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 [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]

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Crow

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MessageSujet: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Dim 16 Jan - 0:45

    Trois jours. Trois.
    Trois, ce n'est rien. Vraiment rien. Trois ça file, ça coule sur la langue. Trois c'est tellement petit que ça glisse entre les doigts. On ouvre les yeux, et ils sont passés. C'est étourdissant. L'île n'est plus qu'un souvenir immonde et puant. Sous les pieds du corbeau, la caillasse boueuse laisse place au bois dur, qui a ce quelque chose de rassurant. La solidité, sûrement. Il voudrait s'y allonger un instant. Le temps de savourer ce ciel immense, de le bouffer des yeux avec l'appétit d'un ogre. Trois jours... Ce n'est vraiment rien. La sueur des corps colle encore à sa peau, l'haleine grasse des putains dans les narines et les beuglements haineux au fond des tympans. Tortuga. Crow la quitte comme on quitte une mère qu'on a jamais aimé. On a encore sur la joue la bave de ses lèvres épaisses, comme la preuve hypocrite d'une tendresse mal feinte. Mais c'est avec sérénité qu'on claque la porte, laissant la sotte ébahie, seule dans sa vieille maison en ruines. Oui, Tortuga est une mère. Mais une génitrice ingrate et cruelle, plongeant dans la fange le fruit de ses entrailles. Alors l'orphelin ne regrette pas cette famille au goût de la colère. L'horizon l'a dévorée, cette île atroce. Il l'a dévorée tout cru, en quelques heures seulement. Crow courait, sautait et puis, elle n'était plus là, l'île des voleurs et des catins.
    Plus rien. Juste ce bleu trop fort.
    Juste ce bleu parfait.

    Debout sur le pont, Crow est immobile. Un bout de chiffon pendouille le long d'un bras mollement insolent. Ses yeux cherchent l'horizon, presque effrayé à l'idée que resurgisse la brutale procréatrice. Mais il n'y a rien que le roulis des vague. La main bouge -la vie revient ! Le chiffon sale est serré, empoigné. Le corbeau frétille, et l'eau crasseuse suinte du tissus tordu, pour venir se ficher dans les plumes. Les doigts gigotent, et puis il faut se remettre au travail. Crow se laisse tomber, il faut nettoyer le pont, encore et encore. Le dos courbé, plus bas que tous les matelots qui courent, muscles bandés et pas lourds. Crow déteste cela. Il veut voler, agrippé aux cordages. Sentir au creux de ses omoplates ce picotement délicieux, cette sensation folle et chimérique que des ailes poussent. Mais il faut encore être au sol, cloué à terre, même en mer. Frotter un bois épais, les bras engourdis. Faire taire cette rancœur qui hurle, comme une bête acculée, et sourire comme les bouffons épuisés mais donc la bouche tire encore cette grimace grotesque. Le torchon rêche agrippe le bois, le mutile. Et cette eau dont il est gorgé, et qui s'écoule entre les rainures, a la langueur du sang.

    Autour de lui, on s'affaire. Il y a la voix de Kharine, dureté slave et accents glacés. Celle du Capitaine Nogaret, plus lointaine, plus hautaine aussi. Noblesse de piraterie. Et celle de Malpertuis. Ni sèche, ni lointaine. Illusion du proche alors ? Crow ne mord pas à l'hameçon. Maître. Maître donc esclave. Et qui est l'esclave ? Lui, les mousses, forcément, ceux qui grattent la crasse le nez dans la fange. Injustice brûlante, qui gronde en Crow les babines retroussées et la bave aux lèvres. Pourtant, le sourire reste, comme une blessure trop profonde pour cicatriser. Masque hideux, qui stagne, comme pour narguer la bête éructant d'un sourire figé mais convaincant.
    Alors il n'y croit pas, il ne croit pas à cette voix. Il y a forcément quelque chose, une limite à ne pas franchir. Avec Kharine, on comprend vite. Le fouet est agile, et vient rapidement se heurter à la peau meurtrie par le soleil. Nogaret, c'est plus sournois. Il ne se salit pas les mains.
    Mais lui...

    Les ongles s'enfoncent dans le tissus. Les épaules en feu, brûlées par ce soleil impérieux qui les darde avec amusement, eux les larves. La peau rougit, brûle. Les muscles tendus roulent presque sèchement sous la chair. Simple corvée aux allures de torture. Et les ongles mutilent ce bout de chiffon gris et triste.

    Mais lui...

    Les ongles griffent presque le bois, s'y agrippent. Crow vitupère en silence, les mains crispées, les serres avides de sang. Il faudrait jouer... Tester un peu, et briser ce « mais lui » qui vient onduler sous ses yeux fatigués. Crow délire peut-être, dans cette rancœur injustifiée et sauvage, mais qu'importe. Il fait chaud, et le regard inquisiteur de cette vieille mère crasseuse est loin.

    Alors Crow se relève, jette le chiffon à terre, et plante dans ceux de Malpertuis, deux futaies incendiées. Néron en est sûrement le criminel. Il y a une touche de folie dans l'insolence de Crow. Il y a une touche de folie dans son regard. Une folie épuisée par un passé qui exhale la haine et la sueur.

    Trois jours... Trois jours cela passe si vite qu'on y perd la tête.

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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Dim 16 Jan - 12:54

Le premier été sur la mer... 1762, année terrible. Paris, Laure, les bocaux, les cuillères en argent, les épiceries à doser, la balance si fragile et les petits poids de plombs... la vie d'autrefois était devenue évanescente sans disparaître, comme une comptine qu'on a appris étant enfant et dont on n'oubliera, qu'on le veuille ou non, jamais les paroles.
Plusieurs étés avaient passé depuis cet été-là. L'Amphitrite, revigorée de sa récente escale, fendait la mer presque avec enthousiasme. La veille au soir, le capitaine s'était permis un éclat de rires – bref certes, mais franc – quand, alors qu'ils parlaient des nouvelles arrivantes dans les maisons closes de Tortuga, son Maître d'équipage s'était exclamé :

- Sauf votre respect, sa seigneurie fait du mauvais esprit. On ne tombe pas en folie d'amour dans les lieux de volupté et de divertissement acrobatiques, mais on peut tout même pendant un petit moment se sentir coeur de pigeon et ferveur d'abbé, quand la chair est fraîche et jeune et pas encore trop pétrie !... Mais je m'arrêterai là, Sire, sans quoi je finirai par vous affirmer qu'on peut être pirate et poète, et si cela était, même Malpertuis ne survivrait pas au ridicule...

