu'il y avait affluence, c'est à dire principalement la nuit, Eneas préférait vaquer à ses occupations sur le pont. Tous savaient qu'il préférait travailler la nuit, et il avait inventé pour justifier cette étrange habitude une histoire pas trop mal ficelée qui parlait de ses origines Espagnoles.

De fait, c'était le jour, l'après-midi même. Eneas essayait de ne pas dormir le midi ou le soir, pour pouvoir être réveillé lorsque viendrait le moment de réclamer sa pitance en cuisines, et il faisait ainsi des nuits discontinues, quelques heures par quelques heures. L'heure exacte était inconnue, mais c'était ce moment après la pause du midi où tout le monde commence à se remettre au travail. Un horaire parfait pour Eneas, qui trouva le dortoir désert -ou presque désert - en y descendant.
Il s'approcha de son hamac, au fond du dortoir, et s'y allongea. Il garda pendant un moment les yeux ouverts, profitant de sa tranquillité pour réfléchir à quelque complot pour obtenir des informations qui ne devraient pas être en sa possession.
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MessageSujet: Re: Après le feu des torches sur les faces en sueur (Réservé à Malpertuis)   Dim 27 Mar - 21:05

Malpertuis se félicitait de ce que L'Amphitrite possédât sans doute le meilleur médecin de tous les navires pirates des Caraïbes. Certes ils ne connaissaient pas les autres médecins, mais D'Estange était suffisamment compétent pour que, deux semaines après l'abordage du Libertad, la plupart des blessés se trouvassent sur pied. Même le jeune Maupin allait mieux, et l'estafilade que lui-même, Malpertuis-des-Lumières, avait écopée, n'était plus qu'un mauvais souvenir – un de plus dans la mémoire de sa peau.

Malpertuis descendit au dortoir pour s'offrir – enfin ! – quelques heures de repos. Il y avait là peu de monde, surtout les matelots qui assuraient la permanence de nuit : Jonas, Little, Asturias, le jeune Maupin qui se reposait dans un coin... Bien. Rien à déplorer, rien à corriger. Tout était bien, et le sommeil l'attendait avec un sourire d'épouse impatiente.

La semi obscurité qui régnait là pendant la journée obligeait de se déplaçait dans le dortoir assez lentement, ce qui avait en outre l'avantage d'éviter de déranger qui y dormait. Alors qu'il allait rejoindre son petit espace – un peu plus important que celui des simples matelots, hiérarchie oblige – Malpertuis vit luire, juste devant l'un de ses pieds, un objet qu'il ne se souvenait pas avoir laissé là. Il se baissa, et constata que c'était une bouteille de rhum – brisée .

Il l'agita alors, et s'écria :

- Qui est l'enfant de Marie-couche-toi-là qui a laissé traîner ça ? Hey ! Je parle ! Debout, rats des mers ! Sauf toi, jeune Maupin, vu ton état, je te vois mal t'amuser à ça. J'aurais pu me blesser assez sérieusement, ou un autre, qui serait passé par là. C'est strictement interdit de descendre des bouteilles de ce genre ici, c'est passible de tellement de coup de fouets que je demanderais peut-être au Khazi de m'aider à les compter, si celui qui a laissé ça là ne se dénonce pas ! Alors, qui est-ce ?
Personne ne veut répondre ? Vous commencez à me connaître, vous savez que je peux tenir comme ça jusqu'à la nuit, et même jusqu'à demain matin s'il faut. Toi, face de belette équarrie, je te défends de me tourner le dos quand je parle !


Le matelot en question montra ses paumes à Malpertuis avec un air de parfaite innocence.

- Je me répète, et vous savez que je déteste ça : qui est-ce ?

L'impatience commençait à gagner le Maître d'équipage. On l'aura déjà dit : la brièveté, chez cet homme-là, était mauvais signe :

- Qui ?

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Eneas Asturias

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MessageSujet: Re: Après le feu des torches sur les faces en sueur (Réservé à Malpertuis)   Lun 28 Mar - 11:09

Quand l'homme veut dormir, il se trouve toujours quelque chose pour venir déranger ses plans ; de même lorsqu'il souhaite rester éveillé le sommeil s'abat sur lui promptement. C'était, songea Eneas, une sorte de loi de la nature, immuable, et qui se trouve confirmée à nouveau chaque nuit. Ou, dans le cas présent, chaque jour.
Au cri de Malpertuis, Eneas se redressa et embrassa la scène du regard. La bouteille brisée, le maître d'équipage courroucé, le matelot a l'air innocent en face de lui, il comprit tout en un instant ; Malpertuis était à cheval sur les règles et il devait être effectivement furieux de voir une bouteille trainer dans le dortoir.

