..
 
AccueilCalendrierFAQRechercherMembresGroupesS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Après tout, l'antagonisme fait saillir l'être [Crow]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité

avatar

MessageSujet: Après tout, l'antagonisme fait saillir l'être [Crow]   Sam 2 Oct - 2:21

Citation de Victor Hugo. Elle était tellement appropriée que je n'ai pas pu résister !

    Le jour se levait sur Tortuga del Mar. Les voix s'étaient pour la plupart tues, et les esprits végétaient, victimes de leur propre névrose. A l’extérieur gisaient les témoins passifs de leur dépravations, bouteilles fendues ou à moitié pleines, poisons insidieux, œuvre du Malin. On croyait apercevoir, au détour des ruelles, les jupons malodorants de quelques catins désordonnées, leurs attraits dépouillés de toute vertu, si ce n’est de tout charme. Les fenêtres étaient closes, les portes verrouillées de l’intérieur, comme pour dissimuler leur complicité. Toutes n’attendaient que la disparition d’Apollon pour étendre à nouveaux leurs ailes sur la place, et déverser leur fiel en perpétuel renouveau.

    Un homme avançait à pas agiles, sur le pavé noirci de honte. Dissimulé à l’intérieur d’une cape en feutre bleu nuit, il n’apparaissait ni riche ni saint. Anonyme parmi les anonymes, il prit le chemin le plus usité de Tortuga, menant à La Jambe de Bois. A le voir ainsi pressé, on l'aurait cru dirigé par quelques affaires qu’il ne pouvait remettre à plus tard. Au son mat de ses souliers de cuir se ressentait l’urgence, la frénésie de celui que nul ne détourne de son objectif.

    Accrochée à son ceinturon se trouvait une bourse, qui bien que relativement remplie, recèlait de douces promesses. Il n’était pas homme d’argent, et encore moins de pouvoir, que ce soit sur les choses ou ses semblables. Il n’avait que trop appris les déviances que cela pouvait entraîner. Mais il admettait volontiers qu’en certaines circonstances, le tintamarre des pièces qui s’entrechoquent déliait les langues. Et c’était bien là son intérêt.

    Parvenu à la taverne, qui se trouvait être le bâtiment le plus solide de l’île, il s’arrêta un instant, et en contempla l’architecture. C’était un édifice massif, aux murs de pierre sèche et à la toiture parsemée de tuiles romaines. L’entrepreneur avait su anticiper la venue du vice entre ses murs, de sorte qu’à défaut de pouvoir l’en chasser, il garantissait à ses victimes un toit solide et un chauffage soutenu, même en hiver. Quant à l’enseigne, bien qu’elle fasse peine à voir et que son nom soit peu glorieux, elle avait le mérite de l’honnêteté et accrochait le regard. Malfamé sans doute, le tripot était néanmoins accueillant.

    L’homme y pénétra rapidement, tout en vérifiant qu’il n’avait pas été suivi. La crainte engendre la méfiance. Il découvrit rapidement le tavernier, qui lorgnait sur lui comme sur de la crème anglaise. L’appât du gain était une maladie répandue, à Tortuga plus qu’ailleurs, et il n’y avait pas d’heure pour la clientèle. Après un rapide coup d’œil aux annonces placardées sur le mur, il prit place à une table vide et héla le maître des lieux, qui accouru. Des pépites plein les yeux, il leur servit un gin particulièrement opaque, et s’installa à son tour.

    « Vous êtes nouveau ici, vous ! J’vous ai jamais vu avant ! »

    A l’évidence, il n’avait pas eu le temps de cuver. Dénigrant le verre, le visiteur ne put s’empêcher de ricaner.

    « Je suppose que je ne suis pas le seul homme encapuchonné qui traîne dans cette taverne, de bon matin. Quoique, vous marquez un point, je doute que beaucoup d’entre eux aient ce que j’ai à vous proposer »

    Faisant tinter sa bourse, il en sortit deux pièces d'or et les tendit au tavernier.

    « En l'échange de vos bons conseils et votre discrétion, cela va de soi »

    Les pièces disparurent en un éclair, et le bougre s’avança, l’air caricaturalement conspirateur.