Même Kharine semblait paisible, malgré la touffeur et le soleil qui commençait à roussir les dos des matelots. D'ici peu, Malpertuis enverrait les mousses à l'ombre du mât ou de la cale ; fourbir le pont par cette chaleur était une tâche trop ingrate pour des corps si frêles. Peut-être avait-il le coeur trop tendre, peut-être cela le perdrait-il, peut-être les enfants n'étaient-ils que des adultes cachés... En ce cas pourquoi ménager les uns et voler ou tuer les autres ? Il était pourtant clair que les femmes n'étaient pas l'égal des hommes, que les enfants – tant qu'enfants – étaient inférieurs aux adultes, que les hommes entre eux n'avaient pas le même prix...* Et pourtant Laure. Et pourtant, pas de coups aux mousses. Et pourtant les Lumières.
Ce qu'il en savait, le gars Malpertuis ! Si l'homme était égal et parfaitement logique en tout, il ne serait besoin ni de Monsieur Voltaire ni de Monsieur d'Alembert, ni de Dieu qui se penche depuis les nuages pour nous rappeler que les mains ne servent pas qu'à esbaudir le Prochain...

Les yeux du Maître d'équipage se posèrent sur la silhouette du mousse récemment arrivé. Le corbeau. Enfin... à moitié cigogne avec ses jambes maigres, à moitié troglodyte avec son air de petite chose vulnérable, à moitié aiglon avec ses yeux perçants piqués d'or, à moitié sitelle pour se percher la tête en bas dans les cordages. Un corbeau toujours souriant... ou montrant les dents. Il n'était là que depuis trois jours, et Kharine l'avait déjà molesté quatre fois. Le fouet, que Malpertuis s'évertuait à n'utiliser que comme menace, même parmi les matelots, sauf quand vraiment le choix ne lui était pas donné, avait claqué souvent. Ne peut-il donc se tenir tranquille ?, grommelait-il à part soi. Apparemment pas...

Surpris, un peu navré, Malpertuis vit le garçon se lever, jeter à terre le chiffon qu'il tenait pour briquer le pont, puis follement le toiser. Droit, décidé, imperturbable, presque tranquille dans sa peau encore fine, couverte de sueur et des marques de l'attention de Kharine...

Ma parole, mais il me provoque ! Et ouvertement encore !

Il y avait une sorte de noblesse – noblesse d'enfant trouvé, de jeune mouette dans les voiles, d'indolence affectée – dans le défi du mousse. Malpertuis y fut sensible. Il jeta un regard autour de lui ; le Khazi dormait souvent en journée, quand le capitaine était sur le pont. Certain que, pour l'instant du moins, personne n'avait prêté attention à la petite révolte du mousse, le Maître d'équipage fit quelque pas, et, à la hauteur du garçon qu'il dépassait bien d'une tête, lui souffla :

- Tu as de la chance que ce soit moi, tête d'étourneau. File à la vigie et je passe là-dessus.

En son for intérieur, tout en fronçant les sourcils et en dardant un regard entendu, Malpertuis souhaitait sincèremment que Crow – corbeau tentant l'arrogance – montât au mât sans plus d'incidents. Mais, en son for intérieur, Malpertuis n'y croyait pas.



* Loin de mes opinions personnelles hein ! On ne replace dans le contexte du XVIIIème avant de me lapider.
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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Mar 25 Jan - 23:32

Playlist : René Aubry - Salento

    -Tu as de la chance que ce soit moi, tête d'étourneau. File à la vigie et je passe là-dessus.

    Lueur d'incompréhension dans les yeux. Brève, rapide, comme une illusion. Les sourcils se haussent, traits de presque rien sur peau déjà rouge. Il flotte dans l'air le silence de l'étonné, comme une petite brise tiède. Crow ouvre la bouche. Poisson idiot hors de l'eau. Voilà que l'insolence se heurte à un mur presque tendre, et en ressort mutilée. Le corbeau en tituberait presque. Rébellion de pacotille, de celui qui veut haïr, pour éviter d'aimer. Car tout est alors plus simple. Les vieilles rancœurs ont ce goût rassurant de ce qui ne change pas. Les maîtres qui dominent, frappent, abusent d'un pouvoir odieux. Tout est parfait ainsi. Tout marche ainsi ! Colère contre mépris. Haine contre autorité. Et si le monde de Crow, un monde ridiculement petit, étriqué par la misère, tourne comme cela, ce maître-ci chamboule tout. Avec une phrase. Une phrase tout bête, tout simple. Un peu agacée, soufflée avec la discrétion du complice. Et ce chamboulement a l'odeur de l'espoir qu'on enterre trop vite, par peur, par méfiance. On le fourre sous terre, loin, loin de la vraie vie, loin des déceptions amères, de la rengaine des injustices. Alors, en quelques secondes à peine -le temps de l'hésitation, du souffle brisé- Crow jette par dessus bord l'utopie. La complicité prend des allures de traîtrise.

    La traitrise entraîne alors cette bonne vieille amie. La rage. Crow se crispe. Il y a un piège. Forcément. Séduire pour mieux frapper, le perfide. Et dans son aveuglement un peu sot, l'ami devient l'ennemi. Danse de masque. Malpertuis joue le bon, mais n'est-ce pas que la figure mensongère du manipulateur ? Pour mieux frapper, il faut encore flatter. Le corbeau, qui -une seconde, un instant- avait laissé apercevoir le regard surpris de l'amitié nouvelle, se renferme.

    -D'la chance ? Ha ! C't'une blague ? J'sais bien qu'vous jouez l'délicat, mais z'êtes pas différent d'l'aut' endormi !

    Aboiements maladroits de la colère qu'on voudrait justifiée. Convaincs toi donc toi-même, tête de piaf. Agité, le regard fuyant et le bec mauvais, Crow se voudrait rapace quand il est charognard. Il n'attaque que la proie déjà au sol, qui, généreusement, avait d'elle-même tendu le cou. Dans la sottise de son entêtement, on sent le désespoir du blessé, de celui qu'on jette dans la boue, qu'on moleste. On sent la crainte du fouet, la crainte des autres. Le corbeau solitaire a les ailes en sang, et sous les plumes poisseuses, la figure du triste sourire.

    Et puis, comme pour outrager plus encore la fleur que faisait Malpertuis, Crow obéit, et fait volte-face. Crache puis prend ce que l'on tendait. Ingratitude amère mais toujours souriante, il monte en vigie, souple et vif. Sur le point traîne le torchon, dernier affront abandonné, trempé et sale.

