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 [Event] Justice de Mascarade.

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La Fortune

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MessageSujet: [Event] Justice de Mascarade.   Mar 7 Sep - 17:16

    Mer d'huile. Le mot est lancé. Pas un souffle de vent aux abords de l'île de la Tortue ! Alors, quand il a fallu repartir, après les beaux jours, après les jours de fête, quelle singulière surprise … ! Oh, les pirates sont comme tous les hommes, ils sont philosophes : ils ont profité, un soir encore, de la débauche que l'on achète : ils ont bu, aimé, ripaillé, sans modération, pour oublier les privations de la vie en Mer mais … L'appel du large finit toujours par se faire entendre ... Et coincés sur terre, nos forbans et nos flibustiers ... S'ennuient.

    Vous êtes peut-être de ceux-là. Apprenant ce matin que le départ était retardé jusqu'à nouvel ordre, vous vous êtes traînés vers la Jambe de bois, des idées noires plein la tête – et le singulier espoir de faire bombance n’avait déjà plus le charme prometteur des premiers jours … Ou peut-être demeurez-vous avec plaisir sur cette terre que vous n’avez point encore assez foulée pour votre goût ... Toujours est-il que vous êtes venus traîner vos chausses aux abords de la taverne, au gré des ruelles – sous le voile d’un timide rayon de soleil … Ou que dis-je ! Peut-être dormiez-vous encore, quand au petit matin, l’idée germa entre trois vieux loups de mer …

    Aux abords de la Taverne, jetés dehors par les nécessités – heure tardive ou trop maigre pécule – ils sont postés là, roides comme pendu. Trois ivrognes aux gueules cassées par la vie. Et ça rit, entre deux balbutiements, du rien de Justice dans l’monde.


    * * *

    Les heures passent, Tortuga s’éveille. Qui sait si le soleil n'est pas venu vous tirer du sommeil, un(e) inconnu(e) à vos côtés ... ? Alors vous vous empressez dehors, encore engourdi de la nuit passée, perdu dans vos hardes … Ou vous conduisez au marché votre carcasse épuisée, dans l’espoir d’une affaire à conclure, loin des rumeurs de la foule. Peu importe, au fond, vous trainez dans les parages, vous êtes là - au mauvais moment, peut-être. Deux ruelles, encore, une bifurcation, et ... Est-ce votre regard qu’on accroche en premier ?

    Devant vous trône une potence en carton. Tout autour, des visages, des silhouettes, somme d'inconnus familiers et d'insulaires égarés ... Cela crie, cela rit, cela s’exclame – c’est l’habituelle clameur des mouvements de foule. Et vous approchez, inconscient ou curieux, vous approchez … On convie les errants, marins et habitants – c’est l’heure de la remise des rôles ... ! Et vous distinguez enfin un peu ce qui se crie, sur l’estrade fait de bric et de broc qu’on vous construit là, comme une scène de mascarade … Grand Procès ! - Oyez, gens de la Mer ! - Hé vous, là, approchez donc, vil curieux, c'est là jour de procès ! - Allez, la Justice à Tortuga, c'est pour tout le monde !

    Et toi, là-bas, tu as peut-être fait le pas, le sourire de trop, dans l’assistance mêlée qui se forme … Un vieux marin pose les yeux sur toi, te saisit par le bras et te jauge, de son œil clair – couleur d’eau trouble.

    - Puis nous faut un coupable !Un accusé ! crient les repris de Justice qui croient encore l‘honnêteté de la Balance – Viens, gamin, tu f ‘ras l’affaire.

    Il t'empoigne, te tire, malgré toi, sur le devant de la scène, pour te poser comme premier acteur du spectacle.

    - Un coupable, j’ai un coupable !

    Oh, tu t'inquiètes, peut-être … ? N’est-ce pourtant pas un clin d’œil, qu’il te fait, le vieil ivrogne … ?

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"Malheureux l'homme, qui fonde
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Leur gloire fuit, et s'efface
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Ou de la flèche rapide,
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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Sam 11 Sep - 18:22

Le jour du Procès, Baptiste s'en souvient encore très bien, même aujourd'hui. Il faut dire que pour une fois, il n'avait pas bu.
C'était normal, il venait de se lever il y a peu et devait se rendre à la Jambe de bois pour aller se saouler et prendre un petit déjeuner digne de ce nom. Chez lui, pas d'alcool, ça coûtait moins cher de consommer chez son patron. Il fila à la femme qui avait partagé son lit le prix qu'elle lui demandait ; elle empocha les pièces en riant et partit après avoir embrassé une dernière fois ses lèvres. Pas mal, comme fille. Il devrait songer à se la payer de nouveau. Mais pas tout de suite. Il était, comme chaque matin, pris d'une sérieuse migraine qui le faisait traîner dans son lit. A force, il s'y était habitué, il ne lui venait même pas à l'esprit que c'était à cause de l'alcool. Enfin, il se leva, avala en vitesse une pomme rabougrie pour ne pas mourir de faim en route, et quitta sa modeste demeure, direction le lieu des beuveries.
Il aperçut devant lui, à un moment donné, une potence en carton. Hein ? un pauvre type allait se faire tuer aujourd'hui ? Il ne prit pas conscience que l'objet n'était pas mortel. Il n'était plus ivre, mais de toute façon, Baptiste n'avait jamais été très vif d'esprit. Puis il comprit qu'une sorte de comédie allait se jouer, que des acteurs allaient leur présenter un procès fictif. Ah, il aimait mieux ça.
« Grand Procès ! - Oyez, gens de la Mer ! - Hé vous, là, approchez donc, vil curieux, c'est là jour de procès ! - Allez, la Justice à Tortuga, c'est pour tout le monde ! »
Baptiste éclata d'un rire idiot, inconscient. Ces effets, cette manière de moduler la voix, c'était franchement ridicule ! ce procès promettait d'être très amusant. Pourtant, un vieux marin, ressemblant étrangement pour Baptiste à une antiquité, mais plus alerte que ce qu'il aurait cru, lui attrapa le bras. Sa poigne, forte et sans hésitation, fit comprendre au jeune homme que les apparences étaient trompeuses. Le vieux le jaugea comme s'il était un morceau de viande, et Baptiste, cessant subitement de rire, soutint son regard avec tout le sérieux dont il était capable. Mais comme ça lui faisait mal à la tête de rester la tête droite, il la pencha sur le côté.
« Puis nous faut un coupable ! – Un accusé ! Viens, gamin, tu f ‘ras l’affaire. »
Fasciné par le vieillard, Baptiste ne pensa même pas à protester. Il se sent tiré vers la scène, une scène si moche qu'il n'a pas trop envie de la rejoindre. Tout ça n'était plus très drôle. Et puis on le hissa dessus, et la voix retentit :
« Un coupable, j’ai un coupable ! »
Comme un idiot, Baptiste lève les bras et salue la foule, s'imaginant qu'ils allaient l'acclamer. Bah quoi ? ça ne fait pas de mal de rêver. Voyant que personne ne réagissait, il les baissa et se contenta de hurler :
« Nah, j'suis innocent m'sieur, j'suis innocent ! »
Bon, c'était peut-être pour de faux, il n'empêche, ça faisait quand même un peu peur... et s'il passait sur la potence en carton ?

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Evan Lenoir

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MessageSujet: au   Dim 12 Sep - 9:28

J'avais du faire une erreur - une grossière erreur - quelque part dans cette matinée. Le cours des choses ne prévoyait pas une telle abération : moi, juge! De mascarade certes, pour une potence de carton et un accusé choisi au hasard, mais tout de même, juge. Ca dépassait les limites de l'irresponsabilité : un meurtrier nommé magistrat! Il était pourtant de notoriété publique que c'était moi qui avait envoyé Santios rejoindre Neptune au fond de son antre... J'avais les mains irrésistiblement rouges, toutes contractées de dégout et de meurtre, et voilà que mon corps entier devenait vermeil - tout recouvert d'une ridicule cape écarlate censée représenter mon nouveau statut. On avait poussé la farce jusqu'à y ajouter un col de fourrure miteux, comme chez les juges français. J'avais l'impression d'être de retour à Paris, en face de l'homme qui nous avait déshérités, ma soeur et moi. Cette fois, les rôles étaient inversés. Et c'était le criminel qui se faisait autorité juridique.

J'ai regardé avec incrédulité la foule compacte qui se pressait et s'étouffait au pied de l'estrade. Tous les yeux étaient rouges, et chaque bouche ouverte hurlait à n'en plus pouvoir insanités et quolibets à l'intention du pauvre serveur qu'on avait amené devant moi. Il avait été tiré au hasard dans la populace, comme moi. Un vieux marin à l'oeil louche et vaseux avait soudainement empoigné le tissu de ma chemise et de son haleine fétide, m'avait soufflé au visage que je serais juge... Trop surpris par l'incongruité de l'annonce, je n'avais pas réagis, et voilà comment je me retrouvais ici, perché sur cette estrade, à regarder mes collègues prendre leurs places à mes côtés d'un air aussi perplexe que le mien. Je croyais recconaitre la femme aux cheveux blancs qui allait visiblement faire office d'avocat... Un frisson me parcourut l'échine. Si elle était celle que je pensais, la situation promettait d'être plus renversante qu'au premier abord... Quant au procureur, l'espèce de grande brute de l'Est qui mouvait ses bras comme s'il s'était agis de troncs d'arbres, il m'était inconnu.

La foule hurlait toujours. Le bruit devenait assourdissant, tant pleuvaient les injures. Au-dessus de ce capharnaum, le pauvre type qu'on avait "nommé" accusé s'époumonait à clamer son innocence. J'en eu vite assez de ce vacarme. Et me disant dans le même temps qu'après tout, n'importe quel autre bougre choisis dans cette populace de forbans eut été aussi illégitime et criminel que moi dans ce rôle, j'ai rejeté de côté l'habit miteux qui me faisait ressembler à une pivoine, dégainé mon pistolet en armant le chien, et me suis élancé au devant de la scène.

"La ferme, tas de chiens galeux!" Et j'ai tiré en l'air pour ponctuer plus lourdement mon imprécation.

Comme par magie, le silence s'est fait instantanément. Les bouches se sont brusquement refermées, ébahies, coupées net dans leur élan grossier par la gueule du canon. Cent paires d'yeux se sont retournées vers mon visage et s'en sont aussitôt détournées. Mon oeil unique lançait des éclairs. C'était en partie pour cela que j'avais été promu second dans mon temps : je savais m'imposer aux hommes. Et sans être le plus robuste, je possédais sans nul doute le regard le plus charismatique... ou le plus effrayant.

Une fois satisfait du silence établi, j'ai levé les deux mains - l'une d'elle tenait toujours le pistolet, on n'était jamais trop prudent - et j'ai élévé la voix plus posément, un insondable rictus au coin des lèvres.

"Pirates de tout horyzons, forbans et esclaves, mousses et capitaines, putains et serveurs, la cours de Tortuga s'est rassemblée afin de juger cet homme sous le regard de Neptune et Calypso! Vous êtes témoins du procès et pourrez témoigner de sa bonne forme devant le reste du monde corsaire."

Même silence. Mais les faces s'éclairaient. Sauvagement. Voracement. J'a repris mon souffle et mon sourire s'est élargi pour poursuivre le discours.

"Le procureur énoncera les différents crimes pour lesquelles sera jugé l'accusé. Son avocat, désigné d'office, aura droit d'intervention. Ensuite les témoins que vous êtes tous apporteront leurs témoignages et interviendront en faveur ou non de l'accusé. Le premier qui tente de monter sur cette estrade ou de perturber le procès reçoit un troisième oeil au mileu du front."

Nettement moins "officiel". Mais ça faisait toujours son petit effet.
Satisfait de mon intervention, je m'en suis retourné à mon siège - un simple tabouret - et m'y suis assis avec tout le confort que je pouvais trouver sur un vieux bout de bois branlant.

"La parole est au procureur."