Eneas se leva et s'approcha de la scène sans se préoccuper de son manteau et de ses armes, posés sur son coffre personnel. En arrivant sur les lieux de la scène, il contempla d'un air morne la bouteille brisée sur le sol. Elle était vide, évidemment. Chose étrange, une bouteille pleine ne se brisait jamais sur un navire, par contre dès qu'elle était vide il pouvait lui arriver toutes sortes d'accidents. C'était, à n'en pas douter, une autre de ces incongrues lois de la nature.

- Allons, monsieur*, le coupable doit probablement être sur le pont depuis belle lurette. Il n'y a pas de soulards chez ceux qui travaillent la nuit, vous le savez bien.

Entre collègues, il convenait de se serrer les coudes. Si le coupable était probablement l'un de ceux qui travaillent habituellement le jour, car ils sont bien plus nombreux, ce n'était pas une raison pour ne pas prétendre que les matelots de nuit étaient irréprochables ; prétendre cela était s'assurer de la gratitude des autres matelots, qui lui seraient alors redevables. Et il était toujours utile d'avoir des gens sur qui compter sous le coude.

- Ou alors, ce bout de vers a été placé là dans le but de vous blesser... Mais qui pourrait vous en vouloir à ce point ? dit Eneas d'un ton très sérieux, regardant tour à tour le matelot et Malpertuis. Tout le monde était au courant que sur un navire le maître d'équipage était rarement le plus aimé.

*L'appeler directement "Malpertuis" eut été cavalier, du moins l'ai-je pensé.
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MessageSujet: Re: Après le feu des torches sur les faces en sueur (Réservé à Malpertuis)   Lun 28 Mar - 15:45

L'intervention d'Asturias calma net le Parisien irrité.
Sans doute y avait-il un fond tacite de confiance, dans l'abord que Malpertuis avait du matelot espagnol : ils voguaient côte à côte depuis longtemps, et jamais le Maître d'équipage n'avait eu à se plaindre de lui. Il était discret, courtois, faisait ce qu'on lui demandait, corrigeait quand on contestait... Au fil des années, sa parole avait acquis un certain poids.

- Ou alors, ce bout de verre a été placé là dans le but de vous blesser... Mais qui pourrait vous en vouloir à ce point ?

Malpertuis aimait son navire et estimait ses hommes. Il avait gagné leur respect, qu'ils le lui concédassent en dépit de ses bavardages, ou qu'ils s'empressassent de le lui témoigner en raison de sa jovialité. Il était juste, jamais cruel mais jamais magnanime. Il parlait beaucoup mais obtenait ce qu'il voulait. Ses ordres n'étaient pas contestés, sans quoi il prenait des mesures telles que l'envie de recommencer passait très vite. Malpertuis n'avait pas d'amis, si ce n'était peut-être Charlie Withmore – et encore, rencontré par hasard, durant une heure ou deux. Malpertuis n'avait pas d'ennemis, si ce n'était peut-être ceux de Nogaret qu'il servait – et encore n'était-ce que de manière indirecte.
A raison ou à tort, l'histoire ne le dit pas, le Quartier-maître de L'Amphitrite préféra imputer l'incident à de la négligence.

- Je doute qu'on m'en veuille, ô suspicieux pacifiste. Ces crapauds-là savent bien que je les aime. Ils ont un coeur, s'ils n'ont pas de mémoire. On l'aura oubliée là, cette fielleuse bouteille !

Et posant une main amicale sur l'épaule du matelot, il ajouta :

- Ma colère est passée ; pour cette fois, pas de scène tracassante ni d'enquête. Pour cette fois, bande de goélands vérolés !... Sois remercié de ta pondération, Asturias L'Eclairé.

Puis il se tourna vers le reste des témoins, et ajouta :

- Retournez à vos rêves de fourmis marines ! Allez par les vaseuses plaines de vos esprits en ressac ! Allez éparpiller ce qu'il vous reste de conscience, Amphitrions chéris ! Ne t'inquiète pas, petit Maupin, D'Estange va te rafistoler en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Je ne fais plus de bruit. Là je me tais. Je ne parle déjà presque plus. Il tourna ostensiblement le dos au reste du dortoir, et ne s'adressa plus qu'à Eneas, en chuchotant : Je suis dans un étrange état de suceptiblité sublime... C'est que je suis sorti tout secoué et éparpillé de ma rencontre avec doña Ana ! Si tu savais, hispanique ami ! Si tu savais comme elle semble grande en sa robe noire, comme elle porte haut le menton, comme elle semble faite de marbre sous sa dentelle en deuil... Mais j'y pense ! Son visage s'éclaira d'un franc sourire, comme teinté d'une joyeuse complicité. Tu ne dis rien, mais tu l'as vue aussi !