    Les jours passent vite, ils ont le goût de l'irrévérence un peu acide. Au bout du cinquième, un corbeau s'écroule dans un coin du pont. Dos répugnant, comme toujours. Plaies à vif brûlants au soleil, dues à la farce de trop. Encore, encore, encore trop. Et le bouffon mutilé halète et sourit, barbouillé de rouge. Il faudra, le soir encore, aller voir le médecin, et prier sans conviction pour passer la nuit. Drôle de danse ironique, Kharine le parfait cavalier. Tout est simple. Le pouvoir est mauvais. Son dos en est la preuve. Et dans cette demi peur de mourir, le corbeau se rassure.

    Au royaume des aveugles, les borgnes sont les rois.



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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Mer 26 Jan - 0:40

Le Khazi sortait de ses gonds avec quelque chose comme de l'insouciance. Une terrible, une atroce et ténébreuse insouciance, qui venait se marquer, indélébile, dans la peau du Corbeau.
Les yeux de Malpertuis étaient irrésistiblement attirés par cette petite silhouette dans un coin du pont, endolorie, poignante, rougeâtre et un peu pitoyable. Avec cette chaleur, il allait attraper un mal quelconque !
Malpertuis essaya de se convaincre qu'il s'inquiétait avant tout d'une éventuelle épidémie, d'une propagation des miasmes dans tout le navire, d'un embarras dont un Maître d'équipage se passerait bien... mais il n'était pas homme à se mentir. Il savait pertinemment qu'il s'agissait de Malpertuis vis-à-vis de Crow, et non pas du Quartier-maître vis-à-vis du mousse.

Ce n'est pas honnête, mon vieux. Pas de préférence, pas de rancoeur ; c'est la règle., pensait-il. Tu t'attendris en vieillissant, rat maniéré, il faudra veiller à ne plus vieillir.

Il sourit à sa propre pensée, songea qu'il décrèterait un de ses jours, dans le palais de son âme, que le temps n'avait plus d'emprise sur lui, qu'il était aussi élégant que le capitaine Nogaret et aussi intransigeant que le Khazi, mais en bien plus beau !
Brusquement, son sourire disparut et il sortit promptement de sa rêverie :

- Jonas !, hurla-t-il. Il n'y a que deux types de fénéants sur les bateaux : les nobliaux qui ont de la dentelle à la place des muscles et du ruban dans le crâne, et les matelots de pacotille qui ne vont pas tarder à être sanctionnés pour leurs mauvais services ! Suis-je bien clair ?

Il fut obéi avec une diligence telle, qu'un profond sentiment de contentement l'envahit. En cet instant, il eût pu défier Louis le mal-aimé* en personne.
Sans doute eût-il été bon apothicaire. Feu son père – Dieu l'eût en Sa sainte garde – avait consciencieusement oeuvré en ce sens. Mais, il en était férocement convaincu et ses entrailles le criaient, il était fait pour être ce que L'Amphitrite avait permis qu'il fût. Sur son pont, il voyait tout ou presque tout. Il gagnait le respect de ses hommes, il amusait ses supérieurs, ou forçait leur estime sans qu'ils parvinssent à le détester. On avait souvent de l'affection pour lui, et quand on n'en avait pas du moins n'avait-on pas non plus d'inimitié. Il anticipait les besoins du médecin, du Maître-canonnier, du Maître-voilier, du capitaine à l'occasion. Il parlait beaucoup, mais agissait à tous coups. Sa brièveté annonçait qu'il allait sévir. Il préférait encourager à punir, mais il punissait sans la moindre hésitation, et avec une implacabilité qui vous passait l'envie de recommencer.
Seul ce petit bout d'insolence sanguinolent, là-bas, pouvait se vanter de s'en être tiré à bon compte. Une fois. Quelques jours auparavant. N'importe qui d'autre pour la même bravade eût regretté d'avoir posé le pied sur ce navire – sauf le jeune Maupin, peut-être... et encore... Qu'est-ce qui t'a pris, Malpertuis ? Il le méritait. Et il aurait bien moyen de remettre en question ton autorité maintenant.... Ne rien laisser passer. Jamais. C'était une règle simple, pourtant !
Néanmoins, Malpertuis n'avait plus eu à déplorer d'incident de ce genre depuis, il semblait que le Corbeau eût déchaîné sa fièvre d'irrévérence contre Kharine – cuisante décision.

N'y tenant plus, le Maître d'équipage parcourut la distance qui le séparait du mousse malmené. Arrivé à sa hauteur, il se pencha vers ce corps tout en longueurs, dont le dos était littéralement labouré. Ce n'était pas beau à voir, et pour le manipulateur d'herbes qu'il avait été, c'était même plutôt inquiétant. Il songea qu'à Tortuga il avait pris soin de remettre à jour ses stocks... Peut-être glisserait-il un peu de cet onguent au médecin, avec instruction de s'en servir sur le chantier sanglant qu'il avait sous les yeux...
Il posa sa main sur l'épaule de Crow et lui adressa un sourire compatissant :

- Ça va aller mon garçon ?



*Louis XV, roi de France actuel


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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Dim 20 Fév - 0:25

    - Ça va aller mon garçon ?

    Charpie de chair, charpie de l'âme. Le corbeau -oiseau de malheur- tord un peu le cou. Il y a dans le craquement des os la sinistre plainte du croassement. Les yeux fatigués, un peu rouges, jaugent le nouveau venu. Dans la bouche crispée, les dents noirâtres crissent.
    Crow, écorché grotesque, serre les poing. Encore. Encore cette amitié presque douce, qui pourtant écorche sa peau. Mensonge. MENSONGE !
    Baignant dans la colère des punis, Crow bouillonne. Sur son dos, le sang brunit, poisseux. Comme la pourriture d'un corps agonisant. Il halète, et entre le mur troué de ses lèvres s'échappe le râle de sa haine.

    -Tu m'veux quoi c'te fois ?

    S'il en avait la force, il le pousserait loin, ce type au visage atroce de l'espoir . Mai les chairs à vifs hurlent le martyr. Paralysé de douleur, l'oiseau sinistre se contente d'un crachat rouge, taché de sang. La masse gluante s'écrase aux pieds de Malpertuis. Sang, haine, colère. Il y a dans la salive vomie la rage des impuissants. Mais aussi le sel des larmes. Paranoïa du mal-aimé, Crow fuit, terrifié. La douceur a l'âpreté du fouet. L'idiot, il craint un peu l'amère déception qui se profile sous les espérances. Alors, sous le masque grimaçant de son irrévérence forcée, il étouffe les ailes qui se débattent sous sa peau.

    -Ça t'amuses ? T'penses aux mousses pleins d'sang quand tu t'sens seul ?! Hein ?

    Hais moi. Hais moi. Comme tous les autres !