J'ai attendu que le tronc d'arbre se lève. Mais à ma grande surprise, ce fut la femme aux cheveux blancs qui parla la première.
Un nouveau frisson pris naissance au creux de ma nuque.
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La Fortune

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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Dim 12 Sep - 21:10

    Ou le caprice de trois ivrognes devenu mascarade populaire. Nul n'aurait pu expliquer par quel étrange caprice du hasard s'étaient retrouvés aujourd'hui tous les protagonistes de ce drame saugrenu – bouffonnerie de bas étage bercée par une mer trop sereine. C'est un mouvement de foule, qui se forme, qui s'est formé autour de la folie de nos trois hommes, et chaque visage, chaque regard semble le reflet singulier de ce qui ne devait être au départ qu'une fantaisie sans suite. C'est là l'éternel mystère des vagues humaines qui, sous les suggestions des astres, déferlent et se retirent, selon des calendriers secrets. Dans un premier temps, cette petite centaine d'âmes cria comme tempête, devant les désignés, formant mur mouvant et prison hurlante, et puis … L'un de nos ivrognes, qui avait pour nom Javier, avait extirpé des silencieux observateurs un juge tout désigné, posant sur ses épaules une fourrure qui, il n'y a qu'un instant encore, trônait dans les relents capiteux d'une gorge de femme – au métier plus que certain. Avec l'emphase qu'on pouvait avoir quand on décorait le roi des fous. Un autre, claudiquant d'importance, amena à force de courbettes, un homme trop sérieux pour cette mascarade, lui murmurant à l'oreille quelque possible compensation – celui-là était plus fourbe, peut-être, moins pris par l'alcool, et il semblait avoir gardé quelques vieux restes d'éloquence parmi les lambeaux de sa raison. Et puis, dernier des trois, il y avait Carabras. Ce dernier, rongé par les ans, peau burinée par le soleil, vieille viande qui avait pris le goût et l'odeur des alcools forts, avait quelque chose de proprement repoussant. Il semblerait un monstre, n'était son regard clair, d'un bleu presque aveugle, d'une lumière presque touchante. Dans le désordre de la foule, il fut le seul à entendre, peut-être, ceux qui réclamaient un avocat, à corps et à cri. Pour une justice là où il n'y en avait plus, d'ordinaire. Peut-être comprit-il cela, Carabras, quand il avisa cette grande femme qui se tenait là, haute et digne, dans la foule bête et veule. Ou peut-être reconnut-il le mythe qu'il eût aimé avilir … Il alla droit vers elle, lui tendit une main, presque respectueuse, et glissa, en naïveté d'homme simple :

    - On manque de femmes ! Venez donc défendre ce gamin, qu'on fasse ça dans les règles !

    Et toi, belle et digne capitaine, peut-être le repousseras-tu, ce pauvre homme, qui ne te force même pas, sinon par son sourire et ses yeux pers qui te dévisagent. Tu t'apprêtes à lui répondre, par le fil acéré de tes mots ou par la froideur tranquille de tes armes, mais … Une main, une fine main se pose sur ton bras. Et la voix qui surnage difficilement en cette foule houleuse a la beauté timide des chants qu'ébauchent les jeunes filles, dans leur solitude amoureuse :

    - Oh Madame, qui que vous soyez … Ne refusez-pas, j'vous en supplie ! J'le connais, moi, le jeune Baptiste. C'est un brave garçon, vous savez … Mais il saura pas s'en sortir tout seul …

    Elle pose sur toi ses grands yeux noirs, ombrés de la détresse des petites éplorées de tous les jours. C'est une jeune fille – plus tout à fait une enfant, point encore une femme – qui a fait sa vie dans les ruelles et qui a poussé dans la boue, un vivant miracle qui s'est fait tout seul, au milieu des forbans, des ivrognes, et qui semble avoir grandi loin des bassesses du monde. Simple et belle, avec son foulard noué autour de sa gorge, sa pudeur de petite demoiselle, elle te dit peut-être quelque chose, de loin en loin. L'as-tu déjà croisée, cette vendeuse de marché qui tend ses fruits chaque matin, les yeux modestement baissés ? Elle demeure là, cependant, ses petits doigts déposés sur ton bras – avec la fièvre d'un oiseau qu'on capture … Et la fleur nouée à son corsage exhale quelques soupirs, au rythme de ses larmes.

    Et toi, belle et digne capitaine, peut-être la repousseras-tu, cette frêle demoiselle, qui ne te force même pas, sinon par sa sincérité aveugle et sa beauté qui s'offre, en supplication ... Mais voilà déjà que le juge frappe – elle tressaille, la pauvre enfant, au fracas qui s'élève. La foule, soudain silencieuse, est devenue semblable à la mer, là-bas qui s'est endormir dans son silence … Et le juge appelle. Déjà le préposé à l'accusation lève les yeux, prêt à parler... Et toi, reine des mers, toi ... tu détiens peut-être le pouvoir de lui redonner le sourire, à cette petite fleur qui tremble, sous la peur et l'espoir.

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Mary Bell

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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Jeu 16 Sep - 15:27

Ouvre les yeux, voilà ce qu'aurait du se dire Mary bien avant de se retrouver sur l'estrade en toc, au beau milieu d'une foule. Elle aimait le spectacle d'ordinaire. Et elle aimait quand elle pouvait y avoir un rôle. Mais le genre de représentation qu'elle donnait n'avait strictement rien avoir avec ce qui se déroulait sous ses yeux.
Non, voilà ce qu'elle aurait du dire à cette créature aussi séduisante que malfaisante. Elle devait être une néréide pour l'avoir aussi vite convaincue d'ouvrir son bec et participer à cette mascarade. S'il y a bien une chose – parmi tant d'autres – que Mary détestait, c'était un semblant de justice. Elle avait faillit avoir la corde au cou, une fois. Cela lui avait suffit. Elle préférait la justice à sa manière. Avec sa signature. Par la poudre et l'acier.
Mais voilà que cette ignoble créature avait osé suggérer qu'elle participe à cette fanfaronnade. La Capitaine pirate l'aurait envoyé ad padres pour moins que ça. Rien que le fait de le regarder lui donnait envie de vomir. Alors elle n'aurait certainement pas lever le petit doigt pour satisfaire sa demande, mais plutôt pour aller chercher son pistolet, dégainer et abattre cette immondice sur place.
Mais il semblerait que la chance avait joué en sa faveur lorsqu'une douce vision de paradis fit son apparition devant ses yeux gris. Si douce. Si fragile. Mary en fut hypnotisée. Elle céda à ce vice bien trop rapidement à son goût. Voilà pourquoi elle grommelait à moitié.
Mary n'avait pas particulièrement conscience de l'effet que sa propre attitude avait sur les autres. Elle effrayait autant qu'elle pouvait susciter l'admiration. Debout, sur l'esplanade éphémère, elle irradiait d'autorité. Peu pouvait se mesurer à elle. Peut-être bien cet ours mal léché qui semblait prendre racine pas très loin d'elle. Il était imposant à sa manière, comme elle pouvait l'être.
Le silence ramené par le juge borgne était quasiment religieux, jusqu'à ce qu'il devienne remplit d'une tension palpable alors que la foule sentait qu'il allait se passer quelque chose comme Mary s'avançait.

« Et quel crime que nous n'ayons pas tous commis vaut-il la peine que l'on monte pareil audition ? »

D'un geste du bras, elle désigna la scène.

« Meurtre ? Vol ? Pillage ? Mais n'est-ce point la route que nous nous sommes tous choisis ? Nous y avons tous goûté, pour nous retrouver ici. A Tortuga. Qu'on le juge lui – Elle désigna le garçon d'un geste dédaigneux – c'est nous juger tous. Et croyez-moi, monsieur le juge, » fit-elle avec sarcasme, « la prochaine fois que la poudre parlera, cela sera en ma faveur. »




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Kharine

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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Sam 18 Sep - 14:18

Le vent n'a jamais aussi bien fait les choses, quoique l'idée était quelque peu contraignante. Personne n'irait la remettre en question, certes, le vent est le roi, le seigneur des pirates, alors n'allons pas nous plaindre de telles entités. L'humanité n'a jamais pointé du doigt ce qu'elle ne connaissait pas, mais ce qu'elle croyait connaître. Ainsi nait la justice primaire.

Kharine secoua sa boussole. Il s'était enfoncé au nord de Tortuga, entre les pavés et les nuages rabattus. Les boutiques et les rues qu'il traversait ne lui étaient pas inconnues, chaque sentier lui rappelait de minces souvenirs, si bien qu'il lui semblait, en marchant, être revenu 10 ans en arrière, dans une mise en scène seulement altérée. Un matin invisible se levait, alors que les nuages stoïques et maussades se pénétraient d'une lumière grisâtre. Il semblait que seul le vent provoquait et animait la vie. Sans lui, Tortuga n'était rien de plus qu'une ville bretonne vacillant au bord d'une falaise. Une ville morte, ravagée par un simple phénomène climatique. Mais tandis que deux chats se battaient sur le toit de la maison Errante, Kharine sentit quelque chose gronder sous le sol, comme un volcan qui vrombissait. Cette singularité n'avançait rien de bon, quelle qu'en soit la source. En se questionnant, le Khazi aperçut un groupe d'hommes se dépêcher de disparaître dans les détours de rues. Sans même s'en rendre compte, il les suivit, admirant la paisibilité morbide de la rue marchande, le calme saillant à travers les fenêtres, le terrifiant silence de l'air, et enfin les murmures du sol. Kharine compris plus loin que le bruit ne venait pas du sol, mais d'une grande quantité d'hommes et de femmes. Aussi se dépêcha-t-il de s'y rendre, supposant qu'il pourrait y gagner quelque chose.

Les pirates s'entassaient en une foule révolutionnaire, comme drainés par l'estrade qu'ils encerclaient. La tête de Kharine s'élevait au dessus de cette foule à laquelle il s'était mêlé bien malgré lui, dans la seule intention de mieux voir ce que présentait l'estrade. Des planches de bois y étaient maladroitement agencées, il y avait sur la droite deux bancs, trois fauteuils au milieu, un tabouret tout à gauche, et, plus loin à côté de l'estrade, une frêle potence qui semblait déjà faiblir sous son propre poids. La scène était étrange ; Siégeant sur les bancs, deux brochettes de corsaires ivrognes hurlaient à pleine gueule. Debout au coin de la scène, près des marches, trois vieux hommes au dos voutés semblaient converser. Les trois fauteuils étaient vides, mais un étrange couple s'élevait devant. L'homme ressemblait à un enfant et portait un cache-œil et un révolver pointé sur le ciel, et la femme, qui n'avait rien de féminin, portait un visage aussi dur qu'impitoyable sur la foule. Le public cessa soudain ses vociférations. Enfin, Kharine reconnut l'homme sur le tabouret. Aubrey Smith, de la taverne de Tortuga. Il était menotté. Alors ! C'était donc là un procès qui se tenait devant lui ? Un procès douteux, mais un procès tout de même. Kharine soupira. L'ennui, se dit-il, nous faisait-il vraiment faire des choses aussi stupides ? La réponse est oui, nous le voyons bien. Alors, il valait mieux, selon lui, ne pas rester plus longtemps ici, en compagnie d'ivrognes admirant d'autres ivrognes. Trop tard. On l'interpellait déjà d'un «Oh, toi !» perçant le silence. Un frisson d'agacement serpenta alors sur la peau de Kharine. Ce dernier vit soudain que tout le monde s'était éloigné de lui, le jaugeant du regard. «Ouais toi, le géant là ! Viens par là !» . Le choix ne lui était pas vraiment offert. En ignorant ce que pouvait provoquer son refus, il obtempéra sans discuter, mais sans non plus lâcher des yeux ceux qu'il bousculait. Les trois vieillards le prirent à part et lui murmurèrent des choses à l'oreille. L'un d'eux lui tendit un chapeau mais, en le regardant, se ravisa. Ils le tirèrent ensuite vers l'estrade et levèrent son poing.


«Le procureur !»

Personne ne répondit. Personne n'acclama. Avant qu'ils ne redescendent, l'un deux, celui au nez crochu et à qui il manquait une oreille lui montra l'accusé, le juge, l'avocat et le jury. C'était dont là le mieux qu'ils avaient pu trouver. L'avocat était une femme ! Sourire en coin, Kharine considérait déjà la partie comme gagnée. Il se sentait alors en pleine forme, comme la vedette d'un match de boxe. Il se déganta alors, enfouit profondément ses mains dans ses poches, et en sortit un peigne en fer. Avec lequel il arrangea minutieusement moustache et barbe. Il traversa la scène, et le son de ses bottes lui rappelait le coup de feu qu'avait tiré cette femme. Tout aussi puissant, tout aussi impressionnant. Il s'arrêta enfin devant Aubrey Smith, minablement affalé, attaché, déshumanisé.