    « Qu’est-ce vous voulez savoir ? »

    « Avez-vous croisé des jésuites, récemment ? »
    « Oh non m’sieur ! C’est pas un coin pour les curaillons ici ! », gloussa-t-il, avant de descendre son verre. « Y en avaient qui venaient du continent avant, pour vendre leurs bizarreries indiennes. Mais maintenant, c’est fini ! »

    « Et la marine royale, comment se comporte-t-elle ? »
    « Bah ! Elle a pas les couilles de poser un pied sur cette île ! Tous des culs-serrés, ces royalistes ! »

    Il en avait assez entendu. Après avoir clôt l’entrevue par une dernière pièce, l’homme se signa subtilement et sortit de la taverne. Ainsi, aucun de ses confrères ne s’était aventuré jusqu’à Tortuga. Il n’était pas utile d’être un monstre d’érudition pour comprendre pourquoi. Savoir qu’il y était en sécurité le rassura, mais il ne put s’empêcher de noter l’ironie de sa situation. Pour échapper aux ennemis des jésuites, il allait creuser son trou dans la terre la plus pervertie du Nouveau-Monde, et peut-être même du globe. Quelle rédemption pourrait-il décemment y trouver ?

    Pris dans ses digressions, il ne remarqua pas l’homme qui s’approchait, lentement mais sûrement. Ni ne nota-t-il que sa bourse pendait négligemment à son poignet.


(P.S : Vas-tu être le Sauveur de ma richesse, ou l'immonde cleptomane que je redoute ? A moins que... aucun des deux ? )
Revenir en haut Aller en bas
Crow

♦
avatar

Masculin
Messages : 419
Localisation : Sur la vigie, ou en train de sauter de cordage en cordage.
Humeur : Croassante

Carte aux trésors
Amis, ennemis, connaissances:
Baratin de haute importance:
MessageSujet: Re: Après tout, l'antagonisme fait saillir l'être [Crow]   Mer 20 Oct - 11:48

    La Jambe de bois a, à défaut d'être salubre et douillet, l'avantage d'être un lieu de beuverie et de détente plus ou moins agréable. Bien sûr, le parquet grinçant et sombre est rongé par les mites, et les fenêtres crasseuses laissent passer bien peu de lumière. Les épaisses volutes de fumées, s'échappant des pipes des marins, ainsi que les effluves capiteuses et sucrées de l'alcool envahissent la pièce, la rendant presque étouffante. Mais, étrangement, Crow aime ce lieu. Il s'y sent à l'aise, loin du pont, où le vent cingle et siffle dans les voiles, et loin des dortoirs chauds et oppressants. La Taverne est certes sale, enfumée, alourdie par les rires gras, mais elle a le mérite de contenir en son sein la vie presque entière du corbeau. Des souvenirs durs, cruels, au goût de la terre, du sang et des regrets, mais une vie quand même. La mémoire est un boulet, accroché à l'esprit, que le jeune homme traîne, fatigué, épuisé, depuis vingt ans. Ou est-ce plus ? Ou moins ? Comment le savoir, quand on a pas de naissance, pas d'âge, pas même de nom. Alors qu'importe, il traîne ce fardeau, comme tout le monde, catin, noble, pirate ou chiens de l'État... Le corbeau sait, il porte le sac sur ses épaules, supporte sa vie, ses douleurs, ses envies, et continue sa route et sa mascarade grotesque. Le Crow souriant, le Crow assassin. L'acteur perpétuel, perdu dans une marée sordide de rôles complexes et tordus, qui se mêlent, s'effleurent, se mutilent entre eux. Et là, perdus dans la masse de marins soûls et de putains gloussantes, le jeune homme ferme les yeux, et respire l'odeur de sueur, de saleté et d'alcool, qui envahit ses narines. Le temps d'un soupir, le temps d'un regret, il s'enivre de cette taverne puante, de cette ambiance lourde et grasse, comme pour se sentir dans son élément. Cette mare putride de corps pressés, transpirants à grosses gouttes, c'est son chez lui. Une maisonnée bien sordide, habitées par des êtres bien peu aimant. Les larges balafres sur son dos en témoignent. Mais qu'importe, qu'a-t-il de plus ? L'Amphitrite est encore un lieu hostile, inconnu, et l'oiseau hésitant tente pas à pas d'y faire son chemin. Mais les relents de pauvreté et de médiocrité sont encore forts, et engluent ses poumons, comme pour le faire suffoquer.
    Les escales sont une pause, une bulle fétide aux allures de fuite. Et Crow peut se replonger dans cet univers sale et grivois, où les marchands l'insultent et le fouettent, et les catins se frottent à lui pour mieux le mettre en cage. Le jeune homme sait qu'il est lâche, à retourner en arrière. Comme si sa décision, cette merveilleuse décision de voler, était constamment brisée. Ses ailes ne poussent pas, voilà tout...