    Mais qu'attend-il, cet abruti, pour le haïr ! Le frapper ! Comme Kharine, comme les marchands qui hurlaient ! Mais qu'attend-il pour l'abandonner !

    Comme elle...
    Oui, Malpertuis est comme tout le monde. Un jour, il jettera le gosse inutile et gênant. Et il se retrouvera seul, dans la rue ! A tambouriner à la porte, en larmes ! Et ses poings, si petits, si petits, s'écraseront contre le bois ! Mais il n'y aura personne...

    Crow hoquète presque. Le délire de ses souvenirs cesse, mutilé par le rire cruel de son masque. Seule la peur reste, alimentée par les bribes encore frêles de ses traumatismes.

    Oui, qu'il fasse comme tous les autres. Qu'il l'abandonne, comme on jette à la mer les linges tâchés de sang. Et sur le pont, il ne restera au final que la carcasse sanglante d'un corbeau mutilé.

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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Dim 20 Fév - 2:03

Il y eut clairement en Malpertuis deux voix qui s'affrontèrent violemment. Il n'avait jamais plus été secoué de la sorte depuis la mort de Laure, même quand il avait dû défendre sa vie au prix de la vie des autres, même quand il avait dû faire battre un homme sur le pont pour la première fois.

Après le crachat du Corbeau, un silence sembla s'abattre sur eux, les courbant pareillement. Malpertuis leva la main, prêt à donner à ce petit idiot la leçon de sa vie. Alors on tend la main et elle nous revient mordue ? Cette fois c'était aller trop loin. Il avait des égards pour qui ne les méritait pas. Il ne pouvait au fond blâmer que lui-même : il n'en serait pas là s'il n'avait pas laissé faire auparavant. Voilà ce que l'on récolte, quand on sème la faiblesse.
L'oiseau allait connaître sa douleur.

La main se leva donc vivement, puis s'arrêta pour finalement retomber.

Eh quoi ? Lui donner ce qu'il voulait ? Lui donner raison ? Ce serait encore trop d'honneur. Malpertuis faillit rire tristement ; il choisit d'exploser. Il saisit les épaules du mousse et planta son regard clair dans les yeux du rouquin.

- Mais tu es vraiment idiot, ma parole ! Cria-t-il presque. Ecoute-moi, oiseau de malheur, et descends du nuage acrimonieux dans lequel tu restes visiblement empêtré ! Tu m'as l'air plutôt futé, mais tu agis avec autant de jugeotte qu'une fille amoureuse – quoiqu'elles soient capables dans ces affaires-là d'une efficacité redoutable, mais là n'est pas le sujet. Je ne te dis pas de m'agréer, ma chose semble au-dessus de tes forces, mais au moins d'agir dans le sens de ton intérêt, bon sang de bois ! Comment peut-on avoir autant de culot avec si peu de muscles ?! Regarde l'état dans lequel tu es ! Et le Khazi n'est qu'en partie responsable ; il n'a rien fait qu'appliquer ce qui s'applique quand on agit comme tu l'as fait ! Je devrais faire de même, peut-être que ça te passerait l'envie de jouer au malin alors que ta vie vaut, sur ce rafiot, à peine plus que rien ! Seulement tu es définitivement idiot ou décidé à mourir, et moi je ne vaus pas mieux puisque j'attends toujours le moment où la lumière va se faire entre tes oreilles !
Alors pour l'heure tu la fermes et tu me laisses voir ça, vu ? Ça serait insupportable de laisser un sot mourir sottement sur le pont de MON navire.
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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Dim 20 Fév - 2:37

    Le corbeau voit l'ombre d'un rapace. Une main sèche cassant les rayons affamés du soleil. La respiration se bloque. Enfin. Enfin ! Qu'il frappe, qu'il frappe fort. Le sot terrifié exulte d'avoir raison. Oui, qu'on le trahisse avant qu'il ne s'attache. La tendresse ne sera alors qu'une erreur, une chimère qu'on balaie d'une gifle. Il est si simple de fermer les yeux, de se boucher les oreilles. Et devant la figure douce, il ne voit que la perfidie. Alors que le coup soit fort. Cruel. Cruel comme ceux du fouet. Comme le Khazi. Que Malpertuis, oublie les charmes parisiens pour la froideur Sibérienne.

    Mais, touché en plein vol, le rapace aux ailes alourdies -tendre mélancolie ? s'écroule. Mollement. La main retombe. Tête de piaf vide, Crow fixe, abasourdi, cette lente chute.
    Le bec ouvert.

    Et puis, ras de marée, Malpertuis en parfait acteur monologue avec panache. Le corbeau avalé par la vague de paroles reste coi. Ailes ballantes, les yeux ronds.
    Il ingurgite la masse d'informations.

    Le masque se décroche un peu. Dans les yeux mauvais, lueur fragile. Perle de rien, sale, mais bien là. Au fond des futaies. L'oiseau grotesque, secoué, balloté, entend. Il n'écoute pas seulement. Et dans les mots grondés, il y a la sollicitude. Sous la couche tristement drôle du maître d'équipage, Crow sent presque la caresse de l'inquiétude. Il étouffe. Non.

    NON !

    Perdu, perle dans les yeux, l'oiseau se décroche, trébuche en arrière. Il rampe un peu, fuit. Non... Sous le masque, le masque dur et souriant, il sent un poids. Celui des larmes.

    - T'vas la FERMER oui ?!

    Croassement suraigu. Plainte terrifiée du charognard en lambeaux. Les mains sales, le dos en sang, l'oiseau mutilé battrait bien des ailes. Mais c'est avec ses propres dents qu'il en arrache les plumes.


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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Dim 20 Fév - 3:06

Il y avait le tutoiement – cette bataille-là, Malpertuis ne songeait même pas à la mener. Il y avait cet ordre désespéré. Il y avait cette fuite. Le mousse regimbait, refusait d'admettre que les mains ne servent pas toujours à griffer, à cogner ou à tordre. Il lui échappa, il sembla une chenille – si maigre, si long, grandi trop vite – sur le pont de L'Amphitrite. Il y avait tout ce qui pouvait porter au mépris ou à la colère. Pourtant Malpertuis ne sentit qu'une singulière tristesse.

