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 "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."

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MessageSujet: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Lun 6 Déc - 17:48

* titre issu de Britannicus, de Monsieur de RACINE


Six jours.
Ana parfois se croyait là depuis un siècle, parfois depuis quelques heures. Les murs, les objets, l’ordre et le désordre de la cabine du capitaine Nogaret commençaient à lui être familiers, et si cette idée l’avait d’abord insupportée, elle avait fini par s’y résigner. Elle vivait là, dormait là, mangeait là, depuis six jours.

Étrange palais pour une étrange princesse. Tantôt priant, tantôt lisant, la Bible surtout, Ana croyait de plus en plus fermement que sa captivité était une épreuve que le Ciel lui envoyait. Elle ne ploierait sa noble tête que devant ses seigneurs, mortels ou immortels, c’est-à-dire le roi du Ciel, celui d’Espagne et celui de sa race : Dieu, Carlos III de Bourbon et don Armando de Armerin, son propre père. Elle se répétait cette liste comme pour obtenir de chacun d’eux la force d’agir selon sa naissance et leur volonté.
Deux vers de Charles d’Orléans lui revenaient souvent depuis l’abordage du Libertad, et plus souvent encore quand elle ne trouvait pas le sommeil dans l’étroite couche de la cabine :

« Ne heurtez plus à l’huis de ma pensée,
Soin et souci, sans tant vous travailler ! »


Tout autre qu’elle, sans doute, eût regardé à la dérobée le capitaine à sa table, eût cherché une faiblesse, eût agi de manière à ce qu’il s’adoucît. Mais Ana était restée, en six jours, égale à elle-même : droite, royale, calme et silencieuse, sauf quand les questions étaient directes et que n’y pas répondre eût équivalu à faire un affront.
Elle se refusait à le haïr : c’eût été lui faire trop d’honneur. Elle s’évertua à le mépriser, dans les regards, dans la brièveté des réponses, dans l’absence totale de faveurs sollicitées. Elle s’était contentée de ce qu’on lui avait donné avec une patience et un ascèse de philosophe ou de Dame de chansons courtoises. Elle s’était montrée sourde aux courbatures dues à un mauvais sommeil, sourde aux douleurs de ses entrailles qu’elle maintenait dans la faim. Ces six jours l’avaient un peu amaigrie, et dans sa robe noire, sans autre bijoux que son anneau d’or et son chapelet de nacre, elle paraissait un tableau espagnol de l’Escurial.

Ne heurtez plus à l’huis de ma pensée…
Elle le méprisait, mais elle devait reconnaître que, chacun des six jours qu’ils avaient été forcés de passer l’un près de l’autre, il avait agi en gentilhomme, chacun des six - s’il était concevable qu’en gentilhomme retînt une femme de bien contre son gré. A aucun moment lui, l’haïssable lui, lui qui se trouvait là, à quelques pas d’elle, n’avait atteint à sa pudeur, à sa foi, ou à quoi que ce soit d’autre. Il s’était montré obligeant dans la mesure où il lui avait rendu son indifférence à la perfection. Un reste de sa noblesse d’autrefois, sans doute.
Non, Ne heurtez plus à l’huis de ma pensée…

Pour chasser ce vers qui la tourmentait, Ana feuilleta son recueil de poésie française pour trouver les pages concernant Charles d’Orléans. Elle tenta de s’y plonger, d’occulter tout à fait l’immobile Nogaret qu’elle eût volontiers envoyer au diable si cela n’avait pas été blasphémer.

« En verrai-je jamais la fin
De vos œuvres, Mélancolie ? »


Par tous les saints du ciel ! Avait-il donc écrit pour elle, cet homme-là ? L’impatience commença à gagner le front de la jeune duchesse qui se voulait si imperturbable. Que ne sortait-il pas, plutôt que de feindre d’être un homme de lettres ?! A quoi cela sert-il, de lire un sonnet, quand on vient de ravager un navire et d’en massacrer les occupants ? Quel goût de la beauté peut-on avoir ? Quelle appétit du savoir ? Qu’il sorte ordonner les rangs de ses soudards et de ses rustres, afin qu’elle puisse respirer mieux, appeler Dieu à voix haute, chanter même : « En verrai-je la fin ? » !

Ses doigts jouaient nerveusement dans la mousseline noire de sa robe. Elle feignit d’être distraite par un cri qui lui parvint du pont. Elle crut reconnaître la voix du second donnant quelque ordre qu’elle ne comprenait pas. Elle se morigéna. Il était hors de question de paraître mal à son aise. Pour se mieux concentrer, elle murmura les vers qu’elle lisait, espérant par là qu’ils l’empliraient et la déroberaient à ce sixième jour - insupportable et pourtant supporté. Finalement, sans qu’elle sût au juste qui de la crispation, de la fatigue, de l’agacement ou de l’envie de rompre le silence, était à l’origine de son élan - bénin si l’on y songe ! - Ana prononça à voix haute :


- « En verrai-je jamais la fin
De vos œuvres, Mélancolie ? »


Elle fut elle-même si surprise d’entendre sa propre voix qu’elle tourna la tête vers Nogaret, comme espérant qu’elle avait rêvé. Croirait-il qu’elle s’était adressée à lui, qu’elle tendait une main, qu’elle cherchait la paix ? Qu’il n’y comptât pas ! Ana pâlit, ce qui se remarqua peu, tant ces six jours de captivité l’avaient rendu marmoréenne. Elle sembla plus que jamais une reine statufiée à l’ombre d’une orangerie.
La peste soit du sixième jour !…


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Louis de Nogaret

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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Mer 5 Jan - 22:48


    En ce sixième jour, reflet blanc des cinq autres, Louis de Nogaret avait passé de longues heures sans daigner la voir, l’isolant dans un silence inquiet, craignant – oui, craignant – le jour où leurs regards, braises dormantes, se croiseraient trop longtemps. La vie sur l’Amphitrite avait repris son cours, paresseusement. Il avait laissé ses matelots paillarder à leur aise, deux nuits durant, en honneur de cette conquête trop chèrement acquise. Et puis le vent avait gonflé les voiles, et il avait fallu partir … Depuis ce jour-là, Louis de Nogaret regrettait cette clémence intéressée – et cela lui donnait des raisons nouvelles de maudire cette place occupée en dépit de tous, où il croyait trouver la liberté et y sentait chaque jours les chaînes - éternel poids de l'imposture ! Chaque jour, l'aperçevant, altière sans résignation, fière sans grand discours, il avait tu sa colère, et sa seule délectation avait été la pensée que la lettre n’était point encore écrite et que tout était encore possible. Il avait sorti, pourtant, quelques feuilles racornies, une plume qu’il avait taillé, l’air affairé, l’œil torve … Mais la lettre morte trônait encore en cette heure, comme une réticence qu’on ne pouvait avouer. En ce sixième jour, encore, il l'avait regardée, rêveur, et avait ouvert un livre, défiguré par la vie maritime, pour s'y perdre un peu.

    C’était là chose rare et significative pour qui savait observer car Louis de Nogaret était de ceux que les lettres n’intéressent guère, et il lui fallait quelque intérêt dissimulé pour s’adonner au long et fastidieux exercice de lecture. Il lisait … à l’épuisement, pesant mal les mots et les phrases, sans comprendre la pureté d’une phrase, le savant ordonnancement du recueil. Et dans la feinte indifférence pour les choses de l’esprit, il y avait encore chez lui quelque chose de la crainte honteuse, de l’intelligence usurpée. Pour l'heure, le livre qu’il parcourait en distrait personnage était une de ces romances galantes et démodées, que l’on raillait sur le continent depuis maintenant des années. Quand bien même eût-il su que c’était pour la Cour des futilités d’un autre âge, il eût continué à les préférer aux précieux ouvrages de la sensibilité humaine. Question de principes. Il s’en égara le cœur et l’esprit, lisant sans lire, observant la captive, à la dérobée. Elle aussi, elle lisait, et il pouvait déceler en son regard une lueur particulière, comme une passion souterraine et dévorante … Cela l’intrigua.

    C’était peut-être la première fois qu’ils se retrouvaient ainsi, longuement, murés dans leur silence. Jusqu’alors, il l’avait laissée à sa solitude, inversant les heures de commandement, laissant au Khazi une bonne partie du jour et se livrant, quant à lui, à la nuit tombante. Singulier effet de cette inimitié profonde, palpable ! Il lui avait semblé connaître autrement ses hommes, révélés qu’ils étaient dans le calme menteur des tours de nuit ... Mais, fatalité du temps en marche, ces grands soins devaient bien trouver leur terme. Ce fut le sixième jour.

