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 Flirt avec le bûcher (PV Sowana)

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MessageSujet: Flirt avec le bûcher (PV Sowana)   Ven 29 Oct - 17:35

Je pouvais sentir l’odeur du brûlé, de la chair carbonisée. L’air qui se saturait de cette putréfaction qu’était un corps en lente et agonisante combustion. Les gémissements, les cris, les plaidoyers de son innocence résonnaient à mes oreilles. Je pouvais même voir devant mes iris les flammes éclatantes qui prenaient expansions alors qu’elles léchaient avec envie cruelle le corps torturé et tortillant de cette pauvre femme.
Pourtant, devant moi il n’y avait rien. Rien d’autre que la ruelle qui s’entortillait en des tournants et des bifurcations sans fin. Rien d’autre que tous ces hommes encore saouls de la veille et toutes ces femmes veillant un tant soit peu au bon fonctionnement de leur maisonnée. Rien d’autre que le brouhaha habituel et cacophonique qu’était Tortuga. L’image, tellement réelle que j’avais peine à me résonner que l’odeur qui me faisait grimacer de dégoût provenait et de mes souvenirs et de mon imagination, était la réflexion de ces exécutions auxquelles j’avais assistées. Seul le feu de l’Enfer pouvait détruire ces sorcières.
Je frissonnai. Mais lorsque je m’aperçu que ce frisson était constant je dû me rendre à l’évidence que j’était plutôt en train de trembler de peur. On m’avait une jour pointé cette femme, m’expliquant en des mots baragouinés dont j’eus peine à saisir le sens tellement les voyelles étaient mâchées, que c’était une sorte de diseuse de bonne aventure. Qu’elle avait tout ce qu’on pouvait vouloir, des potions aux charmes. Il ne m’en fallu pas plus pour comprendre que c’était une sorcière. Si je m’étais juré de ne jamais m’en approcher, ni même de lui adresser quelques mots, de peur que l’on m’associe à elle et que trop rapidement, les rumeurs volent vite et deviennent des accusations et sans qu’on ne puisse rien y faire, parce que tout est arrivé sans qu’on en prendre vraiment conscience, on se retrouver ligoté entouré d’un bûché, on m’accuse à mon tour de sorcellerie, je me voyais ce matin marcher vers ce lieu où elle logeait, la maison errante que l’on disait.

    Le soleil montait de plus en plus haut dans le ciel, se synchronisant à l’agitation de la petite cité qui allait à son tour en s’accroissant. Entre pirates, putains, marchants et enfants, on pouvait observer cette jeune femme à la robe soignée, au buste modeste et à la coiffure impeccable essayer de se frayer un chemin entre tous ces gens. Difficile était-ce de ne pas poser un instant son regard sur elle; c’est qu’elle détonnait. Et même si on commençait doucement à s’habituer à la présence de la fille de la Cour, il était toujours intriguant de la voir se déplacer, d’observer comment soigneux et pensés étaient chacun de ses gestes. Elle marchait les yeux baissés, comme de peur de paraître trop provocante à se balader la tête haute. On ne savait pas réellement ce qu’elle faisait ici. Les gens qui d’ordinaire fuyaient l’Europe arrivaient ici et bien rapidement se perdaient dans les divers et innombrables plaisirs que l’île avait à offrir. N’était-ce pas justement pour cela que l’on venait à Tortuga?


Quand je m’assurais qu’un peu tout le monde m’avais vu prendre le chemin qui menais jusqu’au port, comme j’en avait l’habitude de faire pour aller observer la mer, je tournai à l’angle d’une ruelle et, à l’abri des regards dans l’obscurité que me procurait les toitures hautes et incurvées, glissai ma longue cape sur mes épaules, rabattant la capuche sur la tête. Personne ne devait me soupçonner de ce que je m’apprêtais à faire, c’était ma vie elle-même que je mettais en jeu. J’avais calculé avec exactitude quel chemin je devais prendre, qu’elle attitude je devais adopter. Et au final, même si je tremblais de peur de me faire prendre, je savais exactement ce que je devais faire ; c’était tout comme tous ces complots et manigances qui s’opéraient à la Cour.