A Paris, les gosses des rues n'étaient pas sans ressemblance avec ce gosse-là. Elevés comme ils pouvaient, sales, impolis, brutaux, toujours saignant de quelque part, volant, fuyant... Combien de fois Malpertuis avait, par charité, donné quelque pièce à un de ces malheureux, pendant que son petit copain volait sa bourse ? Combien de fois il s'était fait insulté malgré sa bienveillance ? Une fois, une seule, il avait attrapé par le collet un des petits voyous parisiens, et l'avait soulevé de terre... le jeune malotru avait bousculé Laure. Mais quand il avait voulu lui coller la gifle de sa vie, Malpertuis avait vu dans ces yeux-là, yeux de chat, l'attente résigné de la douleur. Aucune larme, aucune peur, juste la certitude que cela allait advenir et que c'était là l'ordre des choses. Malpertuis avait lâché l'enfant qui tremblait sans un mot, plus proche du jeune animal battu que de l'homme qu'il faudrait devenir.
Il y avait aussi tous ces gosses que l'on mutilait à quatre ou cinq ans, pour qu'ils mendissent toute leur vie – du reste souvent brève. Boiteux, aveugles, manchots... La cour des miracles. L'horreur muette. Souvent, plus souvent qu'on ne le croyait quand on le connaissait, le rire avait déserté le coeur de Malpertuis.
Le Corbeau se tenait là, rampant, avec sa mutilation invisible. Le Parisien ne s'y trompait pas : il y avait quelque chose chez le mousse qui boîtait.

Malpertuis se releva, fit deux pas pour rejoindre Crow, s'accroupit à nouveau près de lui. Il repoussa machinalement de son visage une mèche blonde échappée du catogan, soupira, considéra une seconde ce visage tordu de crainte ou de haine – ou de rien de tout cela. Finalement, ayant soupiré encore, il dit :

- Tout le monde voudrait me faire taire, depuis que je sais parler. Mais personne n'y est encore parvenu. Alors sans vouloir te vexer, ce n'est pas toi qui va commencer, l'oisillon.

Il se pencha un peu, pour se rapprocher. Il parlait doucement, comme il eût parlé à un jeune chien, ou à un cerf blessé. Il apprivoisait, peu importait que l'autre comprît ce qu'il disait, tout était dans ce murmure qui se voulait rassurant, qui se voulait protecteur :

- Allez, viens là... Je ne te laisserai pas dans cet état-là... Allez...

Il tendit lentement la main, paume vers le haut, paume ouverte comme pour donner et non prendre, vers le corps osseux et sanguinolent.

- Allez..., répétait Malpertuis. Allez... fiston...
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Crow

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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Dim 20 Fév - 22:41

    Fiston...

    Corbeau recroquevillé, Crow relève les yeux. Lèvres sèches, perles fuyantes. Ses bras -maigres ailes déplumées- tremblent. Fiston. Fils. Enfant.
    L'orphelin.
    L'oiseau voudrait parler. Hurler, insulter. Mais le silence se fait derrières les dents noires. La gorge aride se tait. Devant la simplicité des mots, le masque baisse les yeux. Crow, animal acculé, ne mord plus. Les crocs muets brassent de l'air.
    Fiston...
    Il y a dans ce simple mot la douceur d'une peau de lait, les reflets d'encre, et la bouche coquelicot. Il y a dans ce simple mot les promesses de la putain souriante. C'est loin, maintenant. Si loin. Crow a craché sur les souvenirs. Etouffés par la moiteur lugubre de Tortuga, les rêves sont morts. Morts avec elle. Le masque en rit presque. Elle ! La traitresse !

    Mais lui...
    Dans le visage doux, Crow voit la dure tendresse des hommes bourrus. Ceux aux mains calleuses qui attrapent les corps moelleux des enfants. Des leurs. Et, lorsque celles du pirate se posent sur les épaules poisseuses, l'oiseau entraperçoit les pères rudes mais attentifs. Les pères qu'il observait de loin, du haut de ses perchoirs. Père. Un de ces mots qu'on ne comprend, mais qu'on répète machinalement. Père. Crow esquissait du bout des lèvres ses chimères. Mais, une fois le mot soufflé, le délire fuyait dans la nuit tombante. Il fallait courber l'échine, et aller se faufiler dans une ruelle, pour attendre le matin.

    Fiston. Le bec en suffoque presque. Fiston. La bouche maigre se tord un peu, et sculpte entre ses chairs craquelées l'appellation. Fiston.

    -T'fais erreur. J'suis orphelin moi.

    Plainte terrible. Sous l'affirmation, la supplication. Je suis orphelin, moi. Regarde moi, toi, le type aux grandes mains. Le masque hurle, mais reste impuissant. Il suffirait que Malpertuis regarde, et voie. Sous le sourire trompeur, les larmes acides.

    Tu fais erreur. Oui. Les seuls camarades des corbeaux ne sont-ils pas que les cadavres aux yeux béants ? Et voilà que le maître d'équipage -nostalgie pour celui qui ne naîtra jamais ? tend la main vers le piaf maigre et sanglant.

    -Pourquoi t'm'aiderais ?


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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Lun 21 Fév - 20:06

Sans doute Malpertuis avait-il dit ce mot-là machinalement, comme il eût pu dire « gamin », « mon garçon », « p'tit gars », « moussaillon »... Pourtant, il avait dit celui-là. Et, à y bien songer, face à cet enfant complètement désemparé qui se recroquevillait sous ses yeux, face à ce maigre corps en souffrance et tremblant de peur, le Quartier-maître n'avait que le désir d'apporter son aide.
C'était un homme robuste, grand mais sans l'excès de ces géants de Withmore ou Kerner, avec du plomb dans la tête et assez d'années passées en mer pour qu'il faille bien trois ou quatre hommes entraînés pour vraiment le mettre hors course dans un pugilat. Ses bras, parcourus de cicatrices, qui ne s'irritaient même plus du sel (qu'en mer on respirait avec l'air et qui collait aux cheveux et aux jours mal rasées), se fussent volontiers refermés sur cette chétivité attendrissante malgré elle. S'il n'avait écouté que cet instinct singulier, ce subit élan protecteur, paternel quasiment, il n'est pas certain que le plus perdu des deux eût été le Corbeau...
Mais on était sur le pont de L'Amphitrite, il y avait des regards, il y avait un poste de Maître d'équipage à tenir, un respect à forcer et à conserver, une retenue d'homme poli (ou du moins élevé poliment, autrefois)...

- Pourquoi t'm'aiderais ?

Ce que j'en sais...
Le rouquin le regardait d'une façon... Malpertuis soupira. Sa main, toujours tendue, commençait à peser au bout de son bras. Pour ne pas grimacer, il se pencha insensiblement, et posa sa paume bien à plat sur l'épaule du mousse. Il prit garde à ne pas toucher l'une des sanglantes rayures qui avaient rudement meurtri une jeune peau ayant mérité de rester douce – sur un bateau pirate, à quoi s'attend-t-on ?