    - « En verrai-je jamais la fin
    De vos œuvres, Mélancolie ? »


    Quand elle laissa échapper ces quelques mots, il leva la tête, aussitôt. Il sentait, désagréablement, qu'il devait n’avoir pas bien compris, et bien qu'il connût le sens de chaque mot, c’était comme si elle s’était exclamée dans une langue qui lui demeurait étrangère ... En sa cabine, cependant, capitaine n’est point subtil, et il ne songea pas un instant à faire la sourde oreille, à laisser ces mots - qui n’étaient pas grand-chose, sans doute ! - planer puis s’éteindre. Cela dura encore un instant – un dernier instant de silence, où l’on eût pu croire qu’ils retourneraient, l’une à sa passion étrange, l’autre à son indifférence ennuyée. Mais à force de patience …

    - Il est bien malheureux, dona Ana, que le voyage vous soit si désagréable. Le jour où l’on saura votre présence à notre bord n’est point prêt d’arriver, vous le savez.

    C’était dit avec calme, sans ironie, sans rancœur. C'était là simple ordre des choses. Et, livre fané à la main, lettre blanche devant lui, Louis de Nogaret se faisait, malgré lui, l’image d’un singulier paradoxe.

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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Lun 10 Jan - 0:07

Ana ferma les yeux un bref instant. Elle songea à toutes les options qui s’offraient à elle : être glaciale et altière, comme la fille d’un duc face à un voleur ; ne rien répondre, comme une victime cherchant - dernier pouvoir - à vexer son bourreau ; adresser un hochement de tête, en espérant que l’importun s’en contenterait et que l’un et l’autre reprendraient leurs occupations. Mais, sans qu’elle consentît à se l’avouer, ce prémisse de conversation provoqua chez elle un soulagement. Quelque chose au fond d’elle ne pouvait se résigner, même au nom de la fierté, à laisser échapper la première occasion de dialogue depuis six jours.

- Loin de moi l’idée de mettre en cause votre sens de l’hospitalité, Capitaine, mais j’ai comme… le mal du pays…

Elle accompagna sa phrase d’un petit rire amer. Les Français disaient : « Faire contre mauvaise fortune bon cœur. ».
Elle ne releva la tête qu’après avoir parlé, et plongea son profond regard brun, souvent noir, dans ceux, couleur d’eau remuée, de Louis de Nogaret. Ce regard, franc et royal, lui avait toujours assuré le respect. Elle évoluait dans des sociétés où, sans que vraiment on l’aimât, on l’admirait unanimement. Elle le posait naturellement et sans faiblir, tantôt y joignant un sourire quand la personne qui le croisait lui sembler mériter sa sympathie, tantôt l’intensifiant d’un froncement de sourcils quand on l’abordait sans tenir compte des convenances.
Cet homme, elle ne l’eût pas même regardé, elle n’eût ni retenu ni demandé son nom, si elle n’avait été sa prisonnière. Ana avait suffisamment de bon sens pour ne pas se scandaliser excessivement du sang que Nogaret pouvait avoir sur les mains. Le siècle était sanglant. Du reste, son père était de toutes les campagnes militaires, son frère pourchassait les navires et leurs forbans. Un chasseur de pirates tue-t-il moins qu’un pirate ? Combien d’exécutions sommaires, de fusillades, combien de « pendu haut et court » ? Qu’ils expient. Qu’ils souffrent. Tels étaient les refrains dont il ponctuait ses phrases, quand on lui demandait des nouvelles des côtes. Qu’ils souffrent comme ils ont fait souffrir les honnêtes chrétiens. Et aujourd’hui ? Sa sœur étant parmi eux, ne souffrait-il pas à son tour, le grand chasseur de pirates ? Sinistre sourire de l'ironie du sort...

Cet homme-là, à quelques mètres d’elle, n’eût rien dû être pour Ana, et pourtant... pourtant... comment nier qu'il lui était tout depuis six jours ?... La constante idée qu’elle lui devait la vie, qu’elle ne pouvait, après Dieu, n’imputer qu’à lui de n’avoir pas connu le sort de sa dame de compagnie, l’infortunée Leonor, la tourmentait.

Combien d’hommes dédaignait-elle, depuis qu’elle était en mesure de le faire ? Le prince d’Azahar lui-même, pourtant loin de pouvoir se plaindre des cruautés de la fille du duc d’Armerin, ne se sentait-il pas irrémédiablement éloigné d’elle ? «  Comme deux étoiles dans le ciel, avait-il dit, qui semblent à l’homme qui les regarde bien proches, mais sont en vérité dans l’impossibilité de se rencontrer jamais. »

La famille d’Azahar voudrait-elle toujours d’une captive des pirates ? Ce noble sang souffrirait-il le risque d’une épousée déflorée - car n’est-ce pas ce que font les pirates aux femmes qu’ils capturent ? La soumettrait-on à un examen ? Non. Non ! Nous n’en étions plus au Moyen-Age ! Non ! Et pourtant… Si c’était le seul moyen de lever les soupçons des Azahar, mais aussi de tous les autres ? Nunca ! Nunca ! Jamais !
Elle reprit d’une voix qu’elle s’efforça de rendre égale :

- Il est autant dans votre intérêt que dans le mien que la… transaction (elle grimaça) ne tarde pas trop. Plus longtemps vous me garderez, plus le risque de voir décroître ma valeur grandira. Mes parents paieront toujours, mais le concours des princes d’Azahar ne durera qu’un temps. Mon fiancé n’aura plus d’intérêt pour ma personne du jour où il aura le moindre doute sur l’honneur que je suis censée apporter à sa Maison…




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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Mar 25 Jan - 23:37

    La vie de pirate ? Une vaste fumisterie portée à son comble, un chapelet de mensonges et mesquineries, toutes liées ensemble par l’intérêt ou la crainte – lacis inextricable. Chacun taisait quelque chose, lourd secret ou trahison en devenir, qu’il enfermait au fond des coffres, des cassettes, et des cœurs. Vie à refaire, quête de liberté ? Baste … ! C’était là misère, solitude, nécessité. Chacun avait ravi quelque chose de son passé pour le déchiqueter, lentement, avec application, aux heures les plus silencieuses de la nuit, et il n’était pas jusqu’au plus humble … Cela faisait six jours qu'il vivait sans cela. Et en ce sixième jour, elle leva son regard vers lui, plongea la main dans ce réseau, vaste et confus, de choses tues et de tristes secrets à prendre. Alors il sentit de nouveau combien il était las, déjà, de sa présence incessante.

    La prise d’otage n’était point sa manière favorite de s’enrichir. Cela nécessitait démarches lourdes et lettres lointaines, à l’issue toujours douteuse. Il se souvenait encore de la fois où il avait appris, bien tard, que le Hell’s Ship avait coulé le navire portant en France quelques précieuses lettres de rançon. Il eût fallu les réécrire, retrouver un navire pour jouer les messagers ... Les otages moururent – par lassitude. Cela faisait des années maintenant qu’il ne s’y était plus adonné – et il le savait, la présence d’une femme, fût-elle princesse, rendait les hommes nerveux. Aussi était-elle restée cloîtrée en cette cabine - et c'était encore un poids de plus que de ne pouvoir la chasser sur le pont un instant à peine. Étonnamment, et bien qu’elle fût belle, il n'avait point senti en ces six jours de ces appétits qui vous tiennent un homme, le travaillent au corps et le rendent à la terre, ivre et hagard. Cela allait sans dire : son port de reine, son silence digne et – agaçant – agacé n’encourageaient point à la bagatelle – et tout appétit à son égard se trouvait comme noyé, sous autre chose. Nogaret y voyait un terrain facile pour un mépris naissant, sans comprendre qu’il touchait là à un autre monde jamais encore effleuré. Lui qui n’avait approché que paysannes, putains et harangères, lui qui parmi les bas-fonds jouait les grands hommes, il était plaisant au fond qu’il ne désirât point une femme du monde.

    Nourrissant ces pensées vagabondes, il l’écouta parler avec l’air d’inquiétude de l’hôte trop étouffé de zèle pour être véritablement désintéressé. L’on aime à croire, pourtant, que le forban se réjouit d’avance à l’idée d’argent à venir ... Il demeura imperturbable quand elle fit mention de l’échange – il parvint même à avoir l’air grave.

    - Loin de mes hommes je puis vous dire que l’argent seul de vos parents suffirait … Combien, criblés d’or, arrêteront sinon leur course ?

    Lui naviguait depuis dix ans, jouant toujours la désinvolture du jeune seigneur faisant son premier tour du monde. L’argent des princes d’Azahar était une bien belle promesse – trop belle, peut-être, pour qui ne méritait plus qu'errance et perdition. Sans doute resta-t-il songeur, un instant, les yeux loin d’elle. Puis, désignant le nécessaire à écrire :

    - Mais vous avez raison, votre place n’est pas ici. J’enverrai une missive par le premier navire espagnol retournant au pays. J’ai besoin d’une lettre de votre main, pour attester autant de votre existence que de votre état.