«Désolé petit. Mais je compte jouer le jeu. Alors, ne m'en veux pas si tu finis pendu. C'est de ta faute, après tout, tu ne devrais pas prendre une femme pour te défendre.»

Il poursuivit sa marche, retira ses manches, et balança son lourd manteau sur le bord de la scène. Le plancher trembla. La foule put alors apercevoir Kharine dans toute sa splendeur ; une imposante montagne squelettique. Il portait une corde de marin autour du cou, et sa chemise blanche semblait avoir pris des coups à sa place. Il pivota et se plaça au milieu de la scène, près du juge et de l'avocat, qu'il ne semblait pas voir. Il jeta un regard sur la foule muette, sortit une flasque de Vodka de sa poche de gauche, volée, il y a des années de cela, à un Lord de la Gentry anglaise. Il but théâtralement deux grandes gorgées, et déglutit de sa gorge brûlante un hurlement ;

«Справедливость !»

Tandis que la foule hurlait d'indistinguables paroles, Kharine jeta un œil à Aubrey, qui semblait atterré. Il lui fit un clin d'œil.

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Были бы кости, а мясо нарастет. - Proverbe russe.
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Serafin Romero

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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Sam 25 Sep - 14:32

Serafin dormait profondément, jusqu’à ce qu’une sensation désagréable le ramène à lui. Son coeur se mit à battre de plus en plus vite, une vague de chaleur l’envahit, ses doigts se crispèrent en de petits spasmes nerveux, et soudain, ses paupières s’ouvrirent en grand : il était réveillé.

J’ai faiiiiiim !” grogna-t-il d’une voix éraillée par une longue nuit de sommeil. Il s’étira comme un félin, puis bondit hors de son lit jusque dans ses vêtements de toile, et dévala les escaliers tortueux menant à l’arrière boutique. C’était là que ses parents et lui vivaient la plupart du temps, au plus près de leur commerce. Les chambres étaient à l’étage, et le tout était entassé dans un bâtiment coincé entre deux autres tout aussi étroits. C’était peut-être parce qu’il avait grandi là que Serafin aimait passer le plus clair de son temps libre à arpenter les rues de la ville ou à escalader les rochers surplombant la mer. Ou peut-être était-ce simplement la perspective d’un autre cours ennuyeux à mourir avec un nouveau précepteur de passage à Tortuga de Mar.

Toujours est-il que ce matin là, l’arrière-boutique était vide. Serafin tendit l’oreille, et finit par entendre la voix grave et chaude de son père dans la boutique. Le soleil n’avait pas encore montré le premier de ses rayons, et ses parents étaient déjà au travail ?

Tout à coup, Serafin se rappela : mer d’huile. Les marins et les voyageurs étaient bloqués à quai depuis plusieurs jours. C’était l’occasion ou jamais pour les Romero d’engranger le plus de recette possible. Ils étaient donc sur le pied de guerre bien avant l’aube, et jusqu’au milieu de la nuit.

C’était aussi l’occasion pour Serafin de récolter le plus d’informations possible par tous ces marins désireux de reprendre le large. Il n’avait donc, lui non plus, pas un instant à perdre. Il se coupa une épaisse tranche de pain, y déposa un morceau de fromage et empoigna une lanière de viande séchée, et traversa à toute vitesse la boutique vers la sortie.

Serafín, nos ayudan un poco en...
Mais son père n’eut pas le temps de finir. Serafin était déjà dehors, tout heureux d’humer l’air frais et salé du matin.

Il fut cependant surpris de trouver nombre d’habitants dans les rues, à une heure à laquelle peu avaient fini de dessouler d’ordinaire. Il remarqua que tous semblaient converger vers le même point, et il décida d’en faire autant, le temps d’avaler goulûment son casse-croûte. Sur le chemin, il crut entendre parler d’un évènement improvisé qui promettait d’être amusant, mais il ne fut pas capable d’en savoir plus avant d’arriver sur une petite place bondée d’une foule entourant... Une potence.

Une boule se forma au creux de son ventre. Une pendaison ? Il n’en avait encore jamais été témoin... Une partie de lui sentait l’excitation monter, mais l’autre partie était tenaillée par l’angoisse : et si le supplicié était l’un de ses amis ?

Il pressa le pas, bien décidé à se rapprocher de l’estrade pour en avoir le coeur net. Il joua des coudes sans ménagement, se faufila entre les gens, déclenchant une vague de greognements sur son passage. Il avançait, presque sans embûche et tout à coup, une grosse matrone se baissa pour attraper son bambin qui lui traînait dans les pattes, lui libérant la vue vers la potence.

Son coeur rata un battement.

Le condamné, c’était Baptiste.

Il devint aussi pâle que son teint hâlé le lui permettait. Il se hâta, bousculant sans vergogne les gens autour de lui, jusqu’à arriver à une encablure à peine de l’estrade. Il fallait qu’il intervienne ! Quel que soit le crime dont on l’accusait, Baptiste, son ami Baptiste grâce à qui il avait rencontré Lizelotte et appris tellement de choses par la bouche des clients de la taverne, ne pouvait en être coupable !

Il était prêt à bondir au secours du serveur quand une femme immense se dressa dos à lui. Il pila net, le nez à quelques millimètres de la masse de cheveux blancs. Il s’apprêtait à la pousser de côté (non sans proférer quelques excuses pour la forme) quand il réalisa soudain.

Cette voix. Cette silhouette. Cette aura menaçante.

C’était Mary Bell.

LA fameuse Mary Bell ! Le désespoir submergea Serafin. La densité de la foule massée derrière lui l’empêchait de faire demi-tour, et s’il donnait une bourrade à Bell pour la dépasser, non seulement il n’était même pas sûr de l’ébranler, mais en plus il aurait signé son arrêt de mort. Il piétina sur place un instant, mais avant d’avoir pu trouver une solution à son épineux problème, une main fine et délicate vint se poser sur l’avant-bras de la capitaine.

Et alors, tout s’enchaîna : la petite vendeuse de fruits (qui rougissait de pudeur à chaque fois que Serafin la saluait avec un grand sourire) avait supplié Bell, qui céda en un instant et se propulsa, mûe par une énergie extraordinaire, jusque sur l’estrade. En un instant, coups de feu, effets de manches et discours frappants dévalèrent de la scène - car c’en était une ! Serafin le comprenait enfin - pour abreuver la foule d’un spectacle qui l’électrisait.

Serafin poussa un lourd soupir de soulagement. Baptiste n’était pas en danger. À présent que la terrible capitaine était partie, il pouvait voir que la potence tenait à peine debout, et que les personnes présentes autour du supposé condamné n’étaient en rien habilitées à jouer leur rôle.

C’était une mise en scène ! Un grand sourire naquit sur les lèvres du jeune homme. Pour combler le tout, il était maintenant aux premières loges. Ça allait être un grand moment dans la vie de Tortuga, et il se ferait une joie de raconter à qui voudrait l’entendre comment la terrible pirate Bell avait défendu le serveur de la Jambe de Bois, avec l’impressionnant second de l’Amphitrite pour adversaire.

Ce dernier, après avoir bu une rasade d’un alcool qu’il portait sur lui, cria quelque chose d’inintelligible ressemblant à : “Spravedlivostye !”. Une voix aux accents râpeux et gutturaux s’exclama derrière lui, à l’attention générale : “Ça veut dirrre joustice !

Et sans réfléchir, Serafin hurla aussi fort que sa voix fluette le lui autorisait : “Justice !” La vendeuse de fruit reprit avec chaleur : “Justice !” Les autres spectateurs en firent vite autant, et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ce fut toute la foule qui scanda ce mot, comme un appel, le poing levé.
Ça allait être une journée historique.
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Lizelotte Daime

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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Sam 25 Sep - 16:03

« Mais qu'ils se taisent, cette bande d'animaux en rut... » grogna, non loin de là une si aimable blondinette.

Car oui, Lizelotte Daime était aussi de la partie, contre sa volonté. Sa journée à elle avait commencé par un agréable bain, dans lequel la jeune femme serait volontiers restée pendant des heures. Se débarrasser de la sueur rances des hommes qui lui avait « tenue compagnie » la veille n'était pas une mince affaire, le fumet était tenace. Si certains hommes ne supportaient pas l'odeur des autres clients quand ils venaient, la première indisposée était bien la prostituée elle même. Cette toilette, c'était pouvoir s'extraire des preuves de son métier qui, s'il ne la dérangeait pas tant que ça (c'est un travail comme un autre, avancerait-elle), ne lui plaisait pas non plus plus que ça. Après tout, personne n'aime vraiment son métier, dit-on. Et ainsi allégée, elle se sentait de pouvoir vivre comme n'importe quelle autre dame de la ville.

De plus, l'eau tiède contre sa peau nue détendait la blonde. Elle ferma les yeux et poussa un soupir d'aise. Mais on le sait bien : c'est quand on ne veut pas être dérangé que précisément, le sort fait qu'on l'est.

« Louzouuuuuu... gémit une voix fluette à travers la porte, y'a de l'animatiiiiion en viiiiiille...
- Qu'est-ce que ça peut me faire ? Rétorqua Lizelotte, s'obstinant à garder les yeux fermés comme pour contrer toute tentative visant à interrompre ce moment.
- J'veux y alleeeeeer...
- Je t'en prie, ne te prive pas !
- Pas seuuuuuuuule...
- Rah. »

Lizelotte ouvrit les yeux, sentant son habituelle attitude ronchon revenir au galop. Son quotidien lui sauta alors au visage. Elle était dans sa chambre, au couleur sombre et chaude d'un bordeaux fatigué, un lit en bois simplement sculpté et supplanté d'un matelas usé, une chaise ici et là, une table de nuit, une simple armoire qui renfermaient peu de robes, un grand bac pour son bain et un paravent comme simple décoration de chambre. Non, non, non, têtue, elle referma ses yeux avec conviction.

« Tarare ! Si tu veux y aller, vas, tu es grande !
- Mais ! Mais Lizouuuuuu... larmoya la voix derrière la porte.
- Écoute, trouve un moyen que je sorte de mon bain maintenant, et j'irai ! Mais je te préviens, c'est perdu d'avance ! »

Le moyen en question, Suzette n'eut rien à faire : il se trouva tout seul. Ça avait huit pattes, pleins de yeux et c'était entrain de se noyer près du ventre de Lizelotte. Heureusement pour la brave araignée, un petit mouvement d'eau la projeta un peu en avant et elle se retrouva sur une îles-sein émergeant de l'eau. Si la petite bête en fut soulagée, la grosse bête, elle, hurla à plein poumons. Légèrement intriguée, Suzette ouvrit, admira Lizelotte perchée sur une chaise tandis qu'une araignée paniquée cherchait à fuir loin de cette furie.

« Ooooh, une araignée-jolie ! Bonjouuuuur ! » sourit Suzette. Elle la prit entre les doigts et avec douceur, la fit sortir par la fenêtre. Puis elle se tourna, adressa un grand sourire à Lizelotte et commença à chantonner un air victorieux.



« Moi et ma... »

Et c'est ainsi que la jeune femme se retrouvait en ville l'air lugubre, au milieu des gens qui s’amassaient autour d'elle en criant et riant.

« Regaaaaarde ! S'écria une Suzette aux anges, c'est pas Aubrey ? Attend, je vais voir de plus près !
- Non, Suzette, tu rest-Non-non, ici, v-ah-m... Diantre, qu'elle est pénible. »

Car avec son incroyable pouvoir, Suzette avait disparut dans la foule. Habillée d'une robe bleu au corsage simple, ses cheveux encore humide noués en natte, Lizelotte croisa les bras, peu élégamment, avec son air irrésistiblement grognon. La foule s'agitait, la blonde fut légèrement bousculée mais une masse de cheveux qu'elle reconnue calma tout sursaut colérique. Elle attrapa le col du propriétaire, le tira vers elle sans révérence et soupira :

« Serafine... Tu pousses là où les ennuis germent, n'est-ce pas ? »

Car les ennuis, ça les sentait à plein nez, selon la prostituée. Une foule survoltée, des pirates qui s'ennuient, une fausse justice, un guignol qui pour se donner un simili d'importance, s'amusait à allumer les poudres de son arme pour rien, un procureur qui n'inspirait pas confiance et une capitaine sanglante... C'était ainsi sur ses gardes, le visage méfiant et sérieux que Lizelotte observait la scène qui promettait d'être remuante.
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Jacques Maupin

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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Dim 26 Sep - 15:12

- Non monsieur, je suis désolé mais je crois que vous faites erreur.

