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 Qu'est-ce que t'écris ? Hein ?

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Zirka Javiero Laska

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MessageSujet: Qu'est-ce que t'écris ? Hein ?   Jeu 16 Sep - 19:38

La nuit tombait sur une mer pas assez agitée pour effrayer les marins et pas assez calme pour les angoisser. La journée avait été grise et venteuse. Idéale pour progresser rapidement, mais fade aux yeux de Zirka, qui préférait les journées ensoleillées, comme celles de son enfance. Tout ce qui avait trait à la jeunesse était toujours plus joli, plus joyeux, plus simple dans l’esprit d’un adulte. Zirka ne faisait pas exception et se surprenait parfois à devenir nostalgique. Mais en y repensant, son enfance n’avait pas été si jolie, joyeuse et simple que ça. Malgré tout, le soleil lui rappelait plus ses escapades dans les forêts de pins parasols avec son ami Pepillo que les moments difficiles au sein de sa famille, de son clan. La grisaille ne lui disait rien. C’était un temps triste, sans personnalité, qui se contentait de vous pomper votre énergie.

Zirka se sentait plus las que de coutume alors qu’il rejoignait le dortoir. Intérieurement, il blâmait le temps. Mais ce n’était peut-être pas seulement à cause du temps. Peut-être que le mousse, Crow, qui avait été de quart avec lui toute la journée, y était aussi pour quelque chose. Crow, que cela amusait bien de tirer sur les cordes au mauvais moment, de rire quand le gitan, aussi sérieux qu’un pape, rattrapait ses maladresses, de ne pas se trouver à son poste au moment où on l’y attendait et de rire, encore et encore. Zirka ne l’avait jamais vu sérieux. Il l’avait vu féroce lors des abordages, mais sérieux ? Non. Et cela le travaillait, le Zirka. Qu’y avait-il de si drôle dans le métier de marin ? C’était un métier difficile, ingrat, dangereux… Tellement qu’il fallait bien rire par occasion pour relâcher la pression. Mais sinon ? Non, ce n’était pas drôle d’être en permanence à la merci de la puissance des océans, qu’on pouvait personnifier à loisir, mais qui avalaient aveuglément quiconque se trouvait, par hasard ou par la volonté de Dieu, au mauvais endroit au mauvais moment. C’était encore moins drôle d’être un pirate, d’être un criminel qui tuait son prochain pour trouver de quoi manger.

Zirka se demanda si Crow rirait devant Saint Pierre lorsqu’il lui ferait face au Purgatoire.

En attendant, le gitan avait réussi à obtenir un instant de répit. Il avait pris son repas aussi rapidement que possible pour atteindre le dortoir avant le jeune homme. Quelques pirates dormaient çà et là sur leur hamac dans la lumière timide et rougeâtre des chandelles. La désagréable odeur de renfermé et celle pire encore de la sueur chatouillèrent ses narines tandis que de légers ronflements lui titillaient les oreilles. Le plus difficile, c’était le moment où l’on pénétrait dans cet antre bestial, après avoir passé la journée à n’avoir flairé que l’air du large, le vent fouettant les joues. Après, on oubliait les bruits, les odeurs, l’air confiné, par habitude et par nécessité.

Zirka se dirigea vers son coin à lui : un hamac suspendu au ras du plancher, sous lequel était dissimulé, dans un espace sombre et poussiéreux, son journal, sa plume et son encre. Il retira l’étoffe qui retenait ses cheveux noirs et sa chemise pour éviter de baigner dans sa propre transpiration toute la nuit durant. Zirka était le genre de gars qui n’avait presque jamais froid et presque toujours trop chaud. Vous savez ? Ce genre de gars, là, qui vous prête son manteau par un temps glacial sans frissonner. Ce genre de gars qui semble être plus embarrassé par la chaleur que par la pudeur…
Il s’installa ensuite en tailleur sur le sol avec son carnet, sa plume et son encre, courba le dos et commença à relater sa journée par écrit. Ce n’était pas la position la plus confortable qu’on puisse imaginer, mais c’était la seule possible. Plongé dans ce travail qui le relaxait, il oublia que son temps de répit allait bientôt expirer…
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Crow