    Un temps. Il y avait bien une dernière précaution à prendre et à l’idée de l’annoncer à cette fière femme, il eut un rictus. Il ajouta enfin, dardant son regard sur elle, comme présageant d’une protestation à venir :

    - Je vous demanderai également d’écrire en français.

    Puis il s’approcha, lentement. Durant ces six jours, il était bien rare que l’étroite cabine retînt ensemble ces deux prisonniers d’un autre genre – et bien qu’elle lui demeurât familière, avec, à l’exception de la grande malle laissée dans l’ombre, chaque chose en sa place, l’endroit avait pris à ses yeux la couleur de l’étrangère. Ce constat l'agaça.

    - Vous pourrez dire la vérité sur votre aventure, votre honneur préservé. Oserait-on remettre en cause la parole d’une femme comme vous ?

    Et tandis qu’il soulevait la question, avec une fausse naïveté, il y eut un éclat de perfidie en son regard.

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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Mer 26 Jan - 21:59


Comme il s’était approché d’elle, Nogaret était debout et Ana assise. Il baissait les yeux vers elle, et elle levait les siens vers lui. C’était intolérable. Pourtant… pouvait-elle se lever sans marquer d’emblée la réouverture des hostilités ?
Sans doute pas. Et sans doute fut-ce pour cela qu’elle demeura assise pour lui répondre, en détachant soigneusement les syllabes de ses mots :

- Non, Monsieur. On ne l’oserait pas.

Puis, le menton soudain haut comme si elle se fût trouvée dans quelque assemblée composée de courtisans, elle détourna son regard de lui et le posa droit devant elle. Ses longs cils noirs faisaient sur sa joue une ombre délicate ; elle semblait disposée à régner. Mais sur quel royaume ? Oubliait-elle où elle se trouvait ?

Elle parla sur le ton du « bon plaisir » : elle était magnanime et lui accordait une faveur, poussée par la seule force de sa générosité… ou de sa distraction :

- Quant à votre requête je consens à y souscrire, mais point dans les modalités formulées. Je n’ai aucun goût pour les embarras que je cause, sachez juste que les miens ne parlent guère français, et que j’ai l’habitude de m’adresser à eux dans la langue de mon pays.

Elle était d’une parfaite immobilité, semblait se garder tout à fait d’emportements ou de d’abattements qui n’eussent pas convenu au marbre de son front. Pourtant…
Non ! Car enfin, qui était Nogaret ? Au mieux un nobliau déchu, un aventurier raté, un héros pitoyable ! Qui croyait-il tromper, avec sa dentelle fanée et sa distinction qui toujours tintait comme de la fausse monnaie ? Il fallait au moins un empereur pour que le rouge montât aux joues de la fille de don Armando !
Crois-tu cette beauté à ta portée, pirate ? Crois-tu son altération en ton pouvoir ? Crois-tu jamais troubler une âme surplombant la tienne d’aussi haut ? Pourtant…

Mais enfin… pour QUI se prenait-il ?!





Une violente chaleur gonfla en elle brusquement. Un étourdissement presque acide fit monter à ses yeux des larmes de rage. Une ire dont l’ampleur l’effarait prit possession d’elle ; elle voulut cacher qu’elle en vacillait. La fine ligne de sa mâchoire, qu’un léger amaigrissement faisait saillir, la rendait sublime - c’est-à-dire à la fois belle et effroyable.
Elle poursuivit sur un ton calme, quoique sa voix tremblât de colère :

- Que craignez-vous, Capitaine ? Que je vous insulte sans que vous puissiez le déceler ? Que je médise de vous ? Soyez rassuré : les femmes telles que moi ne prennent pas la peine de haïr les hommes tels que vous.

La fureur s’amoncelait, croissait au-dedans de ce long corps vêtu de noir, lui coupait presque le souffle. Elle ne pouvait plus empêcher le frémissement de ses mains, quoiqu’elle ne haussât toujours pas le ton :

- Croyez-vous que je m’amuserais à des plaisanteries déplacées ? Quel injure m’épargnerez-vous ? Toutes les femmes ne sont pas semblables à celles que vous renversez. Elle cria, et sa voix avait la brièveté cinglante du fouet : Mais voyez plutôt !

La colère la submergea. Elle se leva d’un bond, extrêmement droite, et criant ces derniers mots elle tendit vers lui sa main, si fine, si blanche, que l’effort n’avait ni ridée ni abîmée. Sa main accordée à un prince et qui seule, au bout de ce bras impérieux, suffisait à le remettre à sa place : celle du ver à qui ces longs doigts et cette paume veloutée étaient interdits, depuis et pour toujours.

Il la dépassait bien d’une tête, pourtant, elle semblait sur le point de rayer de ses ongles nacrés la joue détestée de cet homme détestable. Ils étaient proches, très proches, sans que cela l’incommodât le moins du monde. En cet instant, elle ne songeait qu’à étancher cette rage qu’il avait déchaînée en elle. Quoiqu’elle prétendît, elle le haïssait. Profondément, depuis le fond de son sang jusqu’aux fibres de sa peau, elle le haïssait. Elle semblait s’empêcher de le mettre à mort par l’épieu incandescent de son regard.

- Dites-moi, Capitaine, lâcha-t-elle comme elle eût craché, si près de son visage, dégageant tout en parlant ses fines canines blanches. Auriez-vous peur de moi ?



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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Sam 29 Jan - 1:04

    Il avait guetté, la fouillant du regard, chaque indice d’une colère montante, mais quand il la vit pousser des hauts cris, c’eût été mentir que de dire qu’il n’était point surpris. Il y avait dans sa requête quelque pragmatisme, un peu éhonté, certes – mais aux yeux d’un pirate, est-ce quelque chose ? Il la laissa dire, immobile, un instant surpris, rapidement agacé. Ces grandes simagrées pour des évidences, ces guirlandes de vanités étalées en grande pompe – sont-ce couleurs pour une femme en deuil … !

    Puis elle se dressa de toute sa hauteur, superbe en ce funeste jour, présentant au regard une main sertie d’une bague. L’homme demeura, silencieux, soutenant son regard – le pirate vit l’or fin qu’il eût souhaité, non pour une quelconque revente, mais pour flatter son orgueil d’un trophée parmi d’autres. Enfin, respirant la haine et le mépris – chose qu’il ne souffrait point, lui qui s’était arraché à ces regards-là – elle cracha :

    - Dites-moi, Capitaine, auriez-vous peur de moi ?

    Pour toute réponse, il fit un pas, lui saisit les épaules, lui fit reprendre sa place. Et sans répondre à sa question, d’un ton qu’il voulut parfaitement calme, et où transparaissait pourtant la colère sous le voile :

    - Vous écrirez cette lettre. Prenez vos airs sublimes autant qu’il vous plaira, mais j'exige de pouvoir la lire.

    Il saisit la plume, la plaça de force dans cette main, fine et blanche, qui eût fait hésiter un autre. Et il y avait, dans ce geste, la dureté aveugle du sacrilège qui profane une idole, parce qu’elle est faite d’or et de pierreries.

    - Peu m’importe ce que vous pourriez dire à mon propos. Je ne crains pas vos singeries de grande dame offusquée. Je puis même – il eut un ricanement – vous fournir un vocabulaire dont vous manquez sans doute - pensez, une femme telle que vous ! - pour exprimer idéalement votre haine pour un homme tel que moi.

    Puis il la lâcha, s’éloigna d’elle, comme par besoin. Cette vie frémissante, avec ses symboles, sa droiture lui était trop étrangère. Et il avait toujours, la voyant, ce désir prégnant de la briser, sans l’oser tout à fait – car il y avait la rançon, attendue par l’équipage, et la curiosité du naturaliste devant bête exotique et somptueuse. Peut-être y avait-il autre chose.

    - Je ne serais ni magnanime ni sensible à votre indignation, si je vous faisais cette faveur. Je serais simplement un imbécile. Vous pourriez lancer quelqu’un à mes trousses – ne serait-il pas plus glorieux de monnayer votre sauvetage … ? – ou nous perdre par une indication trop précise. J’ai le commandement d’un équipage, souffrez que je ne le mène point à la mort avec insouciance.

    Il revint vers elle, se pencha pour mettre son visage au niveau du sien.

    - Aussi écrirez-vous cette lettre. Cela demandera le temps qu’il faudra, mais vous l’écrirez.

    Il se tut alors. Il fallait, pour bien comprendre cet homme, songer à toutes ces insolences qu'il avait fait taire, dans le sang et la douleur, à tous ces ordres qu'il donnait en tant que tels, en bon chef de guerre. Jamais, au grand jamais, Yann Cléguérec ou Louis de Nogaret n'avait eu à se justifier - l'on fouettait l'un, l'on obéissait à l'autre. Et, pensant qu'il avait fait preuve d'inutile indulgence, le capitaine attendait qu'elle daignât s'exécuter. Chargé de la menace sourde des tempêtes à venir.