C’est avec l’œil circonspect de celui à qui on ne la faisait pas que Jacques examinait l’étal de victuailles. Il avait, serré dans son poing, les quelques pièces que le maître queux lui avait confiées, afin d’aller chercher de quoi améliorer l’ordinaire des rares égarés qui restaient à bord… Cette accalmie inquiétante avait au moins de quoi réjouir un peu les plus fêtards des hommes de mer, s’offrant alcool et stupre jusqu’à s’étourdir et oublier leur nom. Et quand pour la troisième fois il répétait, calme mais opiniâtre que non, le prix était inexact, le vieil homme buriné par le sel et le sable manqua s’emporter. Il failli secouer cet enfant trop avisé, caressa l’idée de faire un esclandre, de hurler comme il savait si bien le faire que c’était un scandale de refuser de payer ainsi… Mais il renonça en croisait les iris graves et sérieux.

Allons, c’était un gamin à arnaquer, il en passerait des millier d’autres. Celui-là était juste un peu plus dégourdi que la moyenne en calcul… En grommelant, le commerçant lui fourra son paquet dans les bras. Le mousse paya, sourit, serrant contre lui cette improbable pyramides de fruits et légumes, rattrapa agilement un melon fuyard… Et disparut, ondulant entre les cris et les rires, dans la chaleur moite de la foule lovée qui remue faiblement dans son sommeil. Entre les souffles avinés et les mouvements indistincts, comme un songe infime et fuyant.

L’homme repoussa l’impression bizarre qu’il avait eu en le regardant s’éloigner d’un haussement d’épaule. Qu’importait les incertitudes? Il avait vendu, et les pièces tiédies roulaient doucement entre ses doigts vainqueurs. Le reste, ce n’était que les frissons d’une conscience dormante…

La lourde cage d’osier au creux des bras, Jacques slalomait sans y songer entre flaques repoussantes, boues et déchets, pulpe de fruits écrasé sur les dallages humides, un peu raide dans les bouffées brûlantes d’odeurs vaguement âcres qui suintaient des tavernes ouvertes et des étals les plus douteux. Espadrilles légères et chemise trop grande, regard déjà lointain, léger comme une ombre. La viande, il lui manquait de la viande... Et puis aussi, il fallait qu’il trouve Crow, qui devait encore s’être fourré il ne savait où. Ah, et il y avait également…

- Justice!

… justice?

Un coup dans son dos, une bousculade, et des corps qui se pressent. Des hurlements, des beuglements joyeux. La foule s’était éveillée, et glissait tout d’un même mouvement vers la place centrale, pressant contre ses flancs et traînant de force les malheureux que le sort n’avait pas favorisé…

Emporté dans un irrésistible élan, l’adolescent se cramponna à son panier et tenta de faire demi-tour, jouant des coudes tant bien que mal. Effort dérisoire, nonchalamment effacé par les grincements sinistres de la potence grimée qui tanguait absurdement sur une estrade, animal étrange et désarticulé. Effort inutile, réduit à néant par la vision, sur la scène montée à la va-vite, d’un Kharine tonitruant et plus effrayant que jamais. Ce fut presque par réflexe que Jacques reflua, se glissant entre les épaules indistinctes, espérant être invisible… et pouvoir tout voir. Rapidement rassuré sur le sol du malheureux anonyme qui avait revêtu le rôle peu enviable d‘accusé, il ne fallut pas longtemps au jeune mousse pour comprendre que tout ceci n’était… qu’un étrange jeu de rôle où le destin s’amusait à distribuer au hasard les masques les plus incongrus.

L’enfant cessa de reculer. Parce qu’il y avait quelque chose de fascinant dans ce théâtre populaire improvisé. Parce qu’il s’inquiétait, un peu, pour le coupable qui clamait son innocence, lui-même seulement à demi convaincu…
Parce qu’en face du redoutable second se dressait Mary Bell, laMary Bell, et ces deux titans qui s’affrontaient, même pour une ridicule pantomime, était un spectacle suffisamment digne d’intérêt pour braver un peu l’impatience du maître coq et la hargne du russe.

De l’autre côté de l’arc de cercle respectueux qui s’était formé d’instinct, le mousse entraperçut une tignasse reconnaissable entre mille, sourit et fit un petit signe de tête à Serafin. Le regard clair survola sa compagne, une blonde inconnue au visage sérieux, puis s’égara dans la foule à la recherche d’un éclat roux, d’un visage connu… En vain. Jacques soupira, bras noués sur son encombrant fardeau, auréolé des odeurs de fruits mûrs… Et se tenait là, oscillant d’une jambe sur l’autre, dans l’expectative.
Une vibration grave et profonde tenta d’apporter un peu de sérieux solennel aux circonstances: quelqu’un avait trouvé approprié de faire s’ébranler le vieux bourdon fêlé. Pauvre vieille chose, dont le cri bas était distordu par les quolibets, les sifflets et les rires…
Pauvre son trop usé qui ne fait plus résonner les cœurs.

Avide, la foule se pressait sous l’estrade et cherchait son os à ronger quotidien, sa distraction… sa nouveauté du jour.
C’était un spectacle qu’aucun pirate n’oublierait!
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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Dim 10 Oct - 12:55

Le Prince des Tempêtes était amarré au quai de l’île de la Tortue depuis une semaine maintenant. «Mer d’huile» qu’ils lui avaient dit, ses compagnons de voyage. Madeleine ne savait même pas que ça existait. Elle trouvait la situation assez frustrante : à peine embarquée qu’elle était déjà revenue à Terre. Les forces de l’Univers s’étaient-elles donc liguées pour la retenir au même endroit toute sa vie ? Néanmoins, Madeleine, qui ne voulait pas se laisser abattre, avait décidé d’occuper sa journée de manière... ludique. Ce qui expliquait peut-être pourquoi elle était présentement en train de courir après des pigeons en souriant toute seule. La matinée était déjà avancée, et les passants désoeuvrés pouvaient donc apercevoir dans les rues de Tortuga une jeune fille à la longue chevelure rousse, essoufflée et rieuse, les joues rougies par le vent, poursuivre les innocents volatiles en prenant bien garde à ne pas s’empêtrer dans les froufrous de sa grande robe. Madeleine était une vraie enfant quand elle y mettait du sien.

«Boooooummmmmmm».

Et voilà, à courir yeux rivés sur le pavé, on risquait d’entrer en collision avec toutes sortes d’obstacles divers et variés.
La fille qui courait après les pigeons releva la tête. Elle venait de heurter l’arrière- train d’un homme qui portait un manteau de bête (vu l’odeur, c’était probablement un animal assez étrange) et qui se retourna pour voir qui lui avait foncé dessus. Il ne paraissait pas fâché, et il adressa un grand sourire à la jeune fille.

-...Dites, m’zelle, je suis sûr que jamais vous avez assisté à une exécution, vu votre minois tout frais.

Madeleine, avant de répondre, se demanda si son minois serait qualifié de «périmé» quand elle serait vieille.

-Non, jamais...

Elle allait ajouter que c’était une expérience dont elle se passerait bien, mais l’homme lui désigna quelque chose par dessus les toits de la ville. Une sorte de grand poteau en bois, au bout duquel se balançait.... une corde nouée ?
Ni une, ni deux, elle se retrouva au milieu d’une foule de personnes qui bavardaient et regardaient une bien étrange scène. Comme toujours, sa curiosité avait poussé Madeleine à se laisser entraîner dans une situation un peu particulière. Quand elle eut réussi à se frayer un chemin à travers la foule, la jeune fille essaya de comprendre ce qui se passait. Et ce qu’elle en déduisit la laissa bouche bée, et quelque peu angoissée. On allait juger quelqu’un... en public ! Pauvre malheureux. Pauvre gars qui ne semblait pas trop savoir comment il avait bien pu se retrouver là. Qu’avait-il donc bien pu faire pour mériter un public aussi agité ? Autour de lui se pressaient divers personnages, assez hauts en couleur... deux hommes et une femme, tous assez imposants, semblaient jouer un rôle conséquent, car on les regardait avec crainte, on les huait, ou on les applaudissait.
Une chose en particulier frappa la jeune fille : beaucoup de gens semblaient beaucoup s’amuser, et si elle avait vu certains d’entre eux sortir des tomates des poches de leurs capes pour les lancer sur l’estrade, elle n’eût pas été étonnée. Ca riait, ça plaisantait, mais ça ne semblait pas beaucoup prendre au sérieux la chose plutôt incompréhensible qui se déroulait au-dessus d’eux. Néanmoins, dès l’intervention du juge borgne, la foule se calma tout de suite, et comme par magie, les rires cessèrent. Un silence presque total s’abattit sur les spectateurs. L’avocate, puis le procureur succédèrent au juge, énonçant chacun un petit discours.
La foule augmentait au fur et à mesure, et Madeleine se sentait complètement perdue au milieu de ces gens hurlant «Justice». Qu’était-ce donc que ce truc ? Pourquoi ces gens semblaient-ils tellement... avides ??
Elle chercha du regard l’homme à la peau d’animal, mais ne l’apercevant pas, se tourna plutôt vers un jeune garçon tout fluet. Craignant de ne pas se faire entendre, elle posa une main aux doigts araignée sur le bras du blondinet, et lui demanda :

-Excuse-moi, mais...quel crime a commis cet homme ? Ce doit être grave, vu toute cette agitation... ?

Madeleine, malgré ses soupçons, n’avait pas encore compris la nature réelle du procès, et elle se sentait indignée par cette masse humaine assoiffée de sang, et de «Justice»
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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Mar 12 Oct - 16:40

* Palsambleu ! Encore un jour à quai… Faîtes qu’Éole libère enfin les Vents de leurs chaînes ! *
Tristan n’aimait pas lorsque la mer ne moutonnait pas. Il n’aimait plus. Avec le temps, les mers d’huile lui semblaient tristes et bizarrement peu rassurantes. Les vagues ne berçaient pas le navire, le bruit des rouleaux sur les rochers était engloutis sous le silence pesant. Puis sans le vent, un pirate n’était ni plus ni moins qu’un simple homme bien trop avare et curieux. Son grand rêve de liberté, ses belles notions de camaraderie et de justice s’en allaient avec la brise. Il n’était plus rien.

C’est pour cette raison qu’un pirate passait ses journées à terre lorsque l’océan n’ondulait plus. Il s’ennuyait, n’avait rien d’autre à faire que de visiter les prostituées ou jouer aux cartes. Mais après plusieurs jours ainsi, après avoir écumé tous les bars, entrouvert toutes les cuisses et perdu tous ses sous, la piraterie lui manquait. Il devait faire renaître ses sentiments enfouis, partis avec les vagues. Il avait besoin de se prouver qu’il était toujours le même, cet homme – ou cette femme, pour les plus courageuses – libre, entouré d’un équipage et faisant régner sa propre loi sur les Caraïbes ! Ce besoin de faire justice soi-même. Justice de Mascarade.

Oh ce n’était pas nouveau, cette idée. Tristan en avait déjà vécu beaucoup des jeux de ce genre, il les appréciait d’ailleurs. Lui, pourtant si seul et associal, aimait énormément se mettre dans la peau d’un personnage et hurler jurons ou sentences futiles. Ce n’était pas dans ses habitudes, et c’est ce changement radical que le vieil homme appréciait. Cela donnait toujours une drôle d’impression qui restait aux tripes des spectateurs. Il ne fallut que peu de temps à Tristan pour se rendre compte qu’une cour de justice factice était en train de se préparer. Contre toute attente de la part de son capitaine, sûr que ce vieux loup de mer resterait sur le navire, Tristan se dirigea vers la foule qui commençait à se rassembler. Cela faisait deux jours qu’il passait à écumer les boutiques d’armes à feu et de poudre. Deux jours qu’il ne savait comment se distraire, lui, simple amoureux de la mer. Il n’avait rien à faire en compagnie de femme de joie, rien à faire à boire verre de rhum sur verre de rhum. Ça ne l’intéressait plus vraiment maintenant que ses rides s’étaient superposées à sa jeune peau rosée. De temps en temps, pourquoi pas, mais certes pas deux jours de suite. Alors il partit voir ce qui se tramait, du côté de la potence.