HRP : Oui, on s'adresse aux officiers en vouvoyant et en disant "Monsieur", en général. Par contre, l'officier appelle par les noms de famille, et tutoie.
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Eneas Asturias

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MessageSujet: Re: Après le feu des torches sur les faces en sueur (Réservé à Malpertuis)   Mar 29 Mar - 16:34

Malpertuis était réellement un étrange personnage ; Eneas n'avais jamais vraiment eu l'occasion de lui parler seul à seul, mais sa verve était connue sur tout le navire. Si il avait été un matelot comme les autres, il aurait sans doute été chahuté ou ignoré des autres, amusés au début, saoulés à la fin. Mais Malpertuis était le maître d'équipage, et il faisait la pluie et le beau temps pour les hommes qu'il dirigeait - bien souvent en suivant les directives de Nogaret.
Quoi qu'il en soit, Malpertuis écarta bien vite l'hypothèse d'une vengeance personnelle ; à vrai dire, Eneas n'y croyait pas tellement non plus. Le maitre d'équipage ne faisait pas un travail facile et s'en acquittait d'une manière tout à fait honorable, cela, tous les matelots le savaient. Et sur un navire pirate, il n'est rien qui inspire plus le respect qu'un travail bien fait - c'était d'ailleurs en partie pour cela qu'Eneas s'efforçait toujours d'être irréprochable dans les tâches qu'il lui incombait d'accomplir.

Pas d'enquête : Malpertuis sembla oublier l'affaire aussi vite que sa colère, et souhaita bonne nuit au reste du dortoir avec un style lyrique à faire pâlir d'envie les messieurs de l'Académie eux-mêmes - Eneas songea que même dans sa langue natale il n'eut pu prononcer de telles phrases. Il se tourna vers Eneas ; les deux hommes étaient seuls au fond du dortoir maintenant, à l'exception d'un matelot endormi à quelques brasses de là. Apparemment, il avait envie de bavarder - cela ne devait pas être inhabituel... Eneas songea avec opportunisme que cela lui donnait l'occasion de se rapprocher un peu du maître d'équipage, ce qui pouvait faciliter à la fois son travail de matelot et son travail d'espion. S'écœurant lui même de sa duplicité, Eneas n'entendit le flot de paroles de Malpertuis que lorsque celui-ci mentionna Ana-Maria, la prisonnière probablement lucrative de l'Amphitrite.

Terrain glissant ! Eneas plissa les yeux involontairement, son esprit tournant à plein régime pour réfléchir au positionnement correct qu'il fallait adopter ; il ne voulait pas paraître apprécier la captive, car si il devait un jour la faire s'échapper cela lui porterait à coup sur préjudice ; à l'inverse il ne devait pas faire semblant de la haïr, car cela n'aurait eu aucun fondement.

- Ah ? grinça-t-il comme une trappe rouillée qu'on aurait du mal à ouvrir. Vraiment ? Je veux dire, oui, oui, je l'ai vue. C'est une noble dame, pour sûr. Mais elle ne m'a pas vraiment parlé, j'ai presque été traité comme un domestique. C'est que je n'ai pas la chance d'être maître d'équipage !

Dans ces eaux troubles, Eneas préféra changer de sujet avant que l'on n'explore tous les recoins des opinions des uns et des autres pour doña Ana. La partie la plus aventureuse de son esprit, celle qui était éprise de cette vie de pillages, voulut faire parler Malpertuis, qu'Eneas avait rarement entendu parler de la piraterie en général ; ils voguaient certes ensemble depuis longtemps, mais le Parisien était bien plus ancien marin que l'Espagnol.

- Mais, allons, monsieur ! Vous avez dû, par le passé, connaitre bien d'autres filles plus jolies... N'est-ce pas après tout ce à quoi peut prétendre tout pirate, dans ces îles ?
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MessageSujet: Re: Après le feu des torches sur les faces en sueur (Réservé à Malpertuis)   Mer 30 Mar - 17:03

HRP : Bon... du grand Malpertuis... XD


- C'est une noble dame, pour sûr. Mais elle ne m'a pas vraiment parlé, j'ai presque été traité comme un domestique. C'est que je n'ai pas la chance d'être maître d'équipage !