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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Sam 29 Jan - 23:38


Ana fulminait. Elle pensa d’abord répondre calmement qu’elle ne le haïssait pas, qu’il ne méritait pas ce genre d’affects - mais sa voix en tremblant l’eût trahie. Elle devait bien admettre qu’il ne lui était pas aussi indifférent qu’elle l’eût souhaité.
Sa main, crispée sur la plume que Nogaret l’avait obligée à tenir, était encore irriguée par la rage.
Personne n’avait jamais osé lui parler comme il le faisait.
Personne ne l’avait jamais traitée comme il le faisait.
Évidemment, il s’agissait d’un pirate, on ne pouvait pas s’attendre à ce qu’il lui témoignât des égards, mais dans l’esprit d'Ana il s’agissait d’un homme de condition inférieure - elle ne s’embarrassait pas de détails tels que le statut de hors-la-loi.

Qu’il posât ses mains sur elle l’avait plus surprise qu’indignée. C’était à ses yeux une impossibilité que l’univers n’était pas censé permettre, et que pourtant il avait permise. C’était surtout cet étonnement qui l’avait désarmée, plus que la brusquerie de son geôlier.
Qu’on pût se défier de ce qu’elle écrirait à sa famille, qu’on pût souhaiter lire ce qu’elle leur écrirait, n’entrait pas dans ce qu’elle était en mesure de concevoir. Ce n’était pas de la mauvaise foi, ni un simple caprice : Ana comprenait mal ce pragmatisme d’homme de terrain, ne comprenait pas qu’il ne prît pas comme acquis la probité qu’on suppose à une fille de naissance.

- Vous ne semblez pas avoir compris qui je suis au juste, Capitaine. Je croyais qu’un aristocrate français, même déchu, se serait passé de la fastidieuse explication dont visiblement vous avez besoin.

Et sur ces mots, elle lâcha la plume, se leva à nouveau et le toisa. L’ombre incandescente de son regard vint se ficher dans yeux gris de Nogaret. Elle résolut que s’il cherchait à la faire faiblir, il échouerait.
Ana avait appris comment l'on danse au sud de l'Andalousie. Cela ne faisait pas partie de l'éducation d'une femme du monde, mais sa mère s'était attachée à lui donner des compagnes sévillanes - Leonor n'était-elle pas née en face de La Giralda ?...
Elle se grandit autant que faire se put. Sans qu'elle bougeât, elle devint tour à tour la flamme qui se tord et le velours qui se déchire. Elle se tint dans la cabine du capitaine comme une goutte de sang sur l'acier d'un poignard. Il y avait du déchaînement dans cette immobilité. En le provoquant, la part brûlante d'elle-même dansait sous son masque de froideur. Son talon frappa - un coup, un seul, bien net - les planches de L'Amphitrite, puis elle parla :

- Je ne suis pas de celles que l’on mène, Monsieur. L’on ne m’a jamais contrainte, et ce n’est pas aujourd’hui que cela va commencer. Ce n’est surtout pas vous qui allez commencer.
Songez, en votre étroite tête de meneur de soudards, à ce qui vous plaira. Songez à me menacer. Songez à me livrer à vos hommes. Songez à m’humilier. Tout s’endure ; j’endurerai tout. Si Dieu le veut je survivrai à l’épreuve qui m’est envoyée et qui consiste à vivre auprès de vous pour les semaines à venir. Je quitterai L’Amphitrite, je deviendrai princesse d’Azahar, j’irai par les galeries peintes et les corridors dorés, cependant que vous et vos matelots tenterez vainement d’empêcher votre crasseux navire de prendre l’eau. Et un jour… Mon frère ou un autre scellera votre destin conformément à vos mérites. Vous mourrez comme vous avez vécu.
Vous entendez, Nogaret ? Ce bourdonnement dans vos oreilles n’est pas le roulis adoré de votre royaume vermoulu, mais le cri de la foule qui fera de votre mort un pitoyable spectacle. Cette mer que vous aimez tant, les gens tels que moi vous la ferons boire jusqu’à la lie.
Je n’é-cri-rai pas.
Si j’écrivais jamais quoi que ce fût pour vous, ce serait votre sentence.

Deuxième coup de talon, puissant et bref, dernier pas et salut ; elle fit un pas vers lui, le provoquant d’un sourire : Je viendrai, blanche et parée, vêtue comme pour mes noces, le jour de votre pendaison.
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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Mer 2 Fév - 1:46

    À bord d’un navire, il était une autorité que l’on se devait de ne jamais remettre en cause, une image qu’on n’écorchait qu’en conscience : c’était celle du capitaine. La place, par le fait même qu’elle fut usurpée, un beau soir, lui était apparue d’autant plus précieuse – et du jeune homme sauvage encore, Louis de Nogaret était devenu cette froideur humaine, tranquille et insinuante, qui le poursuivait à présent comme une seconde nature. Sans qu’il pût se l’avouer, le pouvoir l'avait transformé : il l’avait rendu plus inquiet, plus dissimulateur – avait changé l’élan naturel en vice de civilisation. En mer, il était encore plus vrai qu’ailleurs qu’il fallait tuer ou être tué – et plus il s’était éloigné du monde dur et âpre des dortoirs en fond de cale, plus il avait voulu dompter les natures vigoureuses des autres, tout en étouffant la sienne ... Les capitaines sont des princes régnants que l’on détrône plus facilement encore.

    Sans la quitter des yeux, Nogaret avait nerveusement saisi une bouteille qui était demeurée là, bu une rasade d’eau de vie, en un geste nerveux, brutal – grossier. Durant dix ans presque entiers, il avait eu sous sa coupe des hommes qui l’eussent à peine regardé, à terre, s’ils avaient su la vérité sur son compte. Il avait su faire plier des noms aux fortunes détruites, épuisés par les guerres et les sursauts d’un monde qui était en train de changer. Il avait fait, chaque jour, le deuil d’une vie dont il n’y avait plus rien à attendre, recensé les sacrifices, les mensonges, pour prix de son imposture. Pendant dix ans presque entiers, il avait évolué seul, avec son reflet las pour seul juge. Et voilà qu’une femme qu’il avait à sa merci osait balayer le tout d’un geste de la main, d’un coup de talon.

    - Je viendrai, blanche et parée, vêtue comme pour mes noces, le jour de votre pendaison.

    La bouteille lui échappa des mains. Il se précipita sur elle, et sans plus voir ni sa condition, ni sa beauté de vierge, sans songer même à ce que son geste pouvait lui coûter, ou encore à ce qu’il risquait de lui faire, sans plus rien voir ni rien penser, il la frappa au visage. Le geste fut brutal, imprécis sous l’impulsion de la colère et sans doute plus violent qu’il n’eût fallu. Et il cracha, volontairement vulgaire :

    - Et vous seriez parmi les filles publiques à en guetter avidement ses effets.

    Elle était tombée, dans un froissement de robe. Le peigne d’or qui scellait sa coiffure gisait parmi les débris de verre, et ses longs cheveux noirs s’était déroulés, en cascade, enveloppant son visage - fille parmi les filles ! Tremblant de rage, Nogaret se retint de l’empoigner et de la livrer ainsi, étourdie, silencieuse, aux yeux des hommes. En outre, il ne sut comprendre tout d'abord combien il était étrange qu’elle ne se relevât pas, et s’en inquiéta fort peu.

    Il n’était point d’égards pour une femme osant se dresser entre lui et son désir.

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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Mer 2 Fév - 3:00

La noire épaisseur de ses cheveux s’était répandue sur ses épaules, ondulait dans son dos et le long de ses bras. Ses grands yeux sombres, piqués d’ébahissement, ne voyaient que le peigne avec lequel elle s’était coiffée le matin même. Peu à peu, ils distinguèrent également les morceaux de verre, et elle se souvint que Nogaret, furieux, venait tout juste de briser une bouteille à cause d’elle. Elle ne tira de cela ni réconfort, ni sentiment de victoire, ni remords, ni crainte. C’était un morne constat, que son étourdissement rendait tout à fait extérieur à elle.
Pendant d’infinies secondes, Ana resta abasourdie sur le sol, immobile et presque recroquevillée. Un tiraillement dans sa pommette la réveilla un peu, elle y accrocha sa pensée et finit par sortir de la torpeur dans laquelle elle était plongée. Cette fois, elle était allée trop loin.
Elle s’assura que le décor autour d’elle n’avait pas changé, en suivant des yeux, mais sans bouger la tête, les lignes du plancher. Elle reconnut son recueil de poèmes français sur le sol, à quelques pas. A plusieurs reprises, sa vue se brouilla.

