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 Les deux mères [La Reine]

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MessageSujet: Les deux mères [La Reine]   Dim 10 Oct - 0:38


    Hildegard Von Bingen - Ordo Virtutum Scene 1 (cont'd) O dulcis divinitas

    Tout en ces lieux n’était que désolation. Au chant des enfants de chœur avait succédé la comptine des oiseaux nicheurs. Au raffinement de l’architecture baroque s’était substituée une végétation grossière, sauvage. Le sang du Christ n’abreuvait plus personne, supplanté par la source du péché originel, une sève incitant au paganisme.
    Triste panorama, pour qui espérait répandre la parole d’un Dieu d’amour.

    Le prêtre jésuite s’était levé tôt, comme à l’accoutumée. Asséché par les nécessités de son existence terrienne, il s’était dirigé vers l’église, espérant se ressourcer au contact de l’infinie bienveillance divine. Mais ce qu’il voyait autour de lui le désespérait. Effondrée depuis des lustres, la maison du Seigneur avait servi de carrière aux égarés de Tortuga. Rien ne subsistait, si ce n’étaient quelques pierres de taille, trop érodées ou brisées ; inutiles.
    Dieu avait déserté l’île, il en était maintenant persuadé. Nul ne recevait plus l’hostie consacrée, ni ne cherchait le réconfort de la confession, l’absolution de ses faiblesses terrestres. Le Mal régnait en maître, sans que nul ne cherche à le combattre.

    Il s’était avancé à l’intérieur des vestiges de la nef principale de la bâtisse. Visiblement de facture française, l’église avait dû être belle, à son apogée. Un reste de chapiteau gisait à même le sol, méconnaissable, ininterprétable. Des morceaux de verre colorés l’entouraient, vecteurs de lumière brisés, réduits aux ténèbres éternelles. On ne s’intéressait pas aux vitraux par ici, et encore moins à la symbolique qu’ils portaient en eux. Les réduire à néant signifiait nier le rayonnement de Dieu sur les hommes.

    Nier le sacrifice du Christ. Il aurait voulu les brûler, tous ceux qui étaient responsables de l’arrivée du Mal. Et ceux qui s’étaient tus, plus effrayés par les représailles des hommes que par le courroux du Seigneur.
    Fou, fou qu’il était de se laisser aller à la rancune ! Pris par un désespoir absolu, il s’était effondré sur le sol, et avait pleuré toutes les larmes de son corps. Il aurait voulu s’enfuir, retourner auprès de ceux qui lui étaient si chers. Son corps entier hurlait la honte, la peine et la perdition. La peur de la damnation.

    Il ne s’était résolu à retourner en ville que bien plus tard, alors que le soleil arrivait à son zénith. Pantin désarticulé, au visage décomposé et aux gestes maladroits, il avait avalé une soupe claire et s’était enfui sur la plage, ruminer sa déception. Il savait qu’à son arrivée, il ne recevrait que le triste accueil des obsessionnels de l’oubli, vêtus comme des princes, mais gangrénés de l’intérieur.
    Mais il s’était pris d’affection pour la mer, à la sauvagerie sans égale, mais immuable, inchangée quoi qu’il advienne. Un fol espoir l’animait, à l’idée de d’être happé par ses bras puissants et de découvrir – peut-être – un lendemain meilleur à l’issue du voyage. Rares étaient les journées où il ne se présentait pas à elle, son amante silencieuse.

    Une pensée fugitive le troubla un instant. Non, la mer n’était pas la seule entité capable d’apaiser son âme. Il la voyait, cette femme à la longue chevelure brune et aux yeux noisette. La Reine, qui lui avait fait don du gîte et du couvert, à son arrivée sur l’île. Qui avait pansé ses plaies, du corps comme du cœur, à grands coups de sourires bienveillants et d’intentions saines. Elle incarnait une lumière dont il avait peine à détourner les yeux, tant elle était unique. Il n’était pas inconscient du fait qu’elle aurait très bien pu le dénigrer, car il ne payait pas de mine. Le prêtre en lui s’était fait silencieux, à un point qu’il espérait ne pas être de non-retour.

    Il se prit à espérer la voir apparaître, cette mère malgré elle, malgré lui. Comme un enfant égaré, il désirait poser sa tête sur l’épaule offerte, dissimuler ses larmes dans la longue chevelure, et oublier l’espace d’un instant, qu’il n’avait pas le droit de trébucher.