Il ne tarda pas avant que je débouche sur l’allée qui elle-même me mena jusqu’en face de cette maison désolée aux allures d’abandon. Je crois bien que même les paysans ont de plus belles maisons que celle-ci. J’aurais peur, y habiter, que sous la pluie le toit s’effondre sur ma tête, ou que sur un coup de vent les murs tombent et m’écrasent. Comment faisait-elle pour vivre dans une demeure si sujette à tomber en morceau? N’avait-elle pas peur? Ne craignait-elle pas pour sa vie?

    Quiconque aurait passé par la rue aux Corbeaux à cet instant aurait pu observer la jeune fille, emmitouflée dans cette longue cape qui lui procurait l’anonymat qu’elle recherchait tant. On aurait pu l’observer complètement immobile, seuls les pans de sa cape répondant d’un minimalisme à la légère brise qui rafraichissait légèrement l’air déjà chaud, fixer la maison errante. Mais il n’y avait personne sur la ruelle à cet instant, personne pour jouer témoin de l’instant où elle se décida finalement à y aller, se raisonnant du mieux qu’elle pouvait de ce qu’elle s’apprêtait à faire. Personne pour la voir, de ce pas toutefois hésitant, monter les quelques marches du perron, et seul le silence pour écouter les coups tout juste audibles qu’elle infligea à la porte, un peu comme si elle aurait souhaité que personne ne vienne jamais ouvrir…
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Sowana Hadaly

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Féminin
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Localisation : Dans la Maison Errante
Humeur : Rêveuse...
MessageSujet: Re: Flirt avec le bûcher (PV Sowana)   Mar 30 Nov - 16:08

C'était un jour parfait pour un ragout. Sowana en était convaincue. Elle s'était réveillée bien avant l'aurore, et avait tout de suite fait chauffer de l'eau dans la marmite accrochée au dessus du foyer.

Mais quand les premiers glouglous se firent entendre, elle s'aperçut qu'elle n'avait pas grand chose à jeter dans la marmite. Elle fouilla le désordre ambiant qui régnait dans la masure, et finit par rassembler deux grosses poignées d'herbes séchées, un bocal de pois un peu jaunis, et une sorte de bande de cuir qu'elle espérait être un reste de viande boucanée. Elle jeta le tout dans l'eau bouillante et remua la mixture d'un air pensif.

Ça n'allait pas être bien fameux. Mais si elle voulait agrémenter son repas d'une belle courge ou d'appétissants crustacés, il faudrait qu'elle brave l'extérieur pour se rendre au marché, qui, à cette heure-ci, devait lentement commencer à se remplir de badauds. Il en était hors de question. Moins Sowana fréquentait ses pairs, mieux elle se portait.

Mais son souhait de solitude ne fut pas exaucé : on frappa timidement à la porte. Les coups étaient si doux que Sowana se demanda même pendant un court instant s'ils étaient réels. Mais elle était habituée à nager entre rêve et réalité, et malgré tout, le son lui semblait vraiment venir de la porte, et non de son esprit.

Elle lâcha donc sa grosse cuillère en bois tâché au fil des soupes et des sauces, et se faufila sans bruit jusqu'à la porte, qu'elle entrouvrit juste assez pour jeter un œil à son visiteur inopportun.

La capuche noire dissimulait mal les traits gracieux d'un visage auréolé de mèches blondes soigneusement coiffées. La femme se tenait là, dans une posture qui laissait à penser qu'elle hésitait encore à rebrousser chemin. Sa robe était fastueuse, et sans la longue cape qui l'enveloppait, elle aurait détonné au milieu de la rue des Corbeaux. Tout en elle criait le luxe face à une Sowana parée de dizaines d'étoffes fatiguées au couleurs criardes.

Cette dernière aboya d'une voix rauque :

C'est pour quoi ?

C'est alors qu'elle s'aperçut que la femme qui lui faisait face tremblait légèrement. Impressionnée par une première visite chez Madame Rêve ? Sowana n'en avait cure. Il ne lui vint même pas à l'esprit qu'elle pouvait la mettre à l'aise rien qu'en se comportant de façon un peu plus amène. Au fond, si les gens avaient peur d'elle, ça n'était pas sa faute, mais la leur.
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