De plus en plus sensible à ce qui advenait autour et au-dedans d’elle, Ana éprouva comme une sensation de chaleur dans la main droite. C’est alors seulement qu’elle vit sa paume à plat sur le verre, auréolée de sang. Tout à coup, elle fut épouvantée, quoique, restant immobile et muette, elle ne se trahît point. N’eût été le choc duquel elle n’était pas encore remise, elle eût pleuré. C’était bien ce commun grenat qui coulait dans ses veines, ce rouge à demi noir qui se répandait sur le plancher de la cabine et qu’elle contemplait sans mot dire. En un instant, Nogaret venait de lui rappeler qu’ils se trouvaient sur le même sol, respiraient le même air, et qu’il avait tout pouvoir sur elle. Il venait de montrer l’impuissance dans laquelle elle se trouvait de rester en vie, s’il n’avait choisi qu’elle demeurât sauve. Son invulnérabilité relevait d’une illusion toute romanesque, qui conférait à sa naissance plus d’influences concrètes qu’elle n’en avait en réalité. Elle était femme et il était homme ; elle était captive et lui geôlier ; elle était à son bord et elle le provoquait. Pour la première fois depuis qu’elle l’avait rencontré sur le Libertad, six jours auparavant, Ana ne se rebellait plus contre Nogaret. Même quand il l’avait menacée, avec cette brutalité qu’il rejouait aujourd’hui, et qu’elle avait répondu   « Eh bien faites ! Prenez ce que vous voulez. », elle avait conservé un peu de fierté et de provocation. Mais, ainsi échevelée et les lèvres tremblantes, il s’en fallait de peu qu’elle n’admît une forme lointaine de la révérence.

Sa main brûlait ; elle la regardait comme s’il s’était agi d’un autre corps que le sien. La douleur était une information secondaire qu’elle négligeait, en proie qu’elle était à l’égarement. Tout son corps se mit à trembler ; elle paraissait un jeune animal ayant manqué se noyer.
L’homme qui se tenait là, debout et indifférent, incarnait ce qu’elle abhorrait le plus au monde. Sa violence avait donné ce sang, ce peigne abandonné, ce frisson qu’elle ne parvenait pas à combattre. Et pourtant elle leva la tête vers lui, elle dégagea à son attention, d’un bref mouvement de tête, la cascade ombreuse de ses cheveux, elle s’en remit à lui avec, dans ses grands yeux noirs tout à l’heure si ardents, une vive détresse.

- Je… Vous… Vous m’avez…

Elle voulut parler, mais sa voix se perdit.
Elle souleva lentement sa main, dans la paume de laquelle restait un débris de verre. Aussitôt, elle ferma violemment les paupières et se mordit la lèvre. Un élan absurde naquit dans sa poitrine, qui l’eût portée, si elle avait eu la présence d’esprit de se remettre debout, à aller se blottir auprès de qui lui eût garanti qu’elle serait protégée. Elle se trouvait sans défense, et cela la gardait de la honte qu’elle eût dû sentir de s’abaisser de la sorte. Le temps de se remettre de cela, elle souhaita être un peu moins elle-même, descendre de la hauteur où son nom l’avait perchée, et où il n’est pas permis de chercher du secours quand - il faut le dire - la peur vient nous rappeler à notre triste condition de mortels. L’évidence finit par éclater dans sa pensée, faute de pouvoir le faire dans sa voix : Me duele.*
Alors seulement elle souffrit suffisamment pour que son joli visage, dont la joue était rougie par le coup qu’elle avait reçu, prît la poignante expression des blessés.

*J’ai mal.
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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Jeu 3 Fév - 2:06

    Il était bien peu de femmes pouvant se targuer d’avoir arraché un scrupule à Louis de Nogaret. Il se plaisait d’ordinaire à n’en point compter, attribuant au dégoût, au caprice, à la fantaisie, un geste, un regard qui eussent pu le racheter, parfois. Peut-être aussi n’avait-il jamais vu l’éclair qui saisissait le regard d’une victime – parce qu’il courrait déjà à quelque autre aventure, en son simple aveuglement. Il avait vu – causé – bien des pleurs, bien des cris, s’en enorgueillissait même, lorsqu’il ressentait le besoin d’un tel concert pour raffermir son image. La douleur gémissante n’avait jamais arrêté sa main, et il eût porté aveuglément le fer dans le sein de la plus noble des femmes ou de la plus vulgaire des traînées, pour peu que l’entreprise se révélât profitable. Aussi pensa-t-il régner enfin en maître, la voyant déchue, désarmée – alors qu’à travers le voile de la colère, il commençait à voir le tremblement de ses mains. Il y eut un instant d’indétermination, où entraîné par son élan, il eût pu écouter ses désirs, sa lassitude pour envoyer enfin au diable cette captive qui se croyait une reine. Mais alors qu’il avançait vers elle, sans conscience, elle leva les yeux vers lui.

    C’est là qu’il vit le sang qui avait coulé, qui coulait encore, le long du bras blanc - qu’il apercevait à peine sous la mantille ; le sang qui s’était répandu sur le bois mal équarri. Et il y eut quelque chose en son regard, en sa voix perdue qui, étrangement, ne lui fut pas insupportable. Alors ce fut un autre élan qui la porta vers elle. Il fit un pas, la souleva comme poupée de son, la soutint un instant.

    - Asseyez-vous.

    Il dit, en un souffle à peine, et la déposa, chancelante, sur un siège – le sien. Sans un mot de plus, il sortit une bouteille encore scellée d’un coffre voisin – et parlaient pour lui le son métallique des serrures et mécanismes, le bruit sourd de ses pas sur le bois trop sec, enfin le gémissement du verre piétiné. Il posa la bouteille entre eux. Sans chercher un instant son regard, tout à sa besogne, il approcha la lampe, chassa d’un revers de main les instruments dispersés sur la table – les cartes, les boussoles, la plume et l’encre. Puis il saisit le poignet gracile, porta la main blessée à la lumière, l’examina le sourcil froncé. Il y avait quelque chose de fiévreux et de précis à la fois dans ses gestes – comme un automatisme oublié qui, sans crier gare, s’éveille ; comme une vielle habitude qui ressurgit, un beau jour, avec le triste sourire des vieilles connaissances.

    - Serrez les dents, vous pourriez avoir mal mais c’est nécessaire.

    C’était un murmure à peine, et il semblait davantage se parler à lui-même – tant il était vrai alors que ce n’étaient plus les mots qui signifiaient. Maintenant le poignet, il écarta lentement les doigts, repliés comme ailes brisées. Saisit le morceau de verre, l’ôta d’un geste sec. Et sans desserrer son étreinte, il prit la bouteille qu’il avait amenée là, ôta le bouchon avec les dents, en versa une rasade sur la plaie. Il y eut un instant de silence où il resta ainsi, la main curieusement sanglante, l’œil fixé sur l’éclat de verre, l’air absent. Puis il la lâcha, soudainement, attrapa la bouteille, la porta à ses lèvres. En buvant quelques larges gorgées d’un alcool amer qui – ironie du sort – semblait provenir du butin du Libertad, il alla en son propre coffre chercher une chemise qui fût assez blanche. Sortit un coutelas et silencieux, affairé, en arracha de vagues lambeaux qu’il posait lentement devant lui. Et comme elle ne disait toujours rien, il cueillit de nouveau sa main, avec cette même fermeté muette et presque étrangère, pour l’envelopper dans les charpies blanchâtres.

    Ce ne fut que lorsqu’il eut fait tout cela qu’il chercha son regard.

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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Jeu 3 Fév - 11:11

Jamais on n’avait levé la main sur elle. Elle eût ignoré jusqu’au sens du mot « coup » si elle n’avait été témoin de la violence faite à d’autres. Mais doña Ana-Maria de Armerin avait toujours été trop noble, trop belle, trop fière, pour qu’on imaginât un instant ébranler la grandeur naissante de l’enfant qu’elle était, incontestablement destinée à un règne, quel qu’il fût. Même ses parents, qui très tôt l’avait confiée à une armée de gouvernantes et de compagnes, n’avaient jamais eu recours ne serait-ce qu’à la menace d’un soufflet. Jamais brutalisée, Ana n’avait été réprimandée que par la seule force de ces quelques mots, rarement prononcés mais toujours efficaces : « Eso, Señorita, no es digno de usted. » (« Ceci, Señorita, n’est pas digne de vous. »). Elle avait eu si tôt une conception si exacte du devoir, et du rang qu’elle avait à tenir, qu’elle s’était toujours imposée à elle-même des règles plus strictes que celles par lesquelles on avait encadré son éducation. Doña Ana était la fierté de sa mère, feue doña Ines, femme admirée et respectée pour sa certaine beauté et sa grande sagesse. Heureux fut son époux de l’avoir épousée ; inconsolable fut-il d’avoir à porter son deuil si tôt.