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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que t'écris ? Hein ?   Jeu 16 Sep - 22:43

Crow déteste les dortoirs. Oppressé, mêlé aux autres, il sent à pleins nez les odeurs de renfermé et de sueur, qui collent, moites, à sa peau mutilée par les rayons cruels du soleil. Les effluves de transpiration, l'odeur un peu âpre du bois imprégné de senteurs, qui vient se coller à son palais.
Pas qu'il n'ait pas l'habitude de cette proximité affreuse et affolante avec d'autres corps. Non.
Mais toute cette chaleur comprimée, presque solide, qui vient heurter ses membres épuisés, lui rappelle l'ambiance épaisse et fiévreuse de la taverne enfumée, où, les files de joie riant et passant auprès de lui, se prenaient pour ses mères de substitution. Il était tellement gamin, qu'il ne se souvient que vaguement des relents de rhum dont l'arrière goût trop sucré venait assaillir ses narines et des lourdes volutes de fumées grisâtres et opaques, qui brouillaient sa vision. Tout est flou, mais désagréablement tatoué à sa mémoire. Être plongé dans cette pièce sombre, aux allures un peu étranges d'autre monde, lui rappelle avec amertume le contact doux et chaleureux des peaux laiteuses pressées contre lui, des bouches pleines et rieuses qui venaient chatouiller ses joues déjà creusées par la pauvreté.
Il déteste ses souvenirs hypocrites et faux, vaste mascarade grotesque. Ces femmes, honteusement cruelles, se jouaient de son âme d'enfant. Il n'était qu'une peluche amusante à dorloter. Et puis, un jour, il n'était plus amusant. Alors on le jeta durement contre le sol froid et si dur des rues insalubres de Tortuga. Le pavé humide avait un goût de larmes.

Il se dirige, presque comme un automate, vers son petit coin à lui. Le lit, pendouillant tristement entre deux poutres, est aussi spartiate que le reste de la pièce, mais cela vaut mieux que les ruelles puantes de l'île. Sa grande main rachitique vient caresser le tissus sombre et rongé par les mites. Le contact est rugueux, presque violent. Désagréable. Il serre le poing, et s'y assoit.

Il ferme les yeux, et un rideau noir tombe devant les hamacs côtes à côtes. Entracte. Pour un instant, la pièce est arrêtée. Il s'affale, et son corps efflanqué s'écroule sur le tissus rêche de son propre hamac.
La journée a été fatigante. Le soleil était trop fort, et brûlait durement sa peau. Mais il doit avouer qu'embêter Zirka était un pur délice. Le maître voilier, au visage fermé, aux teintes délicates du cacao, baigné d'exotisme étonnement froid, restait impassible. Et pourtant, Crow en avait fait, des efforts. Pas un sourire n'avait étiré la fine barrière de chair que formaient ses lèvres.
Crow ne comprend pas vraiment comment on peut empêcher un sourire de déformer une bouche. La sienne est tellement tirée par ce masque grossier, qu'il n'appréhende pas vraiment l'absence totale de sourire. Ça le fascine presque. Il faut que Zirka rie. Au moins une fois.

Les paupières lourdes et fatiguées s'ouvrent, et la pièce vient de nouveau s'écraser contre sa rétine. Les deux émeraude qui brillent au fond de ses yeux scrutent les différents pirates présents. Certains dorment, affalés, la bouche ouverte et le corps dégoulinant de sueur, d'autres parlent entre eux, jouent aux cartes ou se contentent de rester là, immobiles, pour reprendre des forces. Il les observe, curieusement amusé par tous ces corps, gros, musclés, minces, aux peaux sombres ou claires, qui viennent se prélasser quelques instants dans le seul lieu propice au repos. Et puis, dans un coin, le corps chocolaté de Zirka, courbé en avant. Il voit les os de la colonne vertébrale creuser de fines collines le long de son dos brun.

Les mouvements saccadés qui agitent son épaule sombre font penser au bras d'une personne écrivant. Crow plisse les yeux. Oui, il écrit.