Là-bas, près de la Taverne, les vieux ivrognes riaient et observaient le jugement qui se déroulait sur la place. Tristan, marchant calmement, souriant en mémoire d’un passé de faux et mauvais juge acariâtre, imaginait comment pourrait finir cette histoire pour le jeune garçon au centre de la mascarade. Le Borgne, visiblement détruit par ses quelques années de vies, semblait être un bien meilleur juge que lui. Seulement, face au Khazi, le gamin apeuré avait peu de chances de s’en tirer. Le sang glacé de l’Est était redoutable aux négociations, même opposé à la donzelle du Hell’s Ship – qui restait elle aussi à craindre. Tristan observa les choses se dérouler. Ses jambes de quinquagénaire lui permirent malgré tout – oui, parce que mine de rien, l’est resté assez sportif le gaillard ! – de grimper sur le rebord d’un toit d’une hauteur d’environ deux mètres. Bien sûr, il était d’abord monté sur un rebord plus bas, sportif mais pas surhumain ! De là où il était, il pouvait parfaitement voir le procès. L’œil sur tous les détails les plus minutieux. Il avait remarqué que Jacques était présent, dans un coin. Ainsi que plusieurs autres visages connus, ou du moins croisés. Des pirates aux habitants de Tortuga, tous se précipitaient pour voir ce qu’il se passait.

« Justice ! »
Désormais assis confortablement sur la toiture en bois de la maison sur laquelle il avait réussi à grimper – il s’agissait d’ailleurs en réalité d’une auberge – Tristan ne dit pas un mot. Il gardait son souffle pour crier à tout va, une fois que le procès aurait véritablement commencé. D’ailleurs, de quoi allait-on l’accuser, ce pauvre gars ? Mis à part, passer au mauvais endroit, au mauvais moment, sous les yeux du mauvais ivrogne.
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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Lun 18 Oct - 13:06

    Singulier amusement que celui des hommes pris au piège … ! Dans le silence des vents, la Mer avait pris la teinte morose d’un vieux miroir, et terrés sur leur île, les pirates avaient commencé à craindre ce reflet sincère qu’elle leur renvoyait soudain, et qu’ils n’avaient plus affronté depuis longtemps. Alors quoi ! On s’en laissa conter, livrant à des lèvres de femme des murmures d’amour qui avaient quelque chose de l’angoisse, noyant dans l’alcool des rires qui avaient quelque chose du sanglot. Qu'importe ! Les chansons gardèrent leurs envois paillards et leurs refrains vulgaires, mais ... le chant prit cet accent étrange que revêtent les derniers hymnes des condamnés. On crut alors faire la fête, goûter aux plaisirs de la terre, juste un peu plus longtemps, avant de se laisser porter de nouveau par le caprice des vagues … Et puis … Cela dura. Les rixes devinrent plus nombreuses, les coups portés plus violents – l’on enterra quelques corps sans nom et sans visage, morts d’avoir été là au mauvais endroit au mauvais moment, ou d’avoir élevé la voix à contretemps.

    En ces temps d’escale, Nogaret s'était toujours tenu loin des hommes, autant qu’il lui était possible. C’était là une vieille habitude, triste et nécessaire, pour nourrir sa méfiance et renfermer ses défauts. Alors pour tuer l’ennui, il passait quelques nuits d’ivresse dans les bras des femmes, pour l’aumône de quelques pièces ou d’un semblant d’amour, selon la fatigue qui pesait sur ses épaules et sa capacité à voiler son regard … Et puis, quand le plaisir et le sommeil venait à fermer les grands yeux noirs, les beaux yeux clairs, il laissait tomber le masque, laissant son regard errer sur les corps et les frustrations, sans plus dissimuler derrière une prétendue passion et des manières étrangères, ce qui, souterrainement, faisait sa vie. Un instant, loin des miroirs qui s’étaient formés, dans l’eau et dans la boue, il s’affaissait. Son visage prenait quelque chose de plus brutal et de plus dur, son regard, loin des froideurs intelligentes qu’on y décelait peut-être, son regard cueillait dans les exercices du désir quelque chose de plus brutal et de plus bête. Alors oui, un instant, il la regardait avec ces yeux-là, cette inconnue qui rêvait un peu, et puis l’heure passant, il s’en allait. Traîner dans les rues son amertume jusqu’au point du jour où, dans le silence de l’aube, il regagnait une maison noire ou une chambre sale, pour s’effondrer. Le temps qu’il faudrait.

    On voyait là du mépris, et cela l’arrangeait. Nogaret eût pu ainsi faire le tour des femmes de l’île, monnayant ses épuisements, cherchant à s’éteindre en se consumant trop. Mais cela dura. Cela dura et il dut bien tenir conseil devant l’impossibilité de repartir. Et ce matin-là, malgré la mer désespérément calme, il avait donné des ordres pour préparer un voyage que l’on n’osait plus attendre. Il sortit, vers midi, d’un de ces sommeils courts et inquiets auxquels il s'était fait et il voulut regagner la taverne, profitant de ce coup du sort pour observer ses marins qui, pris au piège, lui semblaient soudain plus familiers. Il flâna, croisant quelques visages qu’il salua froidement – les reconnaissant à peine dans la brume encore épaisse de son esprit las.

    Et puis ce fut une rumeur. Il crut d’abord entendre la complainte habituelle du marché, avec la voix éraillée avant l’âge des petites harengères et des marchandes de fruit, où entre les odeurs de viande marinée, de poissons et d’épices, on s’abrutissait un temps de goûts et d’odeurs que la mer gâterait trop vite. Mais cela avait quelque chose de plus plaintif et de plus joyeux à la fois, et Nogaret prit les ruelles, guettant la drôle de musique de la foule qui s'élevait par-dessus les toits. Enfin, au détour d’une rue, près de la Maison Errante, il vit cette mascarade qui avait commencé sans lui, et qui déchaînait les coeurs. Sans remarquer son maître canonnier, sans doute déjà perché sur les toits, il s’approcha même, vaguement intéressé – parce que le spectacle de la folie humaine était toujours le même et toujours autre … Il entendit plus qu’il ne vit les premiers mouvements du spectacle, et se sentait prêt, déjà, à prendre du recul, se détourner et partir ... Mais lorsqu’il entendit la voix rocailleuse de son second cracher quelque chose en ses accents barbares, son intérêt s’éveilla tout à fait, et il fendit la foule.

    Il eût pu se frayer un chemin, à grands renforts de réputation volée et de coups de pistolet, mais il se faufila, comme un homme de rien, cherchant à voir avant tout, parce que cela était devenu important … Il n’était pourtant point dans ses habitudes de se faire discret et de taire sa présence – la vie avait sa part de spectacle, que l’on se devait d’honorer à moins d’être un lâche. Mais en l’occurrence, voir son second jouer le rôle de l’accusateur, librement, sans pensée pour le capitaine et les officiers qui devaient être en leurs quartiers à cette heure … Cela lui sembla chose à ne point manquer. Et puis s’avançant – drôle de hasard ! - il aperçut une silhouette fine qui lui semblait familière - un gamin croulant sous un panier de fruits. En chemise malgré la fraîcheur matinale, une ombre sur les joues, Nogaret avait perdu déjà un peu de ce fringant capitaine que l'on connaissait, avec sa fierté et ses manigances ... Mais il s’approcha et sans crier gare, trop calme dans la foule trop bruyante, il posa sa lourde main sur l’épaule frêle, la sentant tressaillir. Ce fut sans un regard, les yeux rivés sur le procès qui commençait qu'il lâcha, de ce ton même qui n'était plus celui de son apparence :

    - Le second de l’Amphitrite se donnant en spectacle … Face à Mary Bell, encore ! Ce serait peut-être la seule image passible de t’éviter le fouet pour avoir désobéi au Cook. Tout le monde serait d'accord pour dire que c'est quelque chose qui ne se manque pas. Encore faudrait-il qu’il acceptât d’imaginer le Khazi en train de fanfaronner sur une scène …

    Baissant les yeux sur le gamin - celui-là même qu’il avait cherché à piéger fut un soir, et qui lui avait échappé, trop vite à son goût - il cueillit une pomme, pas bien rouge, qu’il croqua sans plus de cérémonie.

    - Qu'est-ce qu'il faut crier, alors ? ... Justice, vraiment ? C'est ce que s'amusent à crier des forbans qui tous, sont fiancés à la corde ? Tant et si bien qu'elle en a embrassés bien d'autre en leur absence, l'impatiente ... Justice, donc ? C'est drôle ...

    Singulier amusement que celui des hommes pris au piège.

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Vous savez bien que je déteste les moralistes
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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Mar 14 Déc - 22:02

«La parole est au procureur !»

L'écho d'une sentence revint aux oreilles du procureur, qui se rappela avoir déjà entendu ça. Rangeant la flasque dans la poche d'où elle venait, Kharine s'avança sur le rebord de l'estrade. Il feignit la patience jusqu'à ce que la foule cesse de hurler. L'espace d'un instant, il sentit planer une atmosphère nauséabonde, juste derrière son dos. Un juge, un avocat et un accusé, tous trois tendus jusqu'au bout des ongles, le fantasme d'une importance.
Kharine, le monument.
Encore une fois, toutes les faces fabuleuses de sa notoriété plaisaient à son imagination. Elle se nourrissait d'elle même et piquait la réalité comme un amuse-gueule épicé. Elle le faisait se tenir droit et prestant devant un public qui ne regardait que lui. Un public, tout aussi bien qu'un jury, tel que celui-ci. Le silence s''y glissa lentement, et bien tôt, l'on ne regardait plus Kharine. Toute la rue était suspendue à ses lèvres, puisque c'était précisément de cet endroit que l'on attendait toute l'intonation du procès. Et personne ne pouvait la lui enlever. À cet instant, il était irremplaçable.
Kharine, l'irremplaçable.
Sa voix fut celle d'un dieu. Inexplicablement amplifiée par un mystérieux effet acoustique. C'était une voix grave et profonde, éraillée par l'âge et l'alcool, et vrombissait à travers tout son corps qui amplifiait alors ce sentiment glacé qu'il laissait le parcourir avec fantasme. Tandis que ses paroles tombèrent comme des commandements, il se sentait être un ange antipathique annonçant le jugement dernier, la fin des hommes.

«L'accusé devra répondre de ses crimes face à la cour et au juge. Son avocat... Les sentences encourues pour les crimes suivants sont claires ; La pendaison. Cette homme, Aubrey Smith est accusé d'avoir volé l'honnête récolte du patron de la Jambe de bois, de pillages et sabotages réguliers à la Jacressarde, de violence en état d'ivresse, de fausse simonie, de corruption, et de multiples autres crimes !»

L'introduction fut magistrale, tout autant que les clameurs qui s'intensifiaient dans la foule. Le procès n'avait pas encore commencé que l'on appelait déjà à la mort. Face à cela, cette masse grouillante que Kharine menait où il voulait mener, il se dit, satisfait, que manier la langue donne raison à tous les hommes comme à tous les diables. Faire hurler une foule lui semblait alors aussi facile que de verser du vin dans un verre à vin, que de ranger un sabre dans un étui à sabre, que de tasser la poudre au fond du barillet.
Kharine, le démagogue.
Il se sentait alors en sécurité. Sa voix seule avait rangé quelques centaines de personnes de son côté, et son adversaire était une femme.
Quoi que cela puisse paraître couard, la jouissance d'une bataille gagnée d'avance était le meilleur plaisir au monde aux yeux du pirate. On savoure mieux, selon lui, chaque goutte de sueur, chaque goutte de sang, chaque perle d'or. Quand la fin est acquise, les moyens sont infinis. On peut tout se permettre, on peut tout risquer. Alors, il n'y a finalement aucune lâcheté à s'opposer à plus faible que soi. Il ne s'agit que d'un chalonge.
Kharine s'approcha lentement de son adversaire, l'avocat. Il s'inventa, dans le regard de cette dernière, une profonde détresse, et s'y planta confortablement. Tel était son fantasme, sans cesse naissant, que celui de soumettre le sexe faible. Sous les clameurs, seule Mary put entendre ces paroles craquer contre ses oreilles ;

«La prochaine fois que la poudre parlera, très chère, ce ne sera pas en votre faveur, mais en celle du diable.»

