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 Bec et ongles [PV Ana]

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Crow

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Messages : 419
Localisation : Sur la vigie, ou en train de sauter de cordage en cordage.
Humeur : Croassante

Carte aux trésors
Amis, ennemis, connaissances:
Baratin de haute importance:
MessageSujet: Bec et ongles [PV Ana]   Mar 22 Mar - 22:18

    Crow, planté devant la lourde porte en bois, le dos courbé sous le soleil, hésite. Il y a les ordres lâchés sèchement par le Cap'tain Nogaret, pour sûr mais... Derrière cette porte, il sait bien ce qu'il y a. L'otage, brune et hautaine, les yeux durs. Noblesse, la vraie. Celle aux robes soyeuses, aux peaux blanches et poudrées, aux palais indécents. Celle que le corbeau, les yeux dans la boue et la fange, haïssait sourdement, sur les trottoirs poisseux de l'île. Comme de l'envie douloureuse. Il sait où est sa place. Oui, il le sait. Chaque jour on lui apprend, à coup de fouet. Il le sait, mais qu'importe, il les haïssait, et les hait toujours. Alors cette espagnole...

    Mais débarquer en l'insultant serait une mauvaise idée. Il y a la menace lourde du Khazi. Et puis simplement la crainte sous-jacente. Celle de la répartie. Le corbeau a la langue balbutiante, hésitante. Les mots roulent, lui échappent. Souvent, c'est dans le cri qu'il répond, énervé de ne savoir parler, de ne savoir penser, comme il le voudrait. Enervé d'être lui. D'être cet idiot sans langue, sans origine. Sans rien de plus qu'un pantalon troué, et un rire perçant.

    La main se pose, hésitante, sur la poignée. Il faut bien... Crow soupire. Le souffle bruyant racle sa gorge, glisse entre ses dents noires. Allez...

    -J'viens pour r'parer princesse ! Lance-t-il, en rentrant bruyamment dans la cabine.

    Il fuit la belle. Le ton, cassant, impoli, est voulu. Sans éducation, sans classe, sans même un minimum de tenue, il se rue dans la cabine. Ses jambes, fuseaux raides et rougis, heurtent le bois, de cette démarche claudicante et lourde.

    Et puis, triste clown, ridicule bouffon, le voilà qui se prend le pied dans le peigne. L'odieux objet, planté à même l'Amphitrite, écorche la chair autant que l'amour propre. Dans un bruit assourdissant, le corbeau s'écroule.

    Le choc est dur, douloureux. Là, la face contre le bois miteux, le corbeau sent rougir sur son visage la honte d'être lui.

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MessageSujet: Re: Bec et ongles [PV Ana]   Ven 25 Mar - 14:13

Debout dans la cabine du capitaine, faisant les cent pas, Ana rageait.

Réfléchissez à votre condition, Madame, elle est misérable entre toutes.

- C'est toi qui es misérable, ¡ perro sarnoso !*, dit-elle à voix haute.

Elle acheva la lettre** qu'elle avait commencée après le départ de Nogaret, afin d'évacuer la fureur qui avait pris possession de sa personne.

Vous êtes morte aux yeux de votre famille, morte aux yeux de votre fiancé, tant que l’on ignore que vous voguez sur un navire de flibuste. Si tel est mon bon plaisir, il se pourrait même que vous passiez indéfiniment pour morte aux yeux du monde. Alors songez, Madame, à ce qu’il vous reste, à ce que vous êtes encore, sans la considération des vôtres et de celui qui voulait vous posséder.
Songez bien à tout cela, doña Ana, durant vos heures de solitude.


- Chien !, s'écria-t-elle encore. Je ne te ferai pas le plaisir de trembler !

Elle soupira, alla jusqu'à sa malle, se saisit de son éventail et le fit bouger lentement près de son visage. Elle grimaçait : sa main lui faisait mal. Le bandage avait un peu rosi dans la paume, coloré par son sang. Agiter un éventail avec sa main gauche fut quelque peu laborieux ; occupée à cela, elle cessa d'être tourmentée par sa colère, et parvint à considérer la cabine et les effets de Nogaret avec un esprit plus serein.
Elle s'attarda non sans une certaine fierté le peigne en or resté planté dans le bois de L'Amphitrite. On a les victoires qu'on peut, et Ana était résolue à ne rien laisser à Nogaret. Elle lui ferait vivre l'enfer. Qu'il la tuât, après tout, puisqu'il se plaisait à lui dire qu'elle était morte déjà !

- J'viens pour r'parer princesse !

Ana n'eut pas le temps de comprendre qu'un enfant entrait dans la cabine qu'un corps tout en longueur, surmonté d'une tignasse rousse, s'effondra sur le plancher, à quelques pas d'elle. Sa surprise se brisa dans un sourire qu'elle tenta en vain d'empêcher. Elle porta son éventail devant son visage – quoiqu'une voix en elle-même lui souffla qu'un mousse, une sorte de valet promis à la pendaison tôt ou tard, ne valait pas tant d'égards. La fille du duc de Armerin était trop bien éduquée pour rire franchement du ridicule d'autrui.

Cependant, par son feint intérêt et l'ironie que porta sa voix, elle fut plus cruelle que si elle avait franchement ri :

- Voilà, jeune homme, ce qui s'appelle une entrée... fracassante.


* chien galeux !
** lettre I du journal de bord d'Ana
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Bec et ongles [PV Ana]

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