Ignorante de la douleur physique que les autres peuvent causer, ignorante de ce qu’il convenait de dire ou de faire après avoir été jetée à terre, Ana s’abandonna tout à fait aux événements qui lui faisaient la faveur d’advenir. Quand elle se trouva assise, elle perçut nettement que son légendaire sang-froid revenait irriguer son long corps orné de noir. Sa conscience affleura à nouveau. Elle recouvra ses esprits cependant que Nogaret allait et venait, posant une bouteille entre eux, faisant une large place sur la table. Elle ne put s’empêcher une légère fébrilité quand il saisit son poignet, comme surprise de constater que cette main-là ne servait pas qu’à briser et tourmenter, mais était aussi capable d’une sorte de fruste douceur. Peut-être restait-il également, comme chez l’enfant châtié la première fois, une trace de crainte…

- Serrez les dents, vous pourriez avoir mal mais c’est nécessaire.

La douleur fut minime quand il retira le morceau de verre resté dans la plaie. En revanche, l’alcool rencontrant la chair provoqua une souffrance aiguë. Elle serra effectivement les dents, ainsi que le point gauche, ferma les yeux mais n’émit pas un cri, pas un gémissement, pas une interjection. Elle n’était pas femme à se laisser aller aux plaintes et aux faiblesses pourtant admises des personnes du sexe. Enfant, son frère avait un jour pleuré d’être tombé d’un muret, et don Armando l’avait considéré avec mépris, disant : - En el futuro, asegurese, Señorito, que se quede tan valiente como su hermana.(« Veillez, Monsieur, à être à l’avenir aussi courageux que votre sœur. »).
Elle sut gré à Nogaret de la maintenir fermement, sans quoi elle n’eût pas été certaine de rester immobile. Il la lâcha, il bougea, il revint. Sous les gestes silencieux et précis de Nogaret perçait l’habitude. Elle l’observa sans mot dire, sans bouger. Pendant les quelques minutes de ce qu’elle considéra comme une trêve dans leur inexorable désaccord, la lueur d’une brève lucidité lui fit constater que la vie de cet homme-là avait dû être jalonnée de coups reçus et donnés, de mauvaise nourriture et de lassitudes. Cela ne dura pas, mais elle éprouva en toute sincérité une compassion qui n’était pas seulement chrétienne et dictée par le devoir de charité.

Elle ne fut pas troublée par les yeux d’eau - un peu verts à cet instant - quand soudainement ils se braquèrent sur les siens, inéluctablement bruns, piqués d’or et d’ombre. A peine sentit-elle un peu de surprise, quand elle comprit qu’il avait terminé et qu’il quittait la besogne - en ce cas-ci sa main - pour se tourner vers la personne. Étant revenue presque tout à fait à elle, adoucie par l’égard dont il venait de faire montre - infiniment lointain de l’idée générale qu’à terre l’on se faisait des forbans -, mesurant assez clairement l’effort que cet égard avait coûté à l’amour-propre de l’emporté capitaine, elle eut le désir de le remercier. Cependant, son implacable raison lui suggéra comme mal à propos toute parole de gratitude envers celui qui, s’il était responsable du soin, l’avait été avant tout de la blessure !
Elle se tut donc, mais, comme il venait de la panser et qu’il la tenait toujours, elle referma ses longs doigts sur ceux, un peu brusques, de Nogaret. Elle les pressa un instant puis le lâcha et retira sa main, sans le quitter des yeux. Une légère gêne, semblable à celle qui nous vient après les grandes hardiesses, s’empara alors d’elle. Pour la dissiper, elle porta démonstrativement son regard sur la cascade noire de ses cheveux, avec un air d’impuissance presque amusé. Détaché, l’épais flot sombre tombait jusqu’à la naissance de ses hanches, et ondulait d’être toujours maintenu en chignon.

- Oserais-je demander, Monsieur, dit-elle en affectant le détachement, , si vous ne vous effrayez pas trop de cet enlaidissement ?…



Dernière édition par Ana-María de Armerín le Ven 4 Fév - 12:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Ven 4 Fév - 0:49

    Il eût pu sans doute sourire et flatter cette femme comme il en avait flatté tant d’autres – c’était l’un des exercices habituels du capitaine de Nogaret dès lors qu’il arrivait à terre. À chaque escale, il suivait ce rituel, presque dénué de sens, se trouvant un visage assez gentil, une tournure affriolante, et resservant à la proie tous les lieux communs des nouvelles galantes, d’un air inspiré – avec ce fin détachement des libertins en cavale. Pour appétits plus urgents, il y avait bien les femmes vénales – et la petite intrigue se dénouait à la veille d’un départ, imaginé ou réel. Nogaret avait bien des gênes et des lacunes – il parlait une langue qui n’était presque pas la sienne, et qu’il avait mâtée à coups de duels usurpés et de cuisants ridicules. Mais s’il était une rhétorique qu’il maîtrisait, c’était bien celle-là. Étrangement, pourtant, il sentit qu’en cette situation la répartie n’était point si aisée – et il y avait quelque absurde à s’imaginer badinant avec celle qu’il eût jetée parmi les fauves il n’y a qu’un instant à peine. C'est alors qu'en la regardant, cherchant quelque chose à lui dire, les yeux négligemment posés en sa chevelure abondante, il songea à un détail – et crut que c’était cela qu’elle désirait lui signifier.

    Ils avaient tout deux oublié le peigne, l’une toute à sa douleur, l’autre, tout sauf à lui-même. Mais à présent qu’elle prenait conscience de son état et déposait l’idée, calmement, avec la désinvolture de ceux qui, même dévêtus, règnent encore, il ressentit comme un doute - quand vous pensez avoir compris quelque chose sans oser y croire. L’entendant, il eut un air amusé – jeta un regard à l’objet qui, rivé au sol, brillait fièrement de tout son éclat, puis le reporta sur elle. Osait-elle lui demander, avec cette insinuation tranquille des maîtres … ? Possible. Pouvait-il décemment … ? Non. Apaisé pourtant, et ne souhaitant point raviver les passions de cette femme bien trop sanguine de tempérament, il retourna au peigne, se baissa. Il voulut le saisir et sans doute l’eût-il déposé, sans un mot, avec un reste de dévouement déjà teinté d'autre chose. Mais l’objet s’était rivé entre deux lattes de bois sec – dents plantées comme par la force des choses. Ce fut là qu’il se souvint, vaguement – il avait piétiné le verre, enfoncé l’objet, lorsqu’il allait et venait pour panser sa blessure. Le bruit plaintif contre le bois s’était étouffé dans les crissements aigus du verre. Il eut alors un sourire – à croire qu’il y avait une Fatalité quelque part, qui devait rendre toute trêve impossible. Il se baissa, saisit le peigne, froid et noble en son frustre étau, tenta à plusieurs reprises de l’en sortir. Vaines espérances. Alors il se tourna vers elle – remarqua-t-elle qu’à son tour, il s’était blessé dans ses tentatives ? - et il déclara, avec ce sourire étrange qui tenait du fatalisme :

    - N’ayez crainte, le ... négligé vous va à ravir. J’en viendrais à regretter la décence qui ne veut point qu’on vous laissât aller en cheveux. Cependant …

    Il désigna d’un signe le peigne.

    - Il est à déplorer que votre peigne soit plus solide que mon navire. Aussi vous proposerais-je, dans l’attente qu’un de mes hommes s’occupe de l’affaire …

    Il laissa sa phrase en suspens, retourna au coffre et en sortit une cassette un peu simple, qui avait dû faire bien des voyages. Lorsqu’il l’ouvrit cependant, l'humble cassette laissa entrevoir les couleurs douces des rubans et l’éclat fiévreux de lourdes parures. C’était disparate, comme une collection d’enfant – c'était précieux, comme le fruit d’un pillage. D’un geste, il avança le coffret vers elle, et il reprit, affectant le détachement à son tour :

    - Avec votre permission, un mousse ôtera toute trace de notre querelle. En attendant, servez-vous.

    Il eut un instant de silence et avec une précaution qui tenait de l'insistance, il précisa :

    - Il serait préférable que vous ne demandiez pas d’où cela vient, cela va sans dire.

    Et il accueillit, se voulant philosophe, les affres de la Fatalité.