    Il soupire, et se lève du banc où il s'était affalé. Un corps voluptueux ondule vers lui, et il croise deux émeraudes pétillants d'envie. La femme se colle, se frotte, et lui murmure à l'oreille...
    Encore, encore et encore... Elles n'abandonnent jamais...En voilà une de plus, de catin, qui essaie de le posséder, comme mue par un désir malsain de vaincre ses amies à ce petit jeu... Elle pourrait être belle, si son nez n'était pas si empâté, et si ses lèvres pleines et rouges ne délivraient pas des obsénités répugnantes, qui n'excitent même pas le jeune homme. Il les a entendues tellement de fois, ces phrases surfaites et scabreuses...

    Sans une once de respect, -mais après tout un gueux respectueux, quelle idée ?- il repousse durement la femme. Il n'a pas envie de bras tièdes, il n'a pas envie de jambes serrées autour de ses reins, ni de seins mous et chauds contre son torse maigre. Non. Aujourd'hui il a envie de hurler, de rire, de pleurer, de frapper. De tout et de rien. De courir pour s'écrouler. De sourire pour mieux geindre. Crow a surtout envie d'oublier. Ce lieu est rempli de trop de souvenirs... Mais pourtant, paradoxal au possible, il est terrifié à l'idée de perdre les maigres évènements qui ont construits son inutile existence... Alors il s'y raccroche, plongé dans cette taverne engluée de moments tantôt tristes, tantôt faussement joyeux.
    Décidément... Il se masse le crâne. Sa tête fonctionne trop, depuis quelques temps. Tout était plus simple, lorsqu'il se fuyait. Et voilà que tout se fissure, tout se brise. Tout a une fin...

    Le jeune homme tape du pied, agacé par ses propres pensées et fait volte face, pour aller s'assoir plus loin, histoire de voler quelques piécettes... C'est qu'il faut bien se payer de quoi boire non ? Et après tout, chassez le naturel, il revient au galop...
    Ses futaies avides filent de visages en visages, observant chaque comportement, chaque expression, à la recherche de la proie facile... Et croisent un nouveau venu... Un sourire étire ses lèvres fines. La victime parfaite. Craintif, méfiant, donc, fatalement, facile à déconcentrer. Le corbeau observe avec déléctation l'homme parler avec le tavernier. Seules des bribes lui arrivent. Voix bourrue et grossière, contre rire compatissant et voix calme. Et un tintement. Oh, il le reconnaît entre tous, ces cliquètement délicat des pièces s'entrechoquant, prisonnières d'une petite bourse de velours. Promesse délicieuse d'un instant de beuverie enivrant... Cela devient donc intéressant. Mais après tout, Crow ne se trompe jamais, et une proie facile se découvre aisément, lorsque le vol devient, avec le temps, un réflexe des membres.

    Avec patience, le jeune homme attend, tel le fauve caché derrière les hautes herbes, laissant à sa proie l'illusion que tout va bien, pour mieux se jeter sur elle et lui arracher la gorge. Alors Crow, souriant, riant bêtement avec d'autres pirates, observe du coin de l'œil sa future proie, son nouveau gibier.

    Et le voilà qui s'en va de la taverne. Agile et discret, il se faufile entre les corps pressés, et se retrouve, lui aussi, à l'air libre. Le vent frais de l'océan vient fouetter son visage, contrastant avec l'oppressante Jambe de Bois. Le voilà donc dans les rues. Son univers, son terrain de chasse favori. Il faut aller vite.
    Il sourit de plus belle, fait craquer ses phalanges, et, prêt à se jeter sur la tentante petite bourse, remarque alors qu'un autre prédateur voudrait lui piquer son gibier. Malhabile, épais et tout de muscle, le honteux chapardeur, sans aucune délicatesse -diantre, le respect du travail bien fait se perd- se penche vers son trésor. Le sien. Et si il y a une chose que Crow déteste plus encore que les prostituées collantes et les nobles hautains, c'est bien cela.

    Mais force brute contre muscles maigrichons, c'est un peu inégal, et personne n'a jamais dit qu'un pirate devait se battre à la loyale. Alors Crow laisse faire, et la large main disgracieuse arrache le morceau de tissus.
    Parfait.
    Dans un ricanement hilare, le corbeau saute, et, la main vive et souple, récupère son bien. C'est d'une voix narquoise et gloussante qu'il hèle le volé :

    -Dites, mon bon monsieur, faut faire plus attention à vos affaires ! Voilà qu'le gros balourd voulait vous piquer vot' bien jolie bourse ! (il est évident qu'à ces mots, le dudit gros balourd fuit sans demander son reste) Ce conseil vaut bien qu'vous m'payiez non ? Allez, j'suis généreux, j'garde le tout !