- Parce que tu as besoin d'aide., répondit Malpertuis avec un sourire d'encouragement.

Juste après avoir parlé, il craignit que sa phrase fût prise ironiquement... en ce cas tout serait à recommencé, ou pire, tout serait perdu. Il s'empressa d'ajouter :

- J'ai été marié, autrefois. Avant... avant tout ça. Il désigna d'un geste vague le pont et les mâts. Elle était fine, mince comme une corde. Je n'ai jamais vu cheveux plus longs ni yeux plus bleus. On aurait dit un petit oiseau tremblant d'avoir pris la pluie...

Il y avait des années que l'évocation de Laure ne lui avait plus provoqué de larmes. Mais il y avait des années que Malpertuis n'avait plus évoqué Laure que pour lui-même, dans le silence de sa pensée et de sa souvenance. C'était bien la première fois qu'il reparlait d'elle, et en des termes qui lui semblaient trop peu évasifs. Ses prunelles claires luisaient. Il y eut chez lui plus une ombre de profond chagrin qu'un rembrunissement. Ce n'était pas une douleur vive, c'était de ces tristesses qui ont déjà de l'âge, mais desquelles on ne guérit pas. Le passé qui jamais ne passe.
Mais qu'est-ce qui te prend, roi des bavard ? C'est qu'un gosse... C'est qu'un gosse perdu à qui tu tends une dague pour qu'il te l'enfonce entre les côtes. Tais-toi ! Tais toi !
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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Mar 15 Mar - 23:47

    -J'suis pas vot' femme. J'pas b'soin d'aide. Ni d'vot pitié.

    La voix, un peu morte, se perd sur la langue râpeuse. Il n'y a plus dans les protestations que la fatigue des oubliés. Oublié par la vie, la Fortune. Oublié par une femme aux courbes laiteuses. Oublié par tous, laissé sur le bord du chemin. Comme on jette un linge. Crow, les yeux baissés, la peau tremblante d'avoir trop souffert, n'ose vraiment le regarder. Comme un enfant prit en faute, il sent qu'on vient de lui souffler l'intime. Passé fébrile de l'homme qui sourit, peut-être pour mieux sécher ses larmes. Il laisse glisser ses doigts rouges, coquelicots maigres, sur le parquet veiné.

    -J'vous.... Vous... Pourquoi ?

    L'incompréhension brûle sa peau, ses yeux, ses lèvres. Le corbeau, un peu grotesque avec ses ailes déplumées écroulées autour de lui, se sent tomber. Comme s'il perdait le contrôle de ses mensonges, de ses rires. Sous le soleil de plomb, il se sent mourir, glacé par la peur d'ai...
    D'aimer...?

    Non ! Non... Pas ça. Pas encore. Pas encore !

    Pas la déception. Pas l'abandon. Pas encore...

    Supplique sifflante, croassement triste, les mots de Crow s'écroulent :

    -J'sais c'ment ça va finir... Z'allez fermer la porte. J'pourrais plus. Plus d'maison... Plus qu'la rue.

    Délire nostalgique de l'oiseau mutilé. Les yeux toujours rivés sur le bois sombre, il y a comme l'océan qui brille dans ses yeux.

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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Mer 16 Mar - 0:50

Malpertuis était plus cultivé et intelligent que la moyenne de son siècle. Il avait bénéficié d'une instruction encore rarement dispensée, et sa tête était faite de telle sorte qu'il apprenait vite et bien. Sa profession de pirate lui avait octroyé un autre type de savoir, plus immédiat, plus corporel, plus pratique... Pourtant, il ne comprit vraiment le Corbeau qu'au moment où ces mots, sanglots retenus, l'atteignirent comme un coup : J'pourrais plus. Plus d'maison... Plus qu'la rue. Des images passèrent par son prolifique esprit en foule triste. Voilà donc l'absolue horreur que ce corps meurtri avait connu. C'était donc cela, l'ennemi contre lequel il se débattait et contre lequel il donnait des coups à tort et à travers – Malpertuis, en s'approchant, avait reçu une gifle qui ne lui était en fait pas destiné.
Le Maître d'équipage de L'Amphitrite avança encore un peu plus la main, et la posa sur les doigts couverts de sang du garçon.

- Pas de rue en mer., murmura-t-il, tout à coup étourdi.

Puis, craignant de n'avoir pas été compris, il répéta intelligiblement :

- Il n'y a pas de rue en mer. Si je m'occupe de toi aujourd'hui, Crow... (il marqua une pause) Si je m'occupe de toi aujourd'hui, je ne cesserai plus de le faire, je te le promets. Mais... je ne fais pas de bien aux gens contre leur gré.

Le Corbeau, peut-être encore hagard, peut-être épuisé par la fatigue et la douleur, se laissa réconforter. Malpertuis nettoya les plaies lui-même, mais, alors qu'il achevait ses soins, l'oiseau s'affola soudainement et lui échappa. Le Maître d'équipage le regarda disparaître dans la béance du dortoir, avant d'aller trouver d'Estange pour lui recommander de s'occuper rapidement de ce « touchant idiot ».



Les jours en passant se muèrent en semaines, puis en mois. Crow finit par faire tout à fait partie de l'équipage de Louis de Nogaret, et les rapports qu'il entretenait avec le Quartier-maître étaient de loin les plus pacifiques – hors des liens avec Jacques Maupin bien sûr – dont l'étrange oiseau était capable. En dépit de cela, le roi des bavards dut affronter quelques insolences et provocations qui furent à plusieurs reprises au moment de le faire sortir de ses gonds. Il tint bon dans la résolution qu'il avait prise de ne pas traiter les mousses brutalement – le Khazi, de son côté, maintint lui aussi son cap...
Il y eut un jour où, face à l'irrévérence presque violente (comme un sursaut apeuré d'une nature profonde qu' « on » commence à savoir endormir) du mousse qui, l'instant d'avant, se comportait pourtant docilement, Malpertuis cria. Un autre où il leva la main pour l'abaisser aussitôt. Un autre où il lui lança un regard d'indifférence qu'il jugea lui-même parfaitement blessant. Un autre où il demanda au jeune Maupin d'intervenir, sous peine de véritablement se laisser aller à la fureur... etc.