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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Ven 4 Fév - 18:30

Le premier élan d’Ana, quand elle vit Nogaret s’acharner contre son peigne, fut le rire. Un rire amusé, tout à fait dénué de méchanceté, et chargé du soulagement d’un retour à une conversation éloignant l’ombre de la brutalité. Si elle ne rit pas franchement, elle en eut le désir, et un franc sourire - chose rare, au demeurant - s’était fait sur son visage. Mais quand Nogaret ouvrit devant elle le coffret contenant les parures d’autant de mortes ou de femmes fanées, son sourire s’effaça soudainement.
« ¡ Pero de quién soy la hija ! ¡ Por un simple golpe, estoy pactando con un medio demonio ! »*, se morigéna-t-elle.
Ce fut à cet instant seulement qu’elle reprit tout à fait possession d’elle. Elle chassa une mèche sombre qui passait contre son nez, puis, le menton haut à nouveau, elle repoussa avec une moue de dédain le coffret posé devant elle.

- Je vous remercie, Capitaine, mais je n’ai pas l’habitude de… de… comment dit-on ? Elle eut un rire de moqueur. ah ! oui… de récupérer. Ce que je porte on l’a créé pour moi.

Un nouvel élan de férocité l’animait, plus vivace encore qu’auparavant, parce que sans doute il suivait un adoucissement jugé à présent impensable. Sa peur, son étourdissement, sa surprise, son attendrissement, « notre querelle » disait le trop content Nogaret, quel que fussent les noms qu’on pouvait donner à ce qui venait d’avoir lieu, relevait pour elle d'une faiblesse que, à présent parfaitement lucide, elle ne se pardonnait pas.
Elle se remit debout - et si elle s’était aperçue qu’elle était assise sur le siège du capitaine, elle se fût levée plus vivement encore.

Elle considéra le peigne sans se pencher le moins du monde, se retint de le toucher du bout du pied, et, le désignant d’un signe de tête, ajouta :

- Je vous le laisse. Qui sait ? Peut-être que sa vente vous permettra de renouveler vos propres effets ?… Ou de séduire une de ces femmes que l’or, leur étant rare, éblouit ? N’ayez pas de scrupules à accepter : mon fiancé m’en offrira un autre… ou deux ou trois autres, à mon retour.

Et dire qu’à cet homme-là elle avait manqué dire « merci », que de cet homme-là elle avait pressé la main ! La colère qu’elle éprouvait à nouveau n’était plus dirigée que contre elle-même. Elle avait conservé le ton léger, quoiqu’elle laissât percer sa causticité. Qu'il sût qu'il l'avait un peu ébranlée, mais en rien vaincue.

Toute à sa reconquête du terrain perdu, Ana ne songea pas qu’en abandonnant ce peigne à Nogaret, elle permettait ce qu’elle n’avait jamais permis. Aucun prétendant, aucun galant n’avait jamais rien reçu « en souvenir d’elle ». Elle n’avait fait de cadeaux qu’à ses compagnes ou ses cousines - dans les lieux où elle vivait il n’y avait pas souvent d’ « amies » - surtout à Jeanne, la femme de son frère. Mais à des hommes hors de son père ou de son frère, jamais. Elle n’offrirait à son futur époux que l’alliance qui scellerait leur union.
Pourtant, si cette réflexion lui était venue, elle ne s’en fût pas alarmée : pas de souvenir qui tînt, puisque les pirates vendent les richesses sans plus s’intéresser aux mains desquelles ils les ont arrachées.
Cela sans doute est vrai, Sœur des rois, quand arrachées. .. Qu’en est-il de celles qui sont données ?…


** Mais de qui suis-je la fille ! A cause d’un simple coup, je suis en train de pactiser avec un demi démon !

HRP :
Spoiler:
 


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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Sam 5 Fév - 1:10

    Il eût été surprenant qu’elle consentît à plonger les mains dans les fruits abondants du vice – l’idée cependant avait quelque chose d’indécent qui la rendait presque charmante. Avec ce soupir un peu las où perçait déjà l’impatience, Nogaret prit place à côté d’elle, saisit la cassette quand elle la repoussa avec un dédain manifeste et y plongea le regard. Cela avait été son miroir déformant, sa petite vanité de parvenu, que cette richesse gardée en guise de trésor. Cela avait parfois un reste de sens : certaines parures avaient gardé le lourd parfum d’une femme ou renfermaient encore le secret de sa faiblesse – certaines pierres et ce ruban noir, qui s’effilait, se payaient même le luxe d’un nom. D’autres, plus anciennes, ou de moindre importance avait perdu celle qu’ils embellirent – ou pour qui ils furent faits. Cela faisait longtemps qu’il n’avait point ouvert ce coffre – et il avait pensé le livrer comme peu de chose. À présent, il découvrait presque avec surprise un vaste boudoir de mortes – coroles vieillies et femmes surannées – qu’il avait pu traîner en son souvenir : une belle somme d’illusions qui s’étaient flétries, faute d’un regard, ou d’une ressouvenance. C’était amusant, comme un livre qui se fane.

    Récupérer. Savait-elle-même ce qu’elle eût pu récupérer ? Il saisit un peigne ciselé, peu différent au fond de celui qui demeurait fiché dans le bois du navire. Le sortit, le contempla à la lueur de la flamme. Il jeta un regard amusé, feignant de ne pas l’entendre. À ce peigne était lié le nom de Blanche, novice dérobée à son devoir – à Blanche qui était blonde autant qu’Ana était brune, Blanche à la beauté fade et aux yeux toujours baissés, à qui il avait fallu arracher des larmes pour faire fleurir un aveu. À l’image du souvenir, un peu douceâtre, embelli par l’indifférence répondait cette agacerie de femme qui protestait par vanité.

    - Peut-être que sa vente vous permettra de renouveler vos propres effets ?… Ou de séduire une de ces femmes que l’or, leur étant rare, éblouit ? N’ayez pas de scrupules à accepter : mon fiancé m’en offrira un autre… ou deux ou trois autres, à mon retour.

    Il leva les yeux.

    - Vous m’honorez, je me devrai de trouver l’usage à donner à un si digne objet.

    C’eût pu être ironique, et cela eût suffi. Il voulut garder le silence, resta un instant immobile. Mais c’en était trop : tout en cette femme était caprice et l’irruption du fiancé lui était insupportable. C’était qu’en ce prince, il pressentait tout ce qu’il n’était pas – et imaginait, comme en consolation, tout ce qu’il avait haï. Cet homme qu’il ne connaissait pas, n’avait jamais vu et ne verrait jamais devenait le fantôme d’un vieux rêve qui vous est devenu insupportable. Alors il la dévisagea, impatient et lâcha, se voulant désinvolte :

    - Quoique ... Si … Il est une femme à Tortuga qui vous ressemble – … oh point de hauts cris, Madame elle est duchesse. Grande noblesse espagnole, comme vous. Eh bien ! Elle a poussé si haut sa conception de la vengeance qu’elle se donne à tout homme qui passe, dans l’espoir de tuer son mari de honte. Ce n’est que lorsque je l’ai rencontrée que j’ai revu mon opinion sur les femmes espagnoles … Il est heureux que vous demeuriez ainsi, vous me l’évoquez*.

    Il jeta un œil à l’autre peigne, qui demeurait entre ses doigts – une goutte ou deux de sang avaient perlé dessus comme larmes, et puis les plaies sans importance s’étaient refermées. S’il avait été un homme réfléchi, il eût pensé combien il était vain de s’emporter face à elle, combien lui répondre, c’était encore se heurter à un mur. Mais nargue-t-on un pirate en son antre! Pour sa défense, il songea à s’éloigner, bien vite – dans l’idée vague et ridicule de préserver quelque chose, dans le besoin surtout d’humer l’air vif du large, loin des étouffements d’une cabine à présent trop exigüe. Mais il referma la cassette avec brusquerie, se leva, chercha une contenance. Et puis il reprit, d'un ton qui oscillait entre le mépris et l'agacement :

    - Votre précision par ailleurs est plaisante – trois peignes, la belle affaire ! Vous semblez une enfant qui attend une récompense parce qu'elle a été sage. J’ignorais qu’on dût acheter parures à une femme qui vous semble acquise pour s’assurer de sa conduite.

    Et la comparaison entre Ana et la plus célèbre prostituée du port lui était commode, en cet instant : le souvenir heureux de la seconde dressait quelques digues à sa violence.


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* Il s'agit évidemment de Sanzia, célèbre prostituée à Tortuga, duchesse de Sierra Leone

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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Sam 5 Fév - 2:15

Ana fit quelques pas dans la cabine du capitaine, sans mot dire. Elle s’arrêta devant sa malle, l’ouvrit, et en sortit une petite trousse brodée. Elle avait là des épingles à cheveux, simples et en fer. Elle revint auprès de Nogaret, posa la trousse sur la table, là où le coffret s’était trouvé quelques instants plus tôt.

- Profitez donc de l’agrément que cette vision vous procure, rétorqua-t-elle en désignant ses lourdes mèches noires, il va prendre fin dans la minute.