- Ah ça... , laissa échapper Malpertuis non sans un petit sourire content.

- Mais, allons, monsieur ! Reprit Asturias Vous avez dû, par le passé, connaitre bien d'autres filles plus jolies... N'est-ce pas après tout ce à quoi peut prétendre tout pirate, dans ces îles ?

- Mais que viens-tu me parler de « filles », ombrageux ascète ?! , feignit de s'indigner le Parisien. (Il ne fut pas loin de penser à cet instant que c'était lui le Protestant, et que si on ne pouvait plus compter sur le libertinage des catholiques – y avait-il plus catholiques que les Espagnols ? –, le monde était en train de profondément changer ! C'est alors qu'il se souvint qu'il y avait, chez les Espagnols, quelques catholiques fondamentalistes dont les règles de vie et de morale feraient des puritains des débauchés du dernier degré. Cela le rassura.) Je parle de dames, de princesses ! N'as-tu donc jamais soupiré sur un sonnet, ou au coin d'une rue animé par un conteur va-nu-pied ? N'as-tu jamais ouvert les yeux dans ton sommeil parce que venait à toi une de ces dames de beauté qui avancent une main blanche, leur visage parfait chastement entouré de voiles ? Homme de peu de poésie ! Millepattes tuberculeux ! Desespérance de l'humanité !
Bien sûr j'ai connu de ces frêles et pâles joliesses, avec minois pas encore trop abîmés, avec chairs pas encore trop tâtées ! Blondes, brunes ou autres ! Bien sûr certaines étaient désirables et désirées, certaines avaient même un peu d'esprit, ce qui ne gâche rien. Bien sûr ! Mais... Mais !
Mais elles ne sont ni Diane, ni Vénus, ni Aliénor d'Aquitaine ! Elles n'ont pas la noblesse, la grâce et la hauteur, elles n'ont pas cette voix qui te casse en deux, qui te brise net d'un français parfait ! Elles n'ont pas cette infinie lumière qui fait que, même vêtues comme des souillons, les regards vers elles se tournent ! Elles ne sont pas doña Ana, soeur ou cousine ou fiancée du roi d'Espagne, je ne sais plus et n'en ai cure ! Tu entends, ô briseur de charme ? As-tu donc si peu le sens de ce qui est noble et beau pour songer comparer à cette figure de tableau, à ce marbre vivant, les tristes échevelées qui nous acceptent auprès d'elles pour quelques sous ? Qu'ont à voir les filles de ces îles, comme tu dis, avec cette fille des Anciens Rois qui dorment sous les dalles des églises et dont, mille ans après leur mort, on connait encore les noms ?


D'un air absolument désopilant de gravité, il asséna ce qu'il considéra être le coup de grâce :

- Je crois rêver : devant la rose et la colombe, devant le soleil et l'ivoire, Monsieur fait la fine bouche ! Allons bon, Asturias, suzerain des je-n'y-mettrai-pas-la-patte, boudeur suprême de beautés sublimes, sois sincère !... En croisant son regard, n'as-tu pas su immédiatement qu'elle était des étoiles et toi – ou moi – des vermisseaux en leur vase ? Toi, faux indifférent, connus-tu jamais femme capable d'être à ce point belle et pourtant intouchable ?

Et ces ainsi que le roi des bavards protégea la première princesse – et sans doute la seule – à croiser sa route, parce qu'une part de lui était poète, et qu'il n'eût pas plus supporté qu'on dénigrât la Laure de Pétrarque, la Délie de Maurice Scève ou la Cassandre de Ronsard. Il y avait des choses sacrées en ce monde qu'on ne pouvait fouler du pied. Du moins lui, l'illustre exilé de la Ville Illustre, ne le permettrait pas.

On l'a déjà constaté : Malpertuis n'était pas homme à tourner le dos aux grandes luttes de son temps.
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Eneas Asturias

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MessageSujet: Re: Après le feu des torches sur les faces en sueur (Réservé à Malpertuis)   Jeu 31 Mar - 17:27

La tentative d'Eneas pour détourner la conversation le fit tomber de Charybde en Scylla - cruelle ironie du sort, lorsqu'on est à bord d'un navire ! Ne voulant plus entendre parler d'Ana-Maria de Armerin, il pensait que son bavard interlocuteur tournerait son esprit vers les souvenirs hauts en couleurs de ses conquêtes passées. Mais rien de tout cela n'arriva, et voilà qu'Eneas est obligé d'écouter Malpertuis chanter les louanges de la captive.