Un soir, Malpertuis s'accouda au bastingage. Il regarda longtemps les vagues lécher la coque de sa chère Amphitrite, songea à ce qu'il avait été, à ce qu'il eût pu être. Le beau visage de Laure, ses yeux et ses belles mains, le hantaient plus douloureusement que de coutume, ce soir-là. Il commençait à fatiguer. Les hommes s'agaçaient de l'inactivité dans laquelle La Fortune les maintenait, il avait fallu en faire fouetter un. Les vivres se raréfiaient, l'eau était croupie depuis longtemps...* Le roi des bavards n'avait pas le goût de s'adresser aux embruns, ni aux étoiles, ni à lui-même. Il n'avait même pas – ce qui peut paraître improbable – l'évident désir de parler. Finalement, il soupira, comme si l'Océan remuait dans sa poitrine.

Un froissement derrière lui le fit se retourner brusquement. Sur le pont quasi désert – il entrevit la silhouette de Asturias, près de la proue – le Corbeau se tenait là, un peu gauche, et le regardait étrangement. Pendant un instant, Malpertuis fut tenté de se laisser aller à son éreintement et à son irritation : venait-il là pour le narguer ? Ce n'était vraiment pas le soir.
Mais il décida – héroïsme de l'épuisement – de s'efforcer à une ultime bienveillance :

- Tout va bien, gamin ?, demanda-t-il sans avoir la force de sourire.

Puis, sans attendre une réponse, infiniment las, il reposa ses yeux sur la nuit et la mer couleur de nuit.


* On se situe désormais juste avant l'abordage du Libertad.



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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Sam 19 Mar - 15:19

Playlist : Raphaël – Caravane

    La nuit est tombée sur le pont de l'Amphitrite. Chape d'encre, qui coule, tâchant un peu les vies écorchées. Les corps rares, lourds et fatigués, se trainent parfois sur le bois sombre. Les matelots ont des allures fantomatiques, ombres d'eux-même, de rêves de pillages et de conquêtes. Comme des chimères, les muscles tirés, ils rampent sous la Lune. Entre les rares silhouettes sombres, le corbeau observe l'immensité étoilée. Le sommeil le fuit, malgré la fatigue, le corps meurtri, le cœur tremblant. Dans le dortoirs oppressant et humide, Crow crut qu'il allait mourir. Alors il était sorti, entre les pirates avachis, presque crevés. L'odeur de sueur, de sang, colle encore à ses narines. Il inspire, plus évanoui que vivant, une grande brassée d'air. Les embruns caressent sa peau mutilée, l'iode se coule dans sa gorge sèche.

    Enfin, il respire.

    Ses pieds -nus, toujours- sentent sous leurs plantes la dureté rêche du bois, presque douloureuse. En même temps, si rassurante. Il y a dans cet impassible pont le calme terrible des invincibles. L'Amphitrite périr sous les flots ? Impensable. Déesse tranquille, elle rugit pourtant contre les menaces, fière et farouche. Maison branlante, cependant, pour le jeune charognard. Le mot, le refuge encore hésitant. Il sent sous lui le pont, comme on sent la douce sensation d'un chez soi. La peur, pourtant, continue de gronder. Sous les masques riants, le corbeau tremble.

    Il se souvient des mois précédents, esquisses, peut-être, d'amitié...? Il y a la fuite, encore, toujours. Le corbeau fait un pas, mais recule de trois. Valse torturée d'un père et d'un fils ? Malpertuis, la mélancolie joyeuse, a supporté ses farces. Un cri, à peine. Une main qu'on lève, autorité frustrée, puis qu'on abaisse. Crow a tout vu, les pupilles vacillantes. L'agressivité au bord des lèvres, il vomit sa peur phobique des sentiments.

    Mais ce soir, étrangement paisible entre les ombres et les souvenirs, il reluque un peu la Lune, sourire en coin. Celle-ci, il la préfère. Le soleil, lui, a la sale manie de lui brûler la peau, d'écorcher ses muscles raidis par l'effort. Blanche et paisible, la Lune, quoique frustrante dans sa neutralité, le calme.

    Un peu plus loin, seule silhouette immobile parmi les formes mouvantes. Crow plisse ses yeux, habitué à la vigie. Mais ce n'est plus l'horizon qu'il scrute. Il reconnaît bien vite le dos familier, qu'on observe du coin de l'œil, comme un gamin pris en faute. Il hésite un instant. Aller lui parler ? Si c'est pour cracher, encore, sa bile terrifiée... Et puis, Crow l'illettré, parle aussi mal qu'il pense. Les mots fusent sur sa langue, ou buttent, sans qu'il les contrôle. Mâchonnement frustré du piaf un peu bête.
    Mais après tout... De sa démarche voutée, il claudique vers le maître d'équipage.

    - Tout va bien, gamin ?

    Il y a sur les lèvres une raideur surprenante, presque nostalgique. L'oiseau frissonne. Si tout va bien... ?

    -Oui. Mais... Vous ?

    Les mots sont soufflés, presque trop vite. Comme honteux. Hésitation affective. Crow ne voit déjà plus les yeux de Malpertuis, et y devine pourtant le reflet de la tristesse. Il baisse les siens, pauvre gosse un peu perdu face à ce cœur qui se serre.

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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Dim 20 Mar - 19:47

Malpertuis craignit de n'avoir pas bien entendu. Il se retourna vivement vers le garçon, fronça les sourcils, l'interrogea inutilement du regard. L'obscurité empêchait qu'ils se vissent bien.
C'était improbable. Mais... vous ? Etait-ce vraiment de l'intérêt, presque de la sollicitude ? Jamais le Corbeau ne s'était montré suffisamment attentif à quelqu'un – hormis Jacques Maupin – pour en venir à demander sincèrement comment on pouvait bien se porter.

Assez brusquement, le Maître d'équipage, que cette possible moquerie endolorissait d'avance, saisit le mousse par les épaules. Il plongea ses yeux dans ceux de l'oiseau de malheur venu une fois de plus, peut-être la fois de trop, le provoquer.
Fallait-il que le monde fût fait de telle sorte que la tendresse que l'on avait témoigné nous revînt toujours sous la forme d'un coup, nous abattît et nous laissât pour mort ?
Fallait-il qu'elle disparût ? Que la vie rêvée, presque obtenue, lui fût refusée ? Que la Seine coulât trop loin pour que – il ne se faisait pas d'illusions – il ne la revît jamais ? Fallait-il que ses bras ne servissent à plus rien que frapper qui n'obéissait pas ?

Quoiqu'il tînt fermement le Corbeau par les épaules, Malpertuis tremblait comme si ça avait été lui, le jeune oiseau. Tout ne dura qu'une poignée de secondes :

Il voulait crier. Du moins parler, comme toujours, pour noyer de paroles une situation qui lui échappait. Le sable mouillé est plus compact et tient mieux dans la main. Sa bouche s'ouvrit deux fois, pour se refermer sans qu'aucun son n'en sortît. Il secoua la tête.
Le regard du Corbeau, qu'il devinait maintenant que leurs deux visages étaient proches, luisait de surprise, peut-être même un peu de crainte, mais ni d'agressivité, ni de moquerie. Le gosse en était soudain parfaitement un. Malpertuis eut la sensation qu'un chaîne accroché quelque part entre ses côtés étaient tirée d'un coup sec.
Il céda.