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La Reine

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MessageSujet: Re: Les deux mères [La Reine]   Dim 10 Oct - 7:00

La jeune femme avait vu passer le jésuite, en larmes, venant, sans doute, de l'Eglise. Elle ignorait son passé, il ne s'était pas confié, et elle n'avait pas posé de questions, mais elle le sentait homme de Dieu. Cela ne la dérangeait pas, elle l'avait été elle-même, dans le temps, mais la foi l'avait quitté à la mort de son mari, à moins que ce ne fut peu après, lorsque ses enfants lui furent enlevés.
Elle ne se précipita pas pour l'aider ou le consoler, lui qui avait su, dès le premier jour, accepter son aide sans en abuser, une étrange amitié aurait pu naitre, si La Reine avait été capable de ce sentiment. Mais si elle aidait et aimait tout le monde, aucun ne pouvait se targuer d'être son ami, ou d'être plus important que le premier clochard venu. La Reine était un ange, les anges n'ont pas d'amis, pas d'existence propre.

Elle continua de marcher, le laissant la dépasser, sachant qu'il faut du temps à un homme pour sécher ses larmes et accepter le soutien d'une femme.
Passant devant l'échoppe du boulanger elle entra et le trouva avec sa femme, en pleine scène de ménage, elle allait s'en aller quand le femme la prit à parti, violemment

"Vous aussi hein, j'en suis sure, aussi jolie, c'est sur qu'il vous a fait votre affaire la greluche, c'coureur qui m'sert d'bon à rien d'mari"


La Reine sourit avec douceur et sans prononcer un mot secoua la tête négativement avant de s'éloigner, la boulangère, sans doute, ne l'avait pas reconnue, sinon elle aurait su que jamais La Reine n'offrait son corps, surtout pas à un homme déjà pris par une autre femme, fut-elle une mégère. Margaret aurait été vexée, aurait crié, giflé même, mais La Reine avait sourit, plaignant de tout son cœur la femme délaissée, sans pour autant juger un mari sans doute malheureux en ménage. Aucun n'avait tort à ses yeux, chacun était juste une âme en peine qu'il faudrait aider. Mais d'autres avaient besoin de son aide de façon plus urgente, et on ne peut aider en s'interposant dans une scène de couple. Chacun savait où trouver La Reine le cas échéant, il suffisait de déambuler dans Tortuga pour la croiser, panier au bras, donnant à qui demande soutien et nourriture, sourires et épaule consolatrice. Ecoutant sans juger tous ceux dont les problèmes semblaient insurmontables. Peut être noyait-elle dans cette détresse le souvenir de la sienne.
Elle s'arrêta devant l'étal d'un fermier et acheta des légumes qu'elle mit dans son grand panier, elle salua d'un signe de la main le fermier qu'elle connaissait bien et qui lui faisait, sans qu'elle le sache, un prix sur ses achats, elle avait recueillie sa fille de 16 ans lorsqu'elle avait quitté la maison en apprenant sa grossesse, effrayée par les représailles de son peur et le qu'en dira-t-on. La douceur de La Reine avait eu raison de ses craintes et l'enfant se portait maintenant à merveille, il avait 5 ans et venait souvent visiter la jeune femme au cœur tendre qui avait permis à sa mère de faire face à ses peurs.
Elle s'avança vers la mer, vidant son panier peu à peu, offrant à ceux qu'elle croisait et qui semblaient affamés des fruits et des légumes, il n'y aurait pas de pain pour eux aujourd'hui, la boulangère était trop occupée. Les gens qu'elle aidait de cette façon changeaient souvent, peu abusaient de ces dons, la plupart avaient fini par avoir honte de continuer à demander de l'aide à cette femme étrange qui donnait sans compter, nombre d'entre eux se débrouillaient de leur mieux autrement, parfois honnêtement, parfois en volant, dans tous les cas La Reine les aidait s'ils le demandaient, sans tenir compte de leur passé.

Enfin elle s'approcha de la plage où elle savait pouvoir trouver Tayel,, elle savait son goût pour la mer, sans savoir à quoi il était dû, sa fascination pour cette amante volatile avait sans doute du sens mais La Reine ne l'avait jamais interrogé à ce sujet, elle n'interrogeait jamais personne, les confidences venaient d'elles-même quand on avait la tête sur son épaule ronde.
Elle s'avança lentement et le trouva assis, ses larmes avaient sans doute séchées, quoiqu'elle ne vit que son dos mince et ses longs cheveux sombres. Elle s'assit à coté de lui avec un sourire tendre et doux, lui proposant une épaule consolatrice et une oreille attentive, sans un mot, pour ne pas briser le lent mouvement apaisant du ressac. Elle était à ses cotés, à quoi auraient pub servir les mots ?

C'est une chose que La Reine avait apprise, les mots ne consolent pas, elle ne conseillait pas les gens qui venaient vers elle, elle les écoutait, pesant chacun de ses rares paroles avant de les prononcer.
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MessageSujet: Re: Les deux mères [La Reine]   Mer 20 Oct - 20:11

    « Dans son immense miséricorde, Dieu accorde un miracle à ceux qui jamais ne se détournent de lui ». Parmi les nombreux enseignements du père Olivares, Tayel n’avait jamais oublié ce dernier. La quête d’un signe, l’espoir perpétuel en sa manifestation, l’incitaient à marcher sans se questionner. A garder l’œil vif et l’esprit acéré, de manière à voir l’invisible au moment venu. Assis sur le sable chaud, il était éveillé. On se serait ri de lui, sur cette terre désertée par la lumière divine, on aurait prétexté que le vieux monde, les vieilles croyances, n’intéressaient plus que les faibles d’esprit. Aurait-on croisé la Sainte Vierge qu’on aurait crié à l’alcool frelaté.

    Ce n’était pas tant leur ignorance qui dérangeait le jésuite - on accorde volontiers le pardon à ceux qui ne savent rien - mais plutôt le rejet catégorique du Seigneur et de ses lois sacrées. Il ne s’agissait plus de les évangéliser, de les détourner du paganisme. Il fallait les reconduire vers la foi véritable, qu’ils en étaient venus à renier. La tâche était ardue, peut-être trop pour un seul homme.

    Il comprit subitement qu’il devait lâcher prise. Il n’était pas un apôtre du Christ, il n’en avait ni la carrure ni le courage. Mais il était un martyr de la chrétienté, à sa manière. Car jamais il n’abjurerait, il en était persuadé. Jamais il ne damnerait son âme, se destinerait à vivre une éternité de torture dans les quatre Enfers. Tout ce qu’il pouvait faire pour rester fidèle au Seigneur, était de s’intégrer à ce monde, le faire sien, pour peut-être, guider quelques âmes en déroute. Il était l’espoir de Dieu, sur Tortuga.

    Comme émergeant d’un songe particulièrement séduisant, il remarqua la présence de la Reine à ses côtés. Ses boucles brunes ondulant au soleil, elle se contentait de regarder fixement l‘horizon, les lèvres closes par serment. Il était là, son miracle. En apparence impur et séducteur, au fond l’égal d’un ange.

    Et c’était justement ce qui le dérangeait. Il n’était ni fanatique ni crédule, tout comme il ne prétendait pas connaître les voies du Seigneur. Mais il était certain d’une chose : Les anges se présentaient toujours en tant que tels, ils ne se dissimulaient pas. Or cette Reine, de chair et de sang, se comportait à leur manière, sans pour autant être l’un d’eux. Officiellement à l’écoute, serviable et tendre, elle ne parlait néanmoins jamais d’elle, et ne laissait pas transparaître la moindre émotion sur ses traits. Ce n’était pas là comportement humain, mais un artifice destiné à la maintenir en vie. Si sa carapace en venait à craquer, la mort la happerait très vite.

    Il le savait mieux que quiconque, lui qui avait vu tous ses proches assassinés par les armées portugaises, lui qui avait adopté la voie des armes et tué ses semblables. Lui qui ne parvenait toujours pas à pardonner leurs offenses. Pantin désarticulé, il avançait sur commande. Trop intelligent pour se jeter dans la gueule béante de ses ennemis, et trop superstitieux pour se donner la mort. Il était condamné à l’errance, jusqu’à ce qu’un jour, son cœur ne saigne plus. Et il pressentait qu’il en était de même pour la Reine, tout en ayant la décence de ne pas l’attaquer sur ce sujet.

    « Tu ressembles bien plus à un ange qu’à une reine. Belle, légère, silencieuse, chaste et charitable. L’inverse d’une reine, ce me semble. Pourquoi un tel pseudonyme ? »

    Il la gratifia d’un sourire entendu. Un autre homme n’aurait parlé de cette manière que pour la séduire. Lui n’osait pas même désirer son amitié.

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MessageSujet: Re: Les deux mères [La Reine]   Mer 20 Oct - 20:36

La Reine suivait le cheminement des pensées du jésuite à sa respiration plus ou moins saccadée, plus ou moins apaisée. Elle ne quitait pas l'horizon des yeux. Les yeux sont le miroir de l'âme dit-on, et pourtant La Reine, que tout le monde avait regardé dans les yeux au moins une fois, n'avait jamais été démasquée. Sa douleur était restée secrète pour bien des gens, ses fêlures étaient restées si discrètes qu'elle pouvait faire semblant de les ignorer. Elle pressentait, bien sur, que certains, le jésuite entre autre, les avait entraperçus au détour d'un regard, mais elle savait aussi que les gens assez impliqués pour les deviner ne viendraient pas les rouvrir en parlant d'elles.
Le ressac les berçait tous deux dans ce silence qui s'éternisait, doux et complice, un silence qui en disait long, d'une certaine façon, plus que bien des mots, à peine interrompu par le lointain cri de mouettes semblant respecter leur solitudes temporairement unies sur cette plage. Les bruits de la ville, animée à cette heure du jour, envahie des cris des marchands qui attirent le chaland, des disputes de pêcheurs debout depuis bien avant l'aube, de rires d'enfants ou de discussions animées, tous ces bruits aussi leur parvenaient étouffés, assourdis par une brume ouatée qui les protégeait tel un cocon.
Finalement il le rompit d'une étrange question qui étonna La Reine.
Elle eut un sourire à demi amusé en tournant son regard brun vers Tayel

"Je ne suis pas un Ange, mais je ne suis pas non plus une Reine"


Elle respira l'air marin et ajouta, hésitante, pesant ses mots :

"Je crois que cela vient de mon attitude plus que de mon caractère"


Elle n'explicita pas ses paroles, n'ajouta pas un mot qui aurait pu être superflu, La Reine ne parlait pas de son passé, pas plus qu'elle n'interrogeait les autres sur le leur.
Sans se départir de son sourire elle plongea son regard tendre dans celui de Tayel et lui tendit une main secourable.

"Je dois cuisiner, veux-tu m'aider ?"

Non qu'elle ait besoin d'aide, Tayel le savait, mais il avait besoin de compagnie, et il était de notoriété publique, quoique personne n'y prêta vraiment attention, que La Reine était rarement seule chez elle. On trouvait toujours dans sa cuisine un mendiant rassasié, dans son salon une prostituée se reposant ou dans son jardinet une vieille dame récoltant ses salades. La nuit sa chambre d'amis et son salon étaient plein d'inconnus venus profiter d'un abri chaleureux et accueillant. Peu le savaient, peu s'en préoccupaient, mais la présence de tous ces gens qu'elle aidait empêchaient La Reine de re-devenir Margaret et de songer à son passé et à ceux qu'elle avait perdus.
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MessageSujet: Re: Les deux mères [La Reine]   Mer 10 Nov - 18:24

    Un simulacre.
    Elle l’admettait sans aucune honte, et c’était là sa meilleure protection contre l’intrusion. Un défi à qui voulait l’entendre, mais au fond, une plainte à nulle autre pareille. Et c’était là sa différence. Hors-la-loi, apatrides, la plupart des manants de cette île maudite vous auraient défié de leur dire que leur vie avait un sens, auraient exprimé leur désespoir à grands frais d’alcool et de chair. Pour trois piécettes, ils vous auraient raconté leur histoire. Eux prostituaient leur passé, leurs rêves, leurs douleurs. Elle, les endormait, pour mieux les préserver de la souillure, et finalement les maintenir en vie.
    Mais tous, faibles qu’ils étaient, fuyaient sans s’imaginer que Dieu, lui, finirait par les trouver.

    A regret, Tayel se détourna de la côte et suivit son hôte. Le long du chemin qui les séparait de sa maisonnette, il remarqua les regards qui s’arrêtaient sur eux, sur lui, le fichant avec un automatisme déconcertant. Il avait fait semblant de ne pas les remarquer, depuis son arrivée sur l’île. Il n’avait pas voulu y croire. Mais son revers de fortune avait des implications bien plus grandes qu’il n’avait osé le cauchemarder. Nécessiteux, rebus en quête d’une soupe claire, voilà ce qu’il était à leurs yeux. Un gueux, une bête incapable de se prendre en main, de subvenir à ses besoins. On ne demandait plus son appui, on ne le regardait plus avec bienveillance, on n’avait plus confiance en lui. Il ne méritait plus de porter la croix.

    Quelque chose en lui se brisa. Statique, en plein milieu de la rue, il fut perdu un instant, et serra le poing. Aux larmes succédaient la colère, la honte d’être impuissant. LACHE. Voilà ce qu’il était. Ne pouvait-il pas simplement brandir sa croix au milieu de la foule, haranguer tout un chacun et reprendre la place qui était initialement la sienne ? Ils méritaient un sermon bien nanti, une correction en bonne et due forme, une invective comme ils n’en avaient jamais connues. Il fallait qu’on leur rappelle la petitesse de leur esprit, l’orientation que prenait leur existence terrienne, la folle agonie qui les attendait pour l’éternité dans les quatre enfers !

    Désorienté, il se précipita sur l’un des passants et le souleva par le col. C’était un vieillard bidonnant, qui sentait le whisky à plein nez. Celui-ci, un instant incrédule, fixa son agresseur, et lut toute la force du désespoir sur son visage tremblant.

    « Toi ! Vous tous ! Vous n’êtes que dépravation du corps et de l’esprit, faiblesse d’âme et perdition ultime ! Ne voyez-vous pas le mal, accroché à vos basques ?! N’êtes-vous pas glacés d’effroi, à l’idée d’être des suppôts du démon ?!!! Mais n’avez-vous pas peur de l’étang ardent de feu et de soufre, foutreDieu !!! »

    C’en était trop. Jamais il n’avait, auparavant, fréquenté l’absolue négation de Dieu, tant dans la croyance que dans un souci de moralité. Son télescopage à Tortuga l’avait privé de ses idéaux, qui bien que déjà entamés par les massacres du Brésil étaient restés partie prenante de son être, dans les premiers temps de sa cavale. Il ne comprenait pas comment l’homme pouvait vivre dans un état de souillure perpétuelle, dans l’irrespect même de son intégrité. Et il était terrifié à l’idée de sombrer à son tour, car dans un univers où nul ne lutte honnêtement, où trouverait-il la force de montrer l’exemple ?


    H.S : V'là, j'ai essayé d'insérer un brin de dynamique à notre échange. J'ai peur que ce soit un peu too much, m'enfin bon... à toi de me dire !
    (cela dit, ce pétage de cable, je le voulais. Et tant qu'à faire, j'aime l'idée qu'il se fasse en compagnie de quelqu'un qui pourrait, éventuellement, être elle aussi chamboulée par le fond du problème !)
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MessageSujet: Re: Les deux mères [La Reine]   Sam 1 Jan - 10:47

La Reine ne vit pas l'incident arriver, elle savait que Tayel allait mal, comme à peu près tout le monde ici, il se réfugiait dans la religion, d'autre dans l'alcool, au final peu importait, ce n'était jamais bon de trop s'appuyer sur un expédient, quelqu'il soit.
Lorsqu'il apostropha l'ivrogne elle resta interloquée un instant puis elle s'approcha, posa ses deux mains sur ses épaules et murmura, doucement

"Allons,vous ne pouvez les forcer à lutter contre leurs démons, vous devez leur montrer la voie par l'exemple et non par la force."

Elle souriait avec douceur, ses yeux noisettes rayonnant d'une tendresse sans borne, d'un amour sans condition, tant pour Tayel que pour l'ivrogne qu'il tenait par le col, ou pour ceux qui s'étaient arrêtés pour observer l'homme de Dieu qui ressemblait aujourd'hui à un démon.
Elle ne dit rien à la foule, ne tenta pas de les faire circuler, ne demanda pas d'aide, mais spontanément un ivrogne et une fille de joie se rapprochèrent, en silence comme pour appuyer ses dires, sans s'interposer vraiment, mais entrant dans le champ de vision de Tayel.

Elle murmura à nouveau, si bien que seul l'homme de Dieu pouvait l'entendre

"Vous voulez les conduire vers Dieu ? Ouvrez leur la voie Tayel, laissez-leur le temps de choisir de vous suivre, laissez-leur le temps de faire cela d'eux-même et non par peur d'un châtiment divin ou humain."


Elle même avait été croyante, dans le temps, plus pour faire plaisir à sa famille et par peur d'aller en enfer que par conviction profonde, aujourd'hui, après ce qu'elle avait vu et vécu, elle ne croyait plus en un Dieu de bonté, elle ne croyait plus en grand chose à vrai dire, si ce n'est en la bonté présente en chacun de nous. Etrange, venant d'une femme que des hommes avaient tant blessée, mais d'autres l'avaient aidée à se reconstruire, donnant sans rien attendre en retour, et c'est de ceux là qu'elle veut se rappeler, c'est à ceux là qu'elle rend hommage sans le dire.
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MessageSujet: Re: Les deux mères [La Reine]   Mer 23 Fév - 20:30

[Fais-moi signe, si jamais tu ré-embarques dans l'aventure, dame couronnée ;)]
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