Soudain, une envie affreusement tentante. Délicieusement insolente, certes, mais irrépressible. Le jeune mousse déplie son corps grêle, et pose ses pieds contre le parquet grinçant. Il se meut avec lenteur, et s'approche peu à peu du maître voilier, comme un fauve discret et souple.
Une fois arrivé à quelques pas à peine du gitan, il s'écrie, de sa plus belle voix idiote, horripilante, bien trop hilare :

- Qu'est-ce que t'écris Zirkaaaa ?
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Zirka Javiero Laska

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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que t'écris ? Hein ?   Jeu 23 Sep - 13:06

Concentré sur son méticuleux ouvrage, Zirka ne se rendit pas compte de l’approche de Crow. Il aurait dû se méfier, pourtant, rester sur ses gardes. Il savait que le mousse ne pouvait pas s’arrêter. Surpris par l’éclat de voix du jeune garçon, le gitan eut un sursaut et sa plume dérapa sur la page de journal qu’il complétait. Zirka regarda fixement la ligne noire indésirable qui barrait à présent le papier. Ce genre d’incident n’arrivait presque jamais. Le marin faisait très attention à garder son journal propre, bien écrit, lisible, bien organisé, bien présenté… Il poussa alors un soupir, déchira la page gâchée à regret et commença à recopier ce qui était écrit au verso sur une nouvelle page avec la même application coutumière.

Tout en continuant à écrire, penché sur son livre, il dit à Crow d’une voix égale :

« Ne recommence pas. »

Puis il se souvint que le gamin dégingandé lui avait posé une question.

« C’est un journal. Je rapporte la journée. »

D’une concentration imperturbable, il continua d’écrire. Au début, ce n’était pas si facile. Écrire en mer était un travail délicat. Mais en s’y mettant chaque jour, Zirka avait pris l’habitude d’écrire par tous les temps et appris à maîtriser sa plume. Bien sûr, il évitait autant que possible de le faire au beau milieu d’une tempête.

Alors que la main de Zirka courait automatiquement sur le papier, le gitan se rendit compte du texte qu’il recopiait. Il s’agissait de la description de la nuit précédente, alors que l’Amphitrite faisait relâche à Tortuga, nuit qu’il avait consommée en compagnie d’une prostituée comme tous les pirates. Ça ne s’était pas bien passé, comme presque à chaque fois. Zirka ne ressentait aucun embarras à parler de sexualité, mais sa relation particulière aux filles de joie était un sujet intime et douloureux qu’il n’était pas prêt à partager avec le premier venu.

Zirka leva lentement les yeux vers Crow qui regardait toujours son journal et planta son regard dans le sien comme s’il pouvait le persuader de détourner les yeux de cette seule façon.
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Crow

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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que t'écris ? Hein ?   Mar 12 Oct - 13:26

Crow ne sait pas lire. Les lettres forment sous ses yeux de superbes arabesques qui dansent, s'enroulent, s'effleurent et se mêlent, mais sans jamais représenter quoi que ce soit de concret. Ce ne sont que des dessins enroulés, baignés d'encre sombre. Monstres marins tentaculaires, les phrases s'étirent sur le papier, glissant sur l'étendue vierge, dévorant le vide, avalant l'espace, pour le remplir de leurs corps puissants et envahissants.
Crow voit, observe, trouve cela assez joli, mais ne comprend pas. Les courbes restent à ses yeux illettrés, rien plus que des courbes, et il ne peut que scruter superficiellement ce qu'écrit Zirka. C'est frustrant, de ne pas savoir, de ne voir qu'un assemblage de traits fins et gracieux, en devinant pourtant que ces frises ondulés racontent une histoire.

-Ne recommence pas.