On l'acclamait encore. D'abord sans quitter le regard de son ennemie, Kharine se lança à nouveau dans un verbiage, mielleux et blâmant.

«Vous avez entendu cette femme ! Condamner cet homme serait nous condamner tous ! Nous sommes des pirates ! Nous n'avons rien à voir avec cette ordure ! Nous ne pillons pas le dernier refuge de nos semblables ! Nous n'invoquons pas Dieu ! Nous faisons ce que nous devons faire, nous suivons nos propres destins ! Manifestement, cet homme a perdu le sien, car si nous ne pouvons l'accuser de cela, nous pouvons l'accuser d'être un pirate sans navire !»

La foule n'était maintenant plus ivre que d'alcool, mais enfin de rage. Il s'agissait maintenant de garder l'estime de la "cour", et de la maintenir en mobilisant l'honneur des pirates. Kharine dégusta le moment, comme son coin caché de sourire le montrait.

«J'invoque maintenant le code d'honneur des pirates ! Ce code, que l'accusé a enfreint par ses pillages réguliers de la Jacressarde, a été violé ! Il stipule qu'aucun pirate ne doit voler un autre pirate. Moi-même, je ne sais s'il s'agit là d'un procès officiel, ou d'un procès de pirates, donc si le code d'honneur doit être appliqué à la lettre, mais si nous sommes des pirates, comportons nous comme des pirates, et condamnons le comme il se doit !»

Le châtiment pour cette faute, chaque pirate la connaissait ; On coupait le nez et les oreilles du coupable. Comme Kharine, la foule s'excitait déjà, à peine la condamnation évoquée. La simple idée de saigner son semblable était, du point de vue de Kharine, du haut de son estrade, ce qui rassemblait tous les hommes.

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Evan Lenoir

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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Lun 27 Déc - 17:57

Depuis le début je suivais la mascarade avec amusement, presque détente. Il était si agréable lors d'une telle... empoignade de mots de n'avoir à prendre partis pour personne! Et quels acteurs! Mary Bell avait pour elle le nom, le regard, la poigne! Le russe - que décidément je ne pouvais dissocier de l'image d'un tronc d'arbre - avait de son côté une réthorique des plus... convainquantes. Du moins quand il ne parlait pas russe. Et c'était un vrai délice de les voir s'affronter tout en restant tranquillement assis sur son bout de bois - cet infâme meuble ne méritant finalement pas le noble nom de tabouret. Qui gagnerait? Du nom ou de la parole? La tête de mule... ou l'autre tête de mule? Paris en eut fait un opéra : le jugement solennel de Baptiste Rivière! La justice des pirates! Je me dis aujourd'hui qu'il est bien dommage que l'immense Beethoven ne soit né justement que cette année-là : il en eusse fait son chef-d'oeuvre!

Je n'était pas d'accord cependant avec tous leurs arguments - qu'ils lançaient comme vingt poignards - et certains me paraissaient même plus que douteux. Avions-nous tous choisis le pillage? Personnellement, j'étais ici pour la liberté et non pour l'or... Et condamner un pirate juste parce qu'il se trouvait sans navire? Diantre, pourvu que le russe n'apprenne pas mon état... Ou moi-même, j'aurais à passer sur l'échafaud! Insinuations qui ne semblaient point gêner la foule : et l'on devait au moins reconnaitre à mon tronc d'arbre qu'il était plus apte que la Bell à gagner coeurs et clameurs. Le bruit en devenait assourdissant! Tous ces hommes et femmes de vices criaient à la curée, brandissaient le poing et condamnaient d'avance le pauvre diable - ou l'infâme criminel, selon le jugement - avant même qu'il n'eut dit un mot. Cela en devenait presque une dictature... et le russe commençait à prendre un peu trop de suffisance à mon goût. Nous étions parmis les hommes, non les dieux. Il n'y avait pas lieu de fanatiser les âmes - juste de laisser juger les hommes. En fin de compte, mon tour était revenu : il fallait remettre en place le démagogue.

Et je ne fis pas dans la dentelle.

Rassasié d'alcool - pourquoi en buvait-il d'ailleurs, avait-il besoin de courage ou d'oubli? - il avait rangé sa flasque dans une large poche de son trop flottant pantalon - c'était vrai au fait, qu'il était plutot maigre. Un tronc de bouleau, sans plus. Et le goulot de ladite bouteille émergeait encore du tissu mouvant. Trop tentant, beaucoup trop. Un rictus d'amusement vint étirer mes lèvres, je sortis une nouvelle fois mon pistolet et tirai nonchalamment sur le bout de verre, qui éclata avec un bruit sec. La balle continua son parcours pour aller se ficher dans un mur voisin, et la détonation, par enchantement, fut suivie du silence. Le tronc d'arbre resta ballant là, figé dans son élan. Les têtes soudain muettes étaient tournées avec immobilisme vers moi - vers celui qui une fois de plus quémandait leur attention et leur mutisme. Je contemplai mon auditoire avec un sourire pleinement satisfait. Quel calme! C'était presque reposant!

Sans me presser, je sortis une poudrière de ma poche et en bourrait conscienceusement le pistolet, l'air parfaitement détaché du monde extérieur. A milieu de ma tâche, je levai l'oeil vers le russe, qui me regardait sans que moi, je ne me fixe vraiment sur lui. J'aurais tout aussi bien pu m'adresser aux mouettes, peu importait. Je parlais à la cour, à la foule, à Tortuga, au monde entier peut-être. Et surtout, je restais assis. Celui qui peut se permettre de garder le confort est en position dominante - plus que celui qui tente de se grandir, parce que sa voix ne lui suffit pas.

"Nous ne sommes pas au tribunal d'Odin, procureur. Tâche de rester le mortel que tu es et rappelle-toi qu'à la fin, c'est moi qui jugerai. Pas la foule. Et vous autres, épargez mes oreilles."

Ces mots clairement énoncés, j'insérai les cartouches et armai le chien, en prenant soin d'en faire lentement craquer le mécanisme. Il est peut-être lâche d'avoir recourt aux armes dans un procès, surtout quand on est juge, mais il ne faut pas sacrifier la prudence au style. J'étais capable de me battre contre le russe, je le pensais sincèrement, tout aussi bien que contre la Bell. Mais entre eux et moi, pour ce jour au moins, je me devais de placer une barrière d'autorité. Et ce n'était pas ma stature qui allait m'y aider.

J'ai tourné le regard vers l'avocate, mon arme pointée vers le ciel. Il fallait avancer maintenant.

"J'ai bien entendu les chefs d'accusation. Qu'en dit la défense?"

Il serait toujours temps de passer aux témoins après.
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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Mar 8 Fév - 11:04

Que cette grande barrique impose le silence, soit. Mais qu'il se prenne pour un roi, c'était une autre affaire. Mary croisa ses bras contre son ventre et leva son menton, dans une attitude rebelle à toute forme d'obéissance, une attitude têtue et bornée qu'elle avait adoptée depuis bien des lustres.
L'énorme animal, quand à lui, exposa les accusations qu'il inventait au fil de ses paroles contre l'espèce de tâche qui encombrait le tabouret, non loin d'elle. Mary n'avait que faire de cette loque de serveur. Elle s'était faite avoir par le regard doux et triste d'une jeune fille en fleur, mais, maintenant, la pirate s'était ressaisie et elle n'avait que faire de défendre la misérable existence de cette outre à vin d'Aubrey Smith. Si cela ne tenait qu'à elle, elle abattrait les trois hommes d'une balle en pleine tête. Et l'affaire serait close. Elle pourrait alors descendre de cette pitoyable scène et reprendre le cours de ses loisirs, à savoir boire un petit coup et papoter tranquillement avec les filles du quartier. Sans oublier de détrousser quelques manants pour se refaire de la monnaie.
Malheureusement pour la Capitaine, ce n'était pas encore l'heure des festivités. Revoilà l'ours de Sibérie qui s'approchait d'elle d'un pas sûr et hautain. De quoi crispée la Dame qui mourrait d'envie de lui enfoncer son pied dans les parties molles de son anatomie.

« Ça tombe bien, il parait que je suis son engeance. » souffla-t-elle au scandinave lorsqu'il dit que le prochain à faire parler la poudre sera le diable lui-même. Mais l'ogre ne semblait pas l'avoir entendu et reprit son monologue pompeux.

Et elle faillit pouffer de rire lorsqu'il énonça vouloir aussi condamné l'autre d'être un pirate sans navire. Mais qui ne l'avait pas été avant de pouvoir monter à bord d'un vaisseau ? Cette touffe de poil aurait-elle oubliée son propre passé ? Nul pirate n'avait commencé sa vie avec un bateau dans la bouche. Chacun avait du trimer pour en avoir un. Et Mary Bell, plus que quiconque, savait quelle énorme travail cela pouvait représenter que d'acquérir un navire digne de ce nom.. enfin, Thétis aussi. Vu que c'était elle qui avait fait main basse, la première, sur le Hell. Mais Mary repoussa cette brève pensée pour son ombre et esquissa une sourire sardonique aux paroles du soi-disant procureur.
Lorsque soudain la poudre retentit à nouveau, ramenant le silence sur la place. Surprise, Mary avait immédiatement saisit son propre pistolet et l'avait presque dégainé. Elle jeta un regard noir au borgne qui les dédaignait avec force de patience et de minutie, tandis qu'il rechargeait son arme. La pirate garda la main sur le manche, comme elle hésitait à s'en servir ou non.
Bien qu'elle reconnut que ses paroles abondaient dans son sens, Mary n'avait pas du tout aimé qu'il utilise à nouveau son pistolet.

« La défense ne donnera pas de troisième sommation. Si vous faites mine d'utiliser encore votre pistolet, je vous ferais ravaler vos couilles sans garniture. Me suis-je montrée assez claire, cette fois-ci ? » alors qu'elle posa son autre main sur la garde de son sabre.

Puis la Dame Blanche se tourna vers le russe.

« Quand à vous, l'ostrogoth, ne parlez pas du code des Pirates ! Quand on porte un rat mort sur la tête, on n'est pas digne de l'invoquer. Quand à porter des accusations, laissez-moi rire ! C'est vous qu'on devrez accuser ! On devrait vous pendre pour faute de goût ! Non mais sérieusement. Comment voulez-vous qu'on vous prenne au sérieux avec ce couvre-chef immonde sur la tête ? »

Mary Bell n'avait pas la force naturelle du russe, mais elle avait bien assez de charisme et de prestance pour le défier sans aucune peur. De toutes les manières, Mary n'avait peur d'aucun homme, d'aucun être humain, ni d'aucun animal. Cette chose devant elle semblait se situer entre les deux genre.

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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Dim 20 Fév - 21:37


    Les vieux forbans - étrange et ô combien rare espèce ! - qui avaient eu les premiers l'idée de cette fantaisie s'étaient effacés, comme discrets poètes devant des acteurs d'expérience, tandis que la foule s'attroupait toujours, guidée par l'ennui et la curiosité malsaine des hommes devant les massacres. Des trois, Carabras était celui qui observait avec le plus d'attention - il faut dire que Javier titubait déjà vers quelque intérêt plus prégnant, en l'occurrence, une bouteille de rhum qui traînait à quelques pas. Mais le vieil homme aux yeux clairs était demeuré, calme, silencieux, et son regard allait d'un protagoniste à l'autre. Peu à peu, il oubliait les cris qui faisaient résonner les ruelles, et il observait tour à tour cette grande femme qu'il avait amenée là, dans une ironie trop audacieuse, cet homme des terres glacées, comme sorti d'un autre monde, et le juge en son costume grotesque - la Justice des pirates est borgne, faute d'être aveugle. Entre eux, assis, l'air inquiet, le jeune Baptiste semblait plus frêle encore. Si immobile qu'il s'était sans doute laissé oublier, Carabras réagit cependant quand Mary parla. Alors qu'elle terminait, il se leva d'un bond. Il craignait sans doute que cela vire à l'affrontement ad hominem - ce qui n'eût pas manqué de faire quelques dégâts, vu les personnalités en présence. Et une idée lui vint, soudain. Ce qu'il manquait présentement à la scène pour que la folie soit complète, c'étaient ...