Ce n'était pas seulement contrariant de voir la conversation s'éterniser d'une telle façon sur la noble prisonnière de l'Amphitrite, mais c'était également extrêmement horripilant pour Eneas d'entendre tant d'éloges sur les qualités que lui conféraient sa naissance, et indirectement sur la cour du bon roi Charles III. Cela aurait dû faire émerger en lui des sentiments nombreux et contradictoires ; il aurait dû penser que ce que disait Malpertuis était faux et détestable, puis il aurait lutté pour combattre cette haine et conserver une bonne image de sa terre natale. Hélas, Eneas - en avait-il conscience ? - était sur le point de non-retour, et la seule émotion que le discours de Malpertuis provoquèrent sur lui fut le dégoût des mœurs des nobles personnes.
Ses lèvres plissées de contrariété et réduites à une mince ligne, Eneas garda néanmoins la tête froide, et pendant la tirade du maître d'équipage il réfléchit à la meilleure façon de détourner à nouveau la conversation, ou plutôt le flot de paroles de Malpertuis ; c'était comme, se dit Eneas, tenter de dévier le cours d'une chute d'eau. Difficile, mais possible.
Se détendre, parler normalement, adopter un ton banal ; conforter l'idée que la noblesse lui était étrangère, tout en consolidant sa position auprès du maître d'équipage. Une liste de buts à atteindre se forma peu à peu dans l'esprit d'Eneas.

- Oh vous savez, monsieur, je ne suis pas très sensible à la beauté de ces choses de la haute. Rapport à... Mon éducation, v'voyez. Pour moi, les filles des îles suffisent ! Je me suis d'ailleurs laissé dire qu'on trouvait à Tortuga des dames au teint d'albâtre. Mais je me disais que vous qui avez voyagé plus que moi vous auriez quelque attache dans un port non loin.

Il accompagna ses propos par un sourire franc. Cela intéressait d'ailleurs Eneas de connaître plus en détails la vie de Malpertuis, d'abord parce qu'il était curieux, ensuite parce qu'il se pourrait qu'il en tire un jour avantage.
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MessageSujet: Re: Après le feu des torches sur les faces en sueur (Réservé à Malpertuis)   Ven 1 Avr - 11:00

Cette fois, Malpertuis renonça. Quelle idée aussi, de vouloir parler beauté et finesse avec des pirates !... Le Parisien songea que, de toutes les personnes qu'il connaissait, seul le jeune Léandre de Tortuga eût pu être sensible à la sorte de perfection – bien sûr imparfaite, bien sûr hautaine et peu humaniste – qu'incarnait à ses yeux doña Ana. Peut-être Charlie Withmore eût-il saisi son admiration ?... En tout cas, il ne l'eût pas partagé. Etre compris n'était déjà pas si mal. De là à se trouver des âmes suceptibles de partager les affects... Pourtant, près de l'Indigoterie de Tortuga, une nuit qu'il s'était perdu, il avait improvisé une petite récitation de Molière avec un compagnon à lui semblable... Malpertuis secoua la tête, comme pour chasser ses souvenirs.

- J'y pense ! Dit-il tout à coup. Je parle, je parle, mais tu voulais sans doute te reposer ! On se connaît depuis belle lurette, Asturias, au bout de six ou sept ans tu peux te permettre de te signaler !

Asturias dut penser que la chose lui avait traversé l'esprit, mais qu'avec de diable de Parisien il était absolument impossible de placer une parole une fois qu'il s'était emballé... Déjà Malpertuis repartait de plus belle :

- Il faut que je vois le capitaine d'ailleurs ! Mais à cette heure-ci il doit dormir...

Il marqua un temps d'arrêt, considéra en silence le matelot espagnol, puis, dit, soudain extrêmement lent dans son débit :

- Il y en a bien une, oui... Une qui m'attache par son impertinence plus que par sa tendresse, par ses petits crocs plus que par ses battements de cils...

Malpertuis eut un bref soupir, puis, se jugeant idiot, s'empressa d'ajouter :

- Mais ça n'a guère d'intérêt, retourne te coucher.


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MessageSujet: Re: Après le feu des torches sur les faces en sueur (Réservé à Malpertuis)   

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Après le feu des torches sur les faces en sueur (Réservé à Malpertuis)

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