La frustration gonfle. Un peu comme une bête féroce et vexée, qui gronde, mécontente. Mais Crow se tait, après tout, s'il est idiot, c'est bien de sa faute, alors il attend sagement qu'on réponse à sa question. Pour peut-être, même pour un temps, même pour faire semblant, essayer d'associer ces esquisses à des mots, à des phrases concrètes. Pour se plonger dans le délicieux mirage qu'il sait lire, qu'il n'est pas qu'une immonde vermine, un gueux analphabète.
C'est d'ailleurs pour cela, que, bien souvent, ses lèvres fines tentent d'imiter les expressions des nobles qui passent, parfois sur Tortuga, parlant si élégamment, avec leurs tournures aussi richement décorée que leurs habits. Crow les hait, les méprise. Crow les envie. Alors, seul, caché, il essaie depuis toujours de reproduire, en vain, les figures de styles brodées d'or. Mais sa voix est rauque, hilare, rude. Aucune grâce ne coule hors de sa bouche craquelée, et les plus beaux mots se voient mutilés. La caricature d'élégance n'est qu'une mascarade grotesque, pièce carnavalesque et risible. Alors l'acteur tombe les masques, abandonne, oublie, et se retient de hurler. Crow n'est qu'un imitateur burlesque, triste clown aux numéros ridicules et gauches. Crow ne sait que jongler entre rire et sang, pour mieux étouffer le goût salé des larmes. Alors il continue de parler grossièrement, le ton riant, le ton idiot. Idiot. Idiot...
Mais il a appris à se taire, à enfermer en lui la déception ardente de n'être qu'un rustre incapable de parler vraiment, de mettre des mots sur les idées, qui, floues, arrivent par vague dans son esprit.

-C’est un journal. Je rapporte la journée.

C'est tout ? Crow fait la moue. Le manque d'information est, une fois de plus, affreusement frustrant. Il jauge Zirka, comme un enfant capricieux, se retourne vers les arabesques insensées, se concentre. Ses yeux fixent, sans voir. Le poignet brun du maître voilier se tord, se plie, et avec agilité, ses doigts appuyant légèrement sur la plume, les mots se forment, apparaissent sur le papier. Crow aimerait savoir, comprendre, déchiffrer. Mais, bloqué dans la cage immonde qu'est l'ignorance, il doit se contenter de feindre l'intérêt, alors qu'il aimerait entendre plus, bien plus. Mais Zirka est avare en paroles, et Crow n'a soudain plus l'envie de rire, de répondre avec bêtise. Le masque, très légèrement fissuré, laisse apparaître, l'espace d'un instant, une lueur fugace d'amertume.

Cela ne dure que quelques secondes, la bouche s'affaisse, les yeux perdent un peu de cet éclat émeraude, et semblent soudain éteint, fatigués. Moment rare, à tel point que ses zygomatiques lui font presque mal.
Mais bien vite, le clown se remaquille, et l'odieux sourire, dénaturant les lèvres fines, revient barbouiller son visage. Le numéro peut recommencer, et Crow s'accroupit près de Zirka, goguenard. Il remarque soudain le regard, scrutateur, de l'homme.

-Un problème, Zirk' ?

Le surnom, presque insultant, est voulu. Une fois de plus, l'insolence vibre dans sa voix, mêlé à une pointe puérile de jalousie. Il voudrait juste savoir, comprendre, mais on lui refuse le privilège d'être plus qu'un petit orphelin sans connaissances, sans rien de plus que ses jambes pour courir, et ses mains pour voler.
Condamné à regarder sans jamais réellement voir, à parler sans jamais enjoliver sa voix.

Triste bouffon, fatigué de faire rire le roi, mais prisonnier de son propre sourire.

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Zirka Javiero Laska

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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que t'écris ? Hein ?   Mer 10 Nov - 17:16

« Zirka, corrigea le gitan par automatisme sans percevoir l’insolence de Crow. »

Il ne lâcha pas le garçon des yeux car il avait vu une expression inhabituelle sur son visage clownesque. Il fallut quelques secondes à Zirka pour comprendre. Lorsqu’il parvint à la seule conclusion logique, il soupira et se traita intérieurement d’idiot. Il aurait du en avoir conscience : un enfant de la rue qui grandit parmi les pirates ne sait pas lire. À force de fréquenter et de parler à des gens éduqués, le gitan avait presque oublié que savoir lire n’était pas une compétence commune.

« Tou ne sais pas lire. »

Zirka vérifia que l’encre sur son journal était sèche et ferma le lourd volume.