    - Des témoins ! Il nous faut des témoins ! Loin de moi l'idée d'remettre en cause vot' parole, mais on va pas d'mander au juge d'choisir comme ça à çui qui criera l'plus fort.

    Il lui sembla qu'un homme avait crié, dans la foule, un « Et pourquoi pas ! » qui entraîna quelques rires. Carabras attendit un instant, guettant les gestes du peuple : les foules étaient réactives comme les flûtes hollandaises qu'il avait connues en sa jeunesse, et qui prenaient les vents avec l'inconstance d'une femme et la légèreté d'un oiseau. Un simple courant d'idée, une suggestion menait souvent bien plus loin qu'on ne pouvait le prévoir. Mais on ne bougea point. Alors il sourit, doucement – cette foule, bigarrée et criarde, avait quelque chose de trop sage à ses yeux. Peut-être ne se sentait-elle point assez impliquée ? Ou trop à l'abri, peut-être ? Alors il prit place derrière le siège où tremblait Baptiste – ce dernier avait-il déjà oublié le clin d'œil du Khazi, ou craignait-il ce que ce signe pouvait signifier ? Puis il embrassa la foule d'un long regard, imposant silence autour de lui, un instant ... C'est là qu'il aperçut au loin une jeune fille plutôt bien de sa personne, l'air arrogant d'être trop respectable, étrangère jusque dans sa démarche ... Cela le décida. Sa voix, tremblante à présent mais forte encore, résonna dans la ruelle :

    - Hé vous là-bas ! Oui, vous ! Approchez !

    Mais elle semblait hésiter alors perdant patience il s'exclama plus fort encore :

    - Allons donc ! Forbans, amenez-moi donc la d'moiselle ! L'spectacle doit êt' complet !

    Malheureusement pour elle, on l'entendit. Carabras se frottait les mains tandis qu'on lui amenait cette captive d'un nouveau genre; Elle ne connaissait rien à l'affaire – y avait-il même une affaire ! Il était même étrange qu'en tant que témoin on l'amenât comme l'on eût fait d'une prisonnière rétive. Cependant, les gens de Tortuga n'étaient pas a priori de grands bavards, et s'ils aimaient à assister aux fanfaronnades, il était difficile de les y faire participer. Et s'embarrasse-t-on d'usages en piraterie ! Une fois la jeune fille amenée au pied de la scène, Carabras reprit, avec une jubilation certaine :

    - Mad'moiselle est au courant d'quelqu'chose, pour sûr ! T'nez ma mignonne, r 'gardez bien ce garçon assis là comme à s'procès. Il a fait quelque chose de mal, qu'il dit c't'homme-là, et Madame prétend l'contraire. Alors faut nous dire d'quoi le sauver ou d'quoi le faire pendre.

    Et pour donner quelque saveur au jeu, il ajouta, insidieusement, déchaînant d'un mot les passions de la foule :

    - Et si vous dites rien, que vous n'choisissez pas, vous vous r'trouverez à sa place – un témoin convoqué qu'a rien à dire est coupable. Vous brisez not' mascarade.

    Et ses yeux clairs couleur des aubes froides embrassèrent la foule une dernière fois, tandis qu'il restait, calme et souverain au milieu des victimes et des bourreaux de la cause. Sans doute s'arrêtèrent-t-ils sur chacun de vous, perdus dans la foule, avec l'air de vous dire : peut-être est-ce bientôt votre tour ...

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"Malheureux l'homme, qui fonde
Sur les hommes son appui.
Leur gloire fuit, et s'efface
En moins de temps que la trace
Du vaisseau qui fend les mers,
Ou de la flèche rapide,
Qui loin de l'oeil qui la guide
Cherche l'oiseau dans les airs."
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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Jeu 24 Fév - 14:15

Pitoyable.

C'était là l'unique mot venu ébranler le masque d'impassibilité qu'elle s'était forgé, ayant forcé ses fines lèvres à remuer et animant presque le visage de l'élégante. Quelques syllabes qui, bien que portées par une voix douce et posée, sonnaient comme une terrible injure.
L'enfant Tilbury avait observé de loin le choix des protagonistes du procès factice. Elle n'en reconnaissait aucun, si ce n'est la femme dont la chevelure blanchâtre participait à la réputation mais cela ne s'en tenait bien qu'à ladite notoriété. Elle avait vu -ou plutôt entendu- l'imposant russe rendre la foule frénétique, l'agiter plus qu'il ne le fallait, plus qu'elle ne l'était avant son entrée en scène toute aussi magistrale. Ces personnes invitées voire forcées à jouer leurs rôles donnaient presque à la scène de théâtre l'air d'une troublante vraisemblance: eux-mêmes devaient s'être pris au jeu.
Ce n'était pas tant le spectacle qu'Elizabeth critiquait, non. Au contraire, elle s'était presque adoucie lorsqu'elle avait comprit la mascarade; elle lui rappelait quelques souvenirs doux-amers de son enfance, lorsqu'elle s'imaginait vivre batailles sanglantes et périlleuses aventures en compagnie de son frère. En somme, les jeux innocents d'enfants tout aussi naïfs.
Mais avait-on idée d'être si bruyants ? La soudaine animation l'agaçait plus qu'autre chose, elle qui aspirait à un peu plus de calme et de tranquillité de si bon matin. Et si cela ne tenait qu'à elle, Elizabeth les aurait déjà tous envoyés à la potence, une vraie cette fois-ci, pour atteinte à la bonne humeur d'une Tilbury.

Etant donné la façon dont les trois ivrognes avaient tiré les quatre malheureux sur l'estrade sans autre forme de procès -aucun vilain jeu de mot- Elizabeth préféra ne pas trop s'en approcher. Elle ignora même les cris de l'un des instigateurs puis les regards appuyés que lui lançaient à présent la plupart des gens, non sans une certaine irritation, espérant vainement qu'on finirait par l'oublier.
Non, décidément, ce n'était pas son jour.
Sans doute ne s'était-elle pas suffisamment éloignée; posant ses mains sur ses fines hanches, l'effrontée releva la tête et planta deux prunelles grisâtres dans les celles de l'homme qui l'avait interpellée de loin. Elle n'avait pas froid aux yeux, la Tilbury.

« Avec tout le respect que je ne vous dois pas, je ne vois pas pourquoi je me devrais d'approcher ces planches miteuses qui vous servent de scène. »

Ignorant ses paroles, on la poussa au pied de ladite scène à la demande de Carabas, de manière à ce qu'elle se prête au jeu et ce sans lui laisser la moindre de chance de s'échapper. Elle murmura un vague « Bande de rustres ! » et tenta vainement de repousser les prises audacieuses des forbans trop impatients.
Il lui désigna le pauvre Baptiste, tremblant de tout son corps et de toute son âme, lui demandant simplement de prendre parti. La volonté d'Elizabeth semblait flancher tandis qu'elle détaillait le coupable d'un jour: il avait eu encore moins de chance qu'elle, elle eut presque pitié.

« Et si vous dites rien, que vous n'choisissez pas, vous vous r'trouverez à sa place – un témoin convoqué qu'a rien à dire est coupable. Vous brisez not' mascarade. »

La jeune femme ouvrit la bouche, prête à contester, à affirmer qu'elle ne connaissait pas l'accusé et qu'elle n'avait de ce fait rien à dire mais la referma aussitôt; elle comprit qu'elle n'avait pas le choix et se résigna.
Elle réfléchit un instant et décida contre toute attente de se prêter au jeu: il n'y a qu'ainsi qu'elle aurait la paix. Et le sentiment de pitié ressentit l'obligeait à défendre le malheureux.

« Ne voyez-vous pas combien cet homme semble perdu ? Il me paraîtrait absurde qu'il ait commis de tels crimes... Et je suppose que même si je venais à me tromper et qu'il avait bel et bien commis ces vols et autres dont le mastodonte l'accuse, cela m'importerait peu. »

Elle épousseta quelques pans de sa robe.

« Qui n'est pas violent lorsqu'il est ivre ? A moins que l'on ait l'alcool triste. Quant à ces pillages, jamais entendu parler, je ne pourrais donc vous être d'une quelconque utilité. Il ne me semble pas non plus qu'il s'en soit vanté et il faudrait pour en être sûr que quelqu'un l'ait clairement vu. »

Elle s'arrêta, hésitante. On ne lui posait aucune question, aucun des protagonistes cherchait à en savoir plus pour le moment. Elizabeth poursuivit donc, heureuse de ne pas avoir à s'expliquer davantage et la mine presque boudeuse.

« J'ajouterai enfin que cela m'est bien égal, ce qu'il a pu faire et cela ne m'atteint pas. Mais si la plupart d'entre nous doutent de l'accusation, il serait vain de le pendre. Je ne le connais pas non plus. En revanche, d'après ce que j'ai pu entendre et comprendre, l'on tient également à l'accuser d'être pirate sans navire. Alors vous devrez me pendre aussi, car je suis dans le même cas et je doute être la seule. Et sans bateau, comment aurait-il pu piller la Jacressarde aussi aisément ? Constatez donc l'absurdité de vos accusations. »

Elle toisa un instant l'accusé et soupira, son caractère reprenant le dessus.

« Il a l'air bien bête. On eut vraiment peine à croire qu'il ait commis de tels crimes. »

Sur ces quelques paroles tant médisantes qu'elles se voulaient pourtant favorables, à sa manière, à l'accusé, Elizabeth laissa aux procureur, juge et avocat le soin de considérer ou non son témoignage.
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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Mar 1 Mar - 22:08

« Et ça parle de Justice ! Renifla une certaine blonde dans la foule.
- Que'que chose à ajouter mignonnette ? Demanda un certain autre marin dans la foule.
- J'dis juste que la justice, sur cette île, elle existe pas. »

Lizelotte aurait tout donné pour ne plus être sur cette place, près de cette mascarade qui transformait, à son goût, ses congénère en troupeau imbécile. Un coup de langue mensongère et les voilà qui bêlaient à l’unissons ; un coup de feu et les voilà bien docile. La bassine qui lui servait de baignoire lui semblait alors bien plus attractive que l'odeur rance des hommes contre lesquels elle se retrouvait serrée au moindre mouvement de foule, combien même l'eau était froide. Mais il fallait croire que la paix n'était pas près de revenir car sans qu'elle ne demande rien, voilà qu'on lui attrapait le poignet et qu'on la trainait vers l'estrade.

« M'sieur l'juge ! Vl'a une donzelle qui trouve à r'dire sur vot'justice ! Aller, va, s'adressa-t-il à la jeune femme qui se débattait, explique donc ça ! »

Et d'un mouvement sec, la voilà qui se trouvait projetée contre la scènette. Lizelotte leva les yeux et se décida à faire demi-tour, n'ayant pas envie de se trouver aussi engagée dans cette affaire ridicule que l'autre demoiselle l'avait été. Et surtout pas à la vue des protagonistes déjà présents. Un pas en direction de la foule et le marin, narquois, demanda :

« On a peur d'la justice, mam'zelle ? »

Ce fut suffisant pour piquer Lizelotte au vif.

« Oh, ça ? Une justice ? Ou voyez vous une justice dans c'truc ? Vous voulez que j'vous dise ? S'il y avait la moindre justice sur cette île, alors, on danserait tous au bout d'une corde. »

En quelque pas, Lizelotte revenait vers la scène, montait dessus et se dressait face à la foule. Là, elle placa une main devant sa bouche et rigola doucement, un sourire innocent aux lèvres.

« Oh, mais tout va bien ! Si l'on croit les dire de cet homme au rat-mort, alors, si nous avons un bateau, nous valons mieux que cet homme en cage ! Bien sûr, j'avais oublié, une barque sur laquelle naviguer donne tous les droits, suis-je bête. Quand le ventre gronde de faim, heureusement que je suis pirate pour voler et me sustenter, c'est sûr. Pauvre Aubrey, condamné car il n'a pas de navire... »

Puis la jeune femme se redressa, posant ses bras sur les hanches.