Et sur ces mots, elle commença à natter ses cheveux, rapidement, presque nerveusement. En quelques instants, faisant montre d’une dextérité que seule l’habitude peut conférer, elle confectionna un chignon moins soigné que le précédent, mais qui lui rendait son visage de doña et reléguait au passé l’épisode de la main blessée.
Si seulement cela avait pu être aussi simple… Si seulement avec une natte on effaçait l’auréole écarlate d’un sang royal sur un morceau de chemise… Mais Ana, follement, presque éperdument, s’accrochait à cette idée que tout n’était pas joué, et qu’elle pouvait empêcher ce qui déjà été accompli.

- Je ne m’étonne pas que vous parliez de cette… femme espagnole. Reprit-elle alors qu’elle plaçait la dernière épingle. Accointances d’aristocrates déchus, sans doute… Car la véritable ressemblance est, je le crains, entre elle et vous, et non entre elle et moi.

Elle s’engageait à nouveau sur les terrains glissants qui l’avaient conduite à la chute. Cette fois, elle était résolue à ne pas s’abaisser comme elle s’était vue le faire. Si l’on s’était aventuré à lui signifier que sa réaction avait été tout à fait humaine, elle eût répliqué - sur un ton sans appel - qu’elle avait dans ce cas toutes les raisons du monde de souhaiter s’éloigner de l’humanité… Logique des grandes dames. Répartie frisant la mauvaise foi.
A l’insulte qu’il lui faisait, elle répondait de même, avec une tonalité simplement un peu plus altière… Elle lui évoquait une prostituée ? Qu’à cela ne tienne : l’être vénal, d’elle ou de lui, n’était-il pas clairement identifiable ?

- Vous avez, ce me semble, l’habitude des femmes qui s’achètent ; je n’en suis pas. Et je ne suis acquise à personne, pas plus à mon fiancé qu’à un autre. Il n’aura de plus que le roi d’Espagne ou vous-même, Capitaine, qu’une signature au bas d’un contrat.

Considérer le fiancé comme l’homme qui la possèderait comme on possède un bel objet, n’était pas une idée que Nogaret seul avait levé dans l’esprit d’Ana. En acceptant de devenir princesse d’Azahar, elle s’était exposée à cette lecture des faits. Mais que la chose fût prononcée par une bouche extérieure, et non plus envisagée théoriquement, changeait la donne. Elle se sentit mortifiée. Une nette douleur, presque physique, l’atteignit dans la poitrine. Ce coup-là était, sans que Nogaret le soupçonnât, le plus rude qu’il lui eût porté.
Elle se fit féroce :

- Songez, Monsieur, qu’une différence fondamentale nous oppose, elle et moi, vous et lui. Vous jouissez des duchesses courant dans les rues en cheveux… mais, au contraire de lui, jamais de celles qui sèment les peignes en or.

La fureur à nouveau l’inondait, éloignant la peur et, pour le cas où il lui prendrait de revenir à ce qu’ils venaient de quitter, elle leva encore le menton, lança un regard superbe et acheva d’une voix parfaitement égale :

- Ne vous donnez pas la peine… Voyez, je tends l’autre joue.

Bien droite, elle posa son index et son majeur sur le côté de son visage, tandis que sur l’autre joue restait l’ombre rouge d’un coup que, en même temps que l’homme qui l’avait porté, elle s’échinait - avec moins de succès qu’elle ne l’eût souhaité - à mépriser.
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MessageSujet: Re: "Je voulus lui parler et ma voix s'est perdue."   Ven 11 Fév - 16:00

    Ce rajustement de femme, dans sa nervosité, son empressement même, avait quelque chose de plaisant car il signifiait que le coup avait bel et bien porté. En sa rage de la trouver là, non domptée, toujours prompte à la réplique, Nogaret trouvait quelque mince consolation aux offenses qu’elle, au moins, était encore à même de sentir – et à l’insulter, il ressentait, en plus fade, cet intime et doux plaisir du sacrilège qui met à bas une idole. En outre, il conservait en ce domaine une supériorité des moins négligeables : elle pouvait s’offenser de tout, tandis que les traits qu’elle lui lançait effritaient une effigie peinte ... Car Nogaret avait envie de croire qu’il était pirate avant que d’être imposteur ... Cependant, n’était-ce point présager de ses susceptibilités ? Eût-il même senti l’offense si ce n’était que cela ? Et, bien qu’il s’en mortifiât, il pressentait, la voyant, qu’il y avait bien plus que la peur de l’usurpateur dans sa défiance. Cela ne l’en rendait que plus prompt à la colère, plus porté à la violence.

    - … Et je ne suis acquise à personne, pas plus à mon fiancé qu’à un autre. Il n’aura de plus que le roi d’Espagne ou vous-même, Capitaine, qu’une signature au bas d’un contrat.

    Leurs voix s’entrecroisèrent – pensiez-vous, Madame, qu’un pirate eût respecté votre parole et votre nom … ! Alors qu’elle parlait toujours, il cracha avec dureté et froideur – et ça lui était venu, comme de ces évidences, que vous ne parvenez jamais à taire :

    - Il aura tout pouvoir sur vous doña Ana, et il serait d’un homme faible de n’en point user.

    Mais elle avait déjà repris, aveugle en son imprudence. Elle jouait avec une folle application sur la corde malade, celle qui sensible entre toutes menaçait à chaque note de rompre. Le pire était que le propos n’était point insultant au fond – il avait juste la froideur amère d’une réalité que l’on constate, parmi les autres. Jouir des femmes en cheveux, jamais des grandes dames, la belle affaire ! Les femmes déchues ont le goût piquant et frelaté des existences données en partage ; vivre de la poursuite de ses désirs et de ses ambitions quand vous n’étiez point né pour … Avait un nécessaire prix. Aussi eût-il pu se vanter, de cette bassesse qu’elle lui jetait au visage, comme source d’opprobre et de honte : c’était un choix qui comportait ses risques, mais qui méritait quelque fierté … Mais il y eut quelque chose en lui qui devança toute raison, quelque chose d’un peu rude et de trop franc qui se souleva en ce cœur flétri entre tous : comme une ivresse d’honneur, un bouclier tout serti d’orgueil qui étincelait soudain sur cette vie misérable, certes, mais qui valait quelque chose – ne serait-ce que pour le prix des vies ôtées et des richesses acquises.

    Sans ce dernier geste, ô combien provocateur, il se fût de nouveau jeté sur elle, oubliant la première offense, et il l’eût châtiée, aussi simplement que si ça avait été la première fois qu’il levait la main sur elle. Mais quand elle désigna sa joue, blanche, lui lançant un regard brûlant, il se souvint de l’étreinte fugitive de la femme blessée, de ce tremblement d’oiseau pâle, qu’il avait ignoré sur l’instant. Cela, plus que son insolence, plus que son courage, qu’il entrevoyait à peine, arrêta son geste. Il demeura un instant silencieux, comme cherchant à parler alors que la situation demandait autre chose. Enfin, d’une voix où tremblait toute la fureur des passions éteintes, il dit :

    - Prenez garde à ce qu’ivre de votre grandeur, vous ne ressentiez le précipice qui s’étend sous vos pieds.

    Chaque mot lui parvenait, ciselé comme un éclat de verre et les maniant, il lui semblait qu’il se blessait lui-même. Il soutint son regard, lentement, enlaidi par la haine avec l’air d’un chien affamé que l’on met face à son semblable. Il sembla contenir un dernier élan vers elle, fit volte-face. Pour la deuxième fois, il se refusa à lui donner la beauté sublime du martyre, à s’abaisser autant qu’elle l’eût souhaité. Et alors qu’il poussait la porte de la cabine, il se retourna vers cette femme, qu’il eût préféré morte, il lança :

    - Je vous laisse, en ce qui était pour moi une retraite et ce qui est pour vous une cellule. Réfléchissez à votre condition, Madame, elle est misérable entre toutes. Vous êtes morte aux yeux de votre famille, morte aux yeux de votre fiancé, tant que l’on ignore que vous voguez sur un navire de flibuste. Si tel est mon bon plaisir, il se pourrait même que vous passiez indéfiniment pour morte aux yeux du monde. Alors songez, Madame, à ce qu’il vous reste, à ce que vous êtes encore, sans la considération des vôtres et de celui qui voulait vous posséder.

    Il eut une grimace qui se voulait un sourire, et refermant la porte, il répéta, lentement, l'œil fixé sur elle :

    - Songez bien à tout cela, doña Ana, durant vos heures de solitude.

    Le bois doucement gémit, la porte se ferma sur la longue silhouette, noire et digne. Dehors, la chaleur du soleil vint bercer sa colère, l'engourdissant faute de l'endormir - car toute la journée durant, il pensa à elle avec agacement. Il se promit d'y remédier au plus vite.

    Sans doute l’absolu a-t-il, pour un homme qui l’a toujours recherché sans le connaître, un visage trop étranger, et un goût trop amer.

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