« Tou veux peut-être apprendre ? »

Sans attendre de réponse (car pour lui, elle était évidente), il tâcha de se souvenir la façon dont lui, il avait appris à lire, quelle avait été sa première leçon, comment le Père Valentin s’y était pris. C’était un lointain souvenir, mais pas tant que ça. Par rapport à un enfant bien né, Zirka avait appris à lire sur le tard. Il se souvenait que l’aumônier du Marie-Hélène lui avait dit que plus l’enfant était âgé, plus c’était difficile. Le maître voilier se demanda à quel point cela le serait avec Crow.

Il prit la page qu’il avait déchirée et s’appuya sur son livre. Il trempa la pointe de sa plume dans l’encre et se mit à tracer l’alphabet avec soin sur un espace vierge du papier. Il ne se contentait pas d’écrire les lettres une à une, mais les détaillait en inscrivant la forme majuscule et la forme minuscule de l’écriture manuscrite puis de l’écriture d’imprimerie.
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que t'écris ? Hein ?   Mar 22 Mar - 22:50

Crow ouvre la bouche. Puis la referme. La maître voilier semble peu intéressé par l'avis du corbeau qui s'agite, gêné. La main mate gigote sur la feuille, dessinant ces arabesques agaçantes. La chaleur -étau humide et lourd- s'infiltre dans sa gorge, son nez, sa peau. Et ces courbes, ces traits qui glissent sur le papier. Crow en deviendrait presque fou. Il voit les doigts fins serrer la plume. Le grattement incessant, ce crissement sec... Les dents noires viennes mordre la chair craquelée de ses lèvres.

-Arrête ça... grince-t-il.

Oui, qu'il arrête. Qu'il arrête de tendre devant le charognard des bouts de rêves. Lui, apprendre ? Lui ? Lui l'abruti, le clown ? Le bouffon sans parents, qu'on hue, qu'on rejette ? Qu'on méprise ?
C'est une blague. Zirka se joue de lui, pour sûr. Comment ça pourrait être autrement ? Pourquoi quelqu'un voudrait soudainement l'aider ?

Le poing se serre. Le sourire, toujours là, vieux masque aigri, se crispe. Il y a dans la courbure sèche de ses lèvres, la colère insoumise. Trahison, toujours. Paranoïaque et fragile, le corbeau fuirait bien. Courir loin de ces mots qu'on écrit, sans qu'il n'y comprenne rien. Fuir la main qu'on tend. L'aide empoisonnée ? Lâche, stupide, il prend peur.

L'animal, méfiant comme toujours, serre ses chicots.

-J'y comprends rien, à tes sal'tés d'traits !

Impuissance brûlante. Honte de n'être que Crow. L'illettré, le sot. Emprisonné dans cette chair brûlée, dans ce corps maigre et mutilé. Les pieds tremblent, prêts à se ruer sur le pont.

-Pour'quoi tu m'montrerais, hein ?!

Spoiler:
 

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Zirka Javiero Laska

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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que t'écris ? Hein ?   Lun 22 Aoû - 8:01

Zirka fut sur le point de s’agacer du comportement de Crow. Il n’aurait pas dû être comme ça. Il aurait dû être ravi de voir une telle occasion se présenter à lui et la saisir immédiatement. Pas serrer les dents et se mettre sur la défensive comme un enfant turbulent. Puis il se souvint qu’il avait eu lui-même du mal à admettre qu’il ne savait pas lire, étant plus jeune. Cela avait dû donner un peu de fil à retordre au Père Valentin. Crow était trop vieux pour que le sujet soit facile à aborder. Zirka finit par soupirer pour évacuer sa tension et il se contenta de répondre :

« Pourquoi pas ? Et pourquoi refouser ? J’imagine que jousqu’à présent tou n’as pas connou grand monde qui sache lire. Je ne devrais même pas savoir. Mais je sais. Alors autant en profiter, non ? »

Puis le gitan se remit à son écriture soigneuse de l’alphabet. Lorsqu’il traça le « u », il songea à la difficulté que cette lettre allait représenter pour lui et fronça les sourcils avant de continuer.
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MessageSujet: Re: Qu'est-ce que t'écris ? Hein ?   

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Qu'est-ce que t'écris ? Hein ?

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