« Ah, oui, car c'est bien lui que nous condamnons, n'est-ce pas ? Mais l'avez-vous bien vu, ou votre outre vous fait-elle tourner la tête ? Cet homme là, voler le patron de la jambe de bois -sans rire, avez-vous le bestiaux en question- ? Par la même, faire des pillages répété à la Jacressarde ? Sans navire comme l'a fait remarqué la demoiselle ? Oui, concédons qu'il doit être bon nageur... Et simonie ? Corruption ? Et ce serait un tel homme qu'une femme de rien viendrait défendre par pitié pour lui ? Sacré affaire.

Et puis, il serait bon de vous décider pour de bon. Un coup vous vous glorifiez de valoir tellement mieux que lui, vous êtes pi-raaaa-te !
 » articula-t-elle soigneusement dans un geste de provocation « Alors que lui, visiblement non. Puis vous le dîtes pirates pour pouvoir le juger selon votre code des pirates ? Choisissez, soit il l'est, mais alors, votre glorieuse race compte de tristes énergumènes dans vos rangs ou alors vous avez un bien mauvais jugement sur les vôtres, soit il ne l'est pas, dans ce cas, c'est à la vrai justice de décider de son compte. Vous savez, la justice... »

D'un geste du pouce, Lizelotte dessina un trait sur sa gorge, bruitant un déchirement sinistre du coin de sa bouche. Peut-être cette provocation là était-elle de trop. D'un revers de main, elle balaya les revendications.

« Mais rassurons-nous, la justice n'existe pas, ici. »

La jeune femme finit par croiser les bras sur sa poitrine et conclut en penchant la tête.

« Et puis, je connais Aubrey Smith, et mademoiselle a bien raison : il est trop bête pour parvenir à faire ce dont vous l'accusez. Ou alors, je veux des preuves, procureur. Des preu-ves. »
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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Lun 21 Mar - 10:41

« Et bien, il me semble que ces demoiselles ont tout dit. Qu'ajouter de plus à ces arguments ? »

La voix de Mary Bell s'imposa sur la place, se rappelant au bon souvenir de la populace. Elle n'avait certes pas briller par son élocution mais elle n'en avait cure. Elle s'en fichait royalement de cet Aubrey, après tout. Un homme de plus ou un de moins sur la surface de cette terre, la laissait totalement indifférente. Ce qui lui avait plu, en revanche, c'était l'intervention de ses deux exquises jouvencelles. La Fortune avait bien oeuvré et ce qui aurait pu être comme une déplaisante farce devenait un numéro de cirque intéressant. Une fille de joie et une petite bourgeoise prenant la défense d'un brigand. Ce n'était pas là événement journalier, de mémoire de pirate.
Mary, ignorant superbement l'ostrogoth de russe, vint appuyer le témoignage des deux filles en se plaçant à leurs côtés. Un brouhaha parcourait la foule qui réfléchissait aux nouveaux arguments que venait d'exposer les deux témoins improvisés. Elles avaient vus juste, apparemment. Il y avait les irréductibles qui voulait du sang pour du sang, et il y avait les autres, un peu plus malin, qui se demandait si les bonnes femmes avait p'têt raison dans le fond...

Mary se tourna un instant vers le juge.

« Il serait temps de faire votre boulot, l'borgne. Qu'on en finisse une bonne fois pour toute et que tout l'monde puisse retourner à ses affaires. »

Affaires qui consistait pour la pirate à faire un brin de causette avec son chaton préféré qui était apparue telle Vénus sortant des flots sur la scène, et qui, comme à son habitude, n'avait pas hésité à dire le fond tranchant de sa pensée. Une occasion pareille ne se ratait pas.


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Evan Lenoir

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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Mer 30 Mar - 19:49

- Ca tombe bien, je suis parfaitement de votre avis l'impatiente!

J'en avais déjà plus qu'assez de ce procès ridicule, donc aucun intervenant n'avait désiré faire partie. Nous étions tous des acteurs forcés qu'aucune forme de justice n'animait. La rage d'être saisis et le feu bouillonnant des fous de liberté, peut-être, nous poussaient à hurler et arranguer cette foule avide de sang même fictif, mais en fin de compte, nous ne ressemblions à rien d'autres qu'à des bêtes en cage. Les fauves s'entre-dévorent toujours pour avoir la force d'affronter celui qui les mettra à mort. Simuler la justice, se battre contre elle, ce n'était rien d'autre que la répétition de notre avenir à tous : tous gibiers de potence, tous condamnés à finir pendus au bout d'une corde rèche comme celle qui pendait toujours au milieu de la place. Mais il ne serait plus question de carton, ni d'arranger le jugement selon les circonstances. La potence serait de bois et le juge inhumain : il n'y avait que nous, lie de l'humanité, pour choisir de sauver celui qui ne le méritait pas. J'en avais assez de cette hypocrisie collective qui ressemblait à celle d'une meute. J'étais un homme non de diable, pas un loup!

Sans me soucier de la menace de la femme blanche, je brandis une troisième et dernière fois mon pistolet. J'avais décidé de mon jugement, et j'allais le marquer par le plus grand bruit, éclat et tonitruement de voix possible! Je tirai un coup salvateur, et m'avançai sur le devant de la scène, les bras ouverts et planté tel un roc sur mes jambes écartées.

- Il suffit, tas de mécréans! J'en ai assez entendu, et voici mon jugement! Je n'ai rien entendu ici qui puisse me pousser à condamner Aubrey Smith. Par conséquent, je le déclare innocent des crimes absurdes qui lui sont reprochés, et le libère sur le champ!

Acclamations parmis l'assemblée. Smith fut arraché aux tristes planches de son procès et porté en triomphe, hissé par-dessus la populace. Mais l'on sentait la déception parcourir les rangs. Eux qui étaient venus assister à la curée, se retrouvaient avec un innocent - peu de sang, même pour en imaginer le gout. Il eusse été dommage de les laisser repartir les mains vides...

J'attendis un instant que le silence se fit. Aubrey avait disparu derrière la porte d'une taverne, mais la place ne bougeait pas. Je restais silencieux et grave du haut de mon éminence et les regards se tournaient vers moi avec anxiété et attente. Je ne laissai pas le suspens durer longtemps. Avec un large sourire.

- Il y a pourtant ici un homme qui mériterait d'être pendu. Un étranger à la grande gueule qui durant tout ce procès s'est employé à accuser un pauvre bougre de crimes tellement absurdes qu'il faudrait tous nous condamner pour les avoir tous commis, parce que nous sommes ce que nous sommes! Nous sommes des pirates!

D'un geste théatrale, je pointai le russe du doigt.

- Voici celui que je juge coupable de trahison envers l'esprit de sa profession! Voici l'homme qui ne mérite pas de s'appeller pirate!
- A la corde le russe! A mort le procureur!

La foule hurla le nom de sa victime dans élan si bestial qu'il me fit frissonner. Mais il me fallait entériner mon jugement, et d'un cris aussi sauvage que le leur, je mis fin à la soif de barbarie de l'assistance.
- Je vous donne à pendre haut et court le procureur dément de cette justice de masacarde!

J'eu le temps de saisir le regard assassin que me lança le futur pendu en face de la scène. Il fit un geste comme pour se lancer sur moi, mais mon discours avait fait son effet. Il fut rattrapé en moins de deux et trainé malgré tous ses coups de jambes et de poings vers la fausse potence érigée au centre de l'arène. Je l'entendis hurler, une menace de mort sans doute. Le bruit de la foule était assourdissant.

Et ce fut le moment que je choisis pour partir. Personne ne me vit, à part lui sans doute. Je m'étais fait sans doute en ce jour un ennemi mortel ; mais justement, je tenais à garder le seul oeil qui me restait!




Dernière édition par Evan Lenoir le Jeu 31 Mar - 18:37, édité 1 fois
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Kharine

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MessageSujet: Re: [Event] Justice de Mascarade.   Ven 15 Avr - 18:48

Qu'il est aisé de manier une foule qui attend, qu'il est difficile de l'arrêter lorsqu'elle est en mouvement.

Il s'agissait maintenant de sauver sa peau, et de se dégager d'une foule qui l'avait déjà pris dans ses bras sortis de la difformité grouillante. Mais déjà, Kharine était guidé par d'innombrables bras sans corps et sans visages, arraché du sol par une poignée d'homme le portant comme un trophée de victoire. De toutes parts, des bras crispés et des brames rauques. Concentrés vers lui. La lutte paraissait alors absurde et futile, quoi que quelques tensions nerveuses dans les poings du Khazi mirent à terre quelques hommes et firent voler quelques dents. Quant à ses pieds armées de bottes massives, elles eurent raison de trois visage trop curieux. Le vacarme s'intensifiait à mesure que Kharine approchait de sa sentence. La foule n'était plus. Kharine avait désormais affaire à une meute sauvage, affairée à crier, brandir poings et cordes. Dans une agitation et un tournis général, Kharine aperçut son capitaine, regard affairé et pas pressés. Il parvint dans la foulée à attirer son attention, mais celle-ci ne fut pas retenue, et Louis disparut bien vite à travers les ombres, alors que la potence était toute près.

Un coup de feu fit miraculeusement disparaître tous ces bras hargneux. Seul Kharine et Louis n'avaient pas reculé. L'un fut laissé à terre au milieu de la meute, l'autre, debout sur la potence brandissait un canon fumant vers le ciel. Un silence prit place, d'autant plus impressionnant qu'il s'était éclipsé depuis un certain temps. La meute restait meute, hébétée, et emplie de stupeur. Un simple pistolet pouvait-il vraiment arrêter une foule en mouvement ? Était-ce là tout ce qu'elle attendait pour abandonner et revenir à ses occupations ? La surprise générale céda pourtant rapidement, et de nouveaux cris de rages se firent entendre, dispersés autour d'un capitaine et de son second qui se rejoignaient alors en un duo. Une poignée d'hommes se lança à un nouvel assaut sur Kharine, qui vit Louis répondre immédiatement d'un nouveau coup de feu à bout portant dans le crâne d'une de ces bêtes. Kharine dégaina son propre révolver et le pointa à l'opposé. Le silence s'imposa à nouveau, mais semblait alors décidé à rester, cette fois.

Qui a dit qu'un héros n'a pas besoin d'un héros ?

Kharine planta son regard dans celui de Louis. Aucune parole n'était nécessaire. L'un comprenait très bien l'autre. Il fallait partir maintenant. Le capitaine avança le premier vers la scène, et Kharine lui emboita le pas, les pistolets pointés de part et d'autre de la foule. Toi et moi contre les imbéciles. Se rapprochant de l'estrade du procès, Louis ramassa impassiblement le chapeau que Kharine avait perdue lors de l'émeute. La foule grogna devant tant d'insolence, mais ici, seul Louis pouvait savoir à quel point son second pouvait tenir à ses effets personnels. Aussi, ce dernier grimpa sur l'estrade et renfila son manteau sur ses épaules. Chose faite, il semblait qu'il avait soudain baissé sa garde, comme s'il n'avait rien à craindre sous cette carapace. Son capitaine le rejoignit et lui tendit son haut-de-forme.

Le second sentit soudain une agréable impression. Il venait de traverser un moment pour le moins éprouvant; et il était maintenant sur scène, seul avec un capitaine. Un schéma inverse de la tragédie grec ? La catastrophe, puis la catastase ? La scène semblait effectivement théâtrale, et le visage de ce public laissait supposer que la pièce était d'une force inouïe, intense en émotion et riche en beauté. Kharine renfila donc son chapeau avec délicatesse, et jeta un coup d'œil à son public. Il serait indécent dans une tragédie grecque qu'un acteur s'adresse au spectateur. Il s'approcha donc de Louis, ce personnage muet, mystérieux. Il devait beaucoup intéresser le public. Leurs regards se plantèrent l'un dans l'autre dans un calme tressaillant. Kharine leva le menton.

«Il me reste une épine à ôter du pied, et un œil à arracher.»

Le rideau pouvait maintenant redescendre, et la fin de l'histoire se diviserait dans l'imagination de tous les membres de la meute devenue auditoire.

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