Il lâcha les épaules de Crow pour les entourer de ses bras, il attira à lui le rouquin mal peigné et abasourdi. Et, alors qu'il serrait ce corps tout en longueur contre le sien, musclé par l'effort et pourtant soudainement creusé d'un chagrin que cette nuit-là avait ranimé, la chaleur un peu rétive du mousse le réconforta.

Malpertuis ne pouvait plus parler, mais il souhaita de plus profond de lui-même que le Corbeau ne se débattît pas.

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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Dim 20 Mar - 22:01

    Dans le silence presque mort de la nuit, le souffle se brise. Crow sent des bras l'empoigner, ceux là même qui l'avaient serré un peu plus tôt, non pas avec cette douceur douloureuse, mais avec brusquerie. Pourtant, c'est à présent la tendresse maladroite qui entoure le corbeau. Il songe un instant -brève peur du solitaire- à repousser ce corps et à fuir. Mais une peur plus tenace encore l'en mpêche. Comme un étau tiède.

    La peur de l'abandon.

    Alors, doucement, presque méfiant, le corbeau lève ses propres bras. Meurtris par la vie, ils se plient, encore hésitants. Puis, finalement, se posent sur le dos du maître d'équipage. La peau frissonnante, rouge de sang et de soleil, sent la caresse du tissus. Les doigts s'y agrippent.

    Crow ne sait pas trop ce qu'il se passe. Le masque a glissé, encore intact, le long du visage. Le voilà qui roule au sol, contemplant la scène. Son rire acerbe résonne, sans bruit, sans écho.
    Il n'écoute plus.

    -Ça... Va mal.

    Ce n'est pas une question. Juste une remarque, lâchée un peu tristement. Si Malpertuis va mal alors, qui pourrait aller bien. Le sourire éternel qui s'effrite ne laisse plus place qu'aux regrets. Il n'a pas même répondu à la première demande de l'orphelin. L'inquiétude flotte sur le cœur effrayé. Les mains tremblent sur le dos qui semblait immense. Il faudrait qu'il parle, qu'il dise quelque chose, que le silence soit brisé par cette voix si rassurante.

    -Pou...rquoi ?

    Oui, pourquoi ? Pourquoi vous ? Crow, comme un fils observant son père en larmes, perd pied. Si les grandes mains puissantes perdent de leur superbe, et viennent serrer la peau mutilée du gamin, alors...

    Alors qui le soutiendra, lui ?

    Et puis, doucement, certitude étrange pour celui qui fuit les sentiments...

    Crow se soutiendra seul, pour cette nuit. Les doigts tremblants deviennent plus fermes, empoignent le français trop peu bavard. Trop peu lui même.

    -Ça... Va aller. J'suis.... Là.

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MessageSujet: Re: [Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]   Mer 23 Mar - 19:58

Le Corbeau se tint tranquille, et même, permit à ses ailes une étreinte.

- Ça... Va aller. J'suis.... Là .

Il faisait bon serrer contre soi un corps qui, de toute sa maigreur, de toute sa fragilité, voulait vous soutenir... Il y avait quelque chose de touchant.
Oui, il était là, ce gosse perdu qui lui en avait fait tant voir ! Il était là, mais que pouvaient ses épaules ? Pauvre ange...

Malpertuis se redressa un peu, se détacha un peu de l'adolescent, puis passa ses mains dans les épis roux que la nuit avait foncés.
Il avait une place à tenir.
Il considéra qu'à partir de ce jour-là, ce gamin serait le sien. Il eut la conviction qu'un homme n'en est vraiment un que lorsqu'il a quelque chose à garder, à protéger. D'abord une jeune femme, puis un bateau... Mais un bateau c'est fait de bois, ça ne sanglote pas, ça ne rit pas non plus.

- Un petit moment de faiblesse. Assura-t-il.

La parole lui revenait. Il se sentait redevenir lui-même, il s'efforça de faire passer son bref abattement pour une risible lassitude. Comme cela sonnait un peu faux, il sembla touchant :

- Tu t'imagines peut-être que je pleure sur mon sort, que je me lamente comme un milord enrubanné, bel oiseau ? Je suis un pirate maintenant, un frère de la côte ! Depuis... depuis... ouuuuh, ça ne nous rajeunit pas cette histoire ! M'enfin tu ne devais pas être bien haut quand j'ai rencontré le capitaine la première fois. Crois-le ou non, le capitaine apprécie que je parle, lui. Tu n'aurais pas maigri ? Je veillerai à ce que tu manges un peu plus, on a besoin de bras ces temps-ci. Remarque je te comprends... ce n'est pas terrible ce qu'on mange ces temps-ci... Un jour je t'emmènerai dans une petite taverne parisienne, vers Saint-Germain-l'Auxerrois... Une merveille ! Ils y font une poule au pot, à s'en remplir la panse pour un mois ! Ah Paris ! Paris sous le ciel ! Paris, luisance de l'occident, beautés et élégances, bel esprit, théâtre et mode ! Ah !... Qui meurt sans l'avoir vu a tristement vécu ! Il est bizarre l'ami Zirka ces temps-ci... 'parle pas beaucoup. En même temps personne ne parle vraiment sur ce fichu navire ! Le capitaine se défend à la rigueur, mais Kingslor, d'Estange et tous les autres là ! Est-on vraiment obligé de faire sa tête de sombre boucanier en mal de conquête et de sac, hum ? J'te jure...

On le sait, mais il est bon de parfois de se répéter : Malpertuis est intarissable.

- Bon après on ne va pas se plaindre non plus ! J'ai un peu officié dans la marine officielle – avant qu'ils sachent que je ne suis pas exactement catholique – et je vais te dire... à côté on est des Versaillais ! Et vas-y que je te réveille en pleine nuit alors que c'est pas ton tour de veille ! Et vas-y que je te donne du bâton pour rien ! Et vas-y que je te traite d'incapable devant tout le monde ! Nogaret c'est presque un tendre, à côté !

Et comme, finalement, le Corbeau levait les yeux au ciel d'un air impatient, Malpertuis s'interrompit pour lui dire :

- Ohé, l'oisillon... Rien à voir mais... Je suis content que tu existes.
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[Flashback] Qui m’effleure m'érafle [PV Malpertuis]

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