(Tu as la réponse à ta question, Tayelounet ? 8D)

_________________

Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité

avatar

MessageSujet: Re: Après tout, l'antagonisme fait saillir l'être [Crow]   Mer 23 Fév - 21:29

    Il aurait dû le voir venir. Les alentours d’une taverne n’étaient jamais sûrs, surtout pour ceux qui souhaitent rester discrets. Ils font office de proies faciles, et le sont généralement. Car qui aurait l’audace de provoquer un combat de rue, de s’exposer à la venue des charognards sans vergogne ? Certainement pas quelqu’un de sensé. Mais un homme n’ayant plus rien à perdre n’allait sans nul doute pas hésiter. D’autant que le jeune hurluberlu qui se pavanait gauchement sous les yeux du jésuite ne semblait pas avoir été doté de la moindre intelligence. Un véritable cleptomane fuit sans se retourner, et ne se hasarde pas à dévoiler son visage à sa victime. Lui n’était qu’un gosse trop tôt livré à lui-même, qui finirait une balle entre les yeux, à force de bêtise.

    Mais Tayel était magnanime. Dans sa grande mansuétude, il rechignait à attaquer directement l’adolescent, non pas par peur des intrusions plus dangereuses, mais par conscience professionnelle, pour ainsi dire. Il pouvait avoir le dessus physiquement, c’était évident, mais il considérait valoir mieux que cela. A vrai dire, il se savait supérieur à tous les mal propres échoués sur cette île. Un instant, il toisa l’enfant. Les cheveux en bataille, il était vêtu comme une mauvaise caricature de pirate d’eau douce, et empestait l’alcool. Une cible qu’il serait facile d’appâter, d’autant plus qu’elle ne semblait pas vouloir déguerpir sagement.

    Simulant un soupir, Tayel se débarrassa de son manteau et exposa ses maigres possessions à la convoitise de son interlocuteur. Une espingole lustrée pendait le long de sa cuisse, ainsi qu’une seconde bourse pleine à ras bord. Un pécule qui garantirait plus d’un festin à celui qui s’en emparerait. Il prit son air le plus reconnaissant – chose facile pour un homme d’Eglise -, sourit à l’adolescent, et prit ses deux effets dans ses mains.

    « Votre générosité, messire, mérite bien une récompense supérieure. Il est rare de croiser un tel altruisme, de nos jours et en ces lieux. Laissez-moi vous offrir ces quelques objets, et ma reconnaissance éternelle ».

    Il garda le silence quelques instants, et poursuivit, sur un ton plus enjoué, et tout aussi simulé.

    « Je ne voudrais pas abuser de votre générosité, mais me feriez-vous l’honneur de partager une pinte avec un vieil homme ? »

    Le coup de l’âme simple. Un grand classique, mais dont l’efficacité n’avait jamais été démentie, jusqu’à maintenant. Après tout, Tayel était maître dans l’art d’inciter à la confiance. Une part de lui-même se révoltait à l’idée d’abuser ainsi d’un enfant, mais il n’avait guère le choix. C’est dans l’adversité que se révèle la véritable nature des hommes, dit-on. Et bien qu’il en ignorât encore la teneur, il savait qu’elle serait mise à l’épreuve très bientôt, et que cette étape n’était que le prologue. Il ne devait pas se laisser aller à des pensées trop pieuses, sans quoi il serait avalé par le Dragon du vice. Mais il devait garder la tête hors de l’eau. Un difficile équilibre qu’il doutait de pouvoir maintenir en toutes occasions, même si cette perspective le terrifiait. Le Malin le tentait, et le ferait encore à l’avenir, sous diverses formes.

    Il serra les dents et se focalisa sur l’essentiel. Récupérer son argent. Il était hors de question qu’un survivant du massacre de Sao Miguel meure de faim et de froid, par la faute d’un ignorant à la tignasse démoniaque.

    (Owiiii ! Allons crescendo, mon ami. Je veux du challenge )
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé

MessageSujet: Re: Après tout, l'antagonisme fait saillir l'être [Crow]   

Revenir en haut Aller en bas
 

Après tout, l'antagonisme fait saillir l'être [Crow]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Cap à l'Ouest ! :: Terre ! Terre en vue ! :: Tortuga de Mar :